Impôts à la source : c'est dans la boîte !

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La revue de presse est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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La presse quotidienne revient ce jeudi sur le prélèvement des impôts à la source qui entrera en vigueur en 2018.

Ce matin en Une de vos journaux la mine sévère de Mgr Barbarin, censée signaler l’homme de principe, le dessert aujourd’hui :
Le Parisien : l’affaire de trop.
Libération : Rappelle-toi, Barbarin.

Mais le reste de la presse se passionne pour des considérations plus vénales :
Le Figaro : Prélèvement à la source : ce qui vous attend en 2018.
L’Opinion : Impôt à la source : c’est dans la boîte.

Document sur la Bataclan

L’article le plus édifiant ce matin est sur le site du Figaro. Le récit, devant la commission d’enquête parlementaire sur les attentats de 2015, d’une rescapée du Bataclan. Elle explique comment une quarantaine de personnes a trouvé refuge, ce soir-là, dans un cagibi de 9m2, bloquant la porte avec un canapé et un mini frigo. Un terroriste donne des coups de pieds dans la porte. Le temps passe. Puis une voix : "Ouvrez la porte, c’est le GIGN, je viens pour vous sauver". "Est-ce son accent ou simplement l'instinct de survie qui a dicté la réponse? écrit Jean-Marc Leclerc. Les victimes ont, en tout cas, refusé d'ouvrir. Mais, comme il y avait débat entre elles, elles ont procédé à un vote à main levée. Et le non l'a emporté d'une courte majorité. Un vote qui a sauvé leur vie". Plus tard, quand sont arrivés les véritables policiers, les assiégés ont mis très longtemps à ouvrir. Un récit qui nous rappelle la nature du terrorisme et de ce qu’il fait de nos vies.

Impôts

Évidemment, les considérations matérielles nous passionnent aussi. D’autant que le dessin de Kak, en Une de l’Opinion, résume nos soupçons : François Hollande interroge Michel Sapin : "Mais à quoi ça sert si ça ne rapporte rien ? Et bien ensuite, quand tu augmentes les impôts, le salarié croit que c’est son patron qui lui donne moins d’argent". Dans son éditorial, Rémy Godeau est fataliste : "A défaut d’être révolutionnaire, la retenue à la source a au moins l’avantage d’être plébiscitée par les Français". Depuis Colbert, tout ministre des Finances sait que l’art d’imposition consiste à plumer l’oie sans la faire crier. D’autant que, prévient-il, la grande plumaison est à venir puisque le reste de la politique budgétaire, dépenses en hausse et activité en berne, ne changera pas.

Primaires américaines

Toute la presse commente ce matin l’abandon de Marco Rubio, le candidat préféré de l’establishment républicain, et la confirmation de la puissance d’Hillary Clinton. Mais parmi tous les articles, il faut en lire deux. Le premier est dans Libération. Un Libé spécial rédigé par des écrivains. C’est donc un auteur américain, Iain Levison qui lance cet appel paradoxal : N’ayez pas peur de Donald Trump. Pourquoi ? Parce que l’homme d’affaires, dit-il, n’est pas pire que n’importe quel candidat de la droite américaine. Il dresse un portrait au vitriol de tous ses concurrents républicains, entre délire complotiste contre le Planning Familial et inculture absolue. "Serait-il un bon président ? Probablement pas mais on ne sait jamais. Donald Trump sait comment faire des compromis. Il pense que la guerre en Irak était une erreur, c’est un social libéral, et il a invité Hillary Clinton à son mariage. La question est : Pourrait-il être pire que George W. Bush ?" Face à cette saillie à contre-pied, il faut lire l’enquête du site Ulyces sur l’argent de la famille Clinton : non seulement le système lucratif des conférences (600.000 dollars de la banque Goldman Sachs en un an) mais aussi le lien avec le lobby de l’armement. "Durant son mandat, le département d’État a autorisé 165 milliards de dollars ventes commerciales d’armes à vingt nations qui avaient donné de l’argent à la Fondation Clinton, Arabie saoudite, Oman, Qatar, Algérie, Koweït, Émirats arabes unis" Bref, Hillary Clinton est un faucon, de ceux qui estiment qu’une bonne guerre permet d’éponger les dettes.

La question Noire aux États-Unis

C’est aussi dans le Libé des écrivains qu’on trouve un article signé Tania de Montaigne. Il revient sur la polémique autour d’un film consacré à Nina Simon. Des associations noires américaines ont réussi à empêcher la sortie du film au motif que l’actrice choisie, Zoe Saldana, ne serait pas assez Noire. "Un peu comme si on avait accusé Marion Cotillard d’être moins pâle qu’Edith Piaf, d’être plus grande, de n’être pas toxicomane. On aurait ri de ces reproches délirants. Mais là, il ne s’agit pas de rire parce que les membres du politburo sont noirs et on ne contredit pas des Noirs, par crainte de se voir accusé de raciste, ou pire de négrophobie. De même on s’interdit de penser l’islamisme puisque l’islamophobie guette tout contrevenant". Voilà comment on vide les luttes de leur dimension universelle. Et le pire, c’est qu’on se sent obligé de préciser que Tania de Montaigne est noire pour valider sa critique alors qu’elle est seulement courageuse.

Street Art

Un article dans Le Monde nous raconte comment un des plus célèbres Street Artiste, un Italien qui se fait appeler Blu, a recouvert ses propres œuvres de peinture grise pour protester contre une exposition organisée par un notable  de Bologne en collaboration avec une Banque qui n’ont pas hésité à prélever des œuvres sur les murs des immeubles dont ils estimaient qu’ils risquaient la démolition. Débat philosophique. A qui appartient une œuvre dont l’essence même était d’être éphémère et publique ? Le graffiti perd-il sa puissance artistique quand il s’institutionnalise ? Et n’est-ce pas l’essence même du capitalisme que de récupérer toute puissance révolutionnaire ?


Avez-vous déjà volé un livre ?

L’Obs publie une enquête sur ce phénomène étonnant : l’idée que voler un livre ne serait pas tout à fait du même ordre qu’un vol classique. Une forme de viol religieux, de transgression presque érotique de l’interdit social par excellence. C’est ce professeur de Français expliquant à ses élèves que voler un livre c’est beau. C’est Jean Genet répliquant au juge qui lui demande s’il connaissait le prix du livre qu’il vient de voler : "Non, mais j’en connaissais la valeur". C’est ce critique parisien se vantant d’avoir emporté les 24 volumes de l’édition anglaise de Freud. Un drame pour les libraires. Une vendeuse Fnac lance : "rappelez-vous, le docteur Petiot condamné ensuite pour 24 assassinats sur les 63 qu’il revendiquait, a été arrêté pour un vol de livre chez Gibert". Rien à voir, mais David Abiker, dans le dernier numéro de 01net, prédit la société sans livres, parce que ça ne servira plus à rien, que ce sera ringard, qu’on n’aura plus de temps à perdre. Alors, tant qu’on croit pouvoir voler des livres, c’est qu’ils n’ont pas tout à fait le même statut que des smartphone ?