Impossible de passer à côté des JO

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, en attendant la grand-messe des J.O.

Pas un journal ne fait l’impasse effectivement. Aujourd’hui, à Lima au Pérou, Paris doit être désignée ville hôte pour 2024. C’est "le jour jeux" pour le Parisien. "Le jour de joie" pour l’Equipe. "Jour de gloire" pour le Figaro. Bref, les JO, à Paris, c’est forcément le bonheur, comme l’illustre cette photo en Une de La Croix, figurant une jeune femme bondissant d’allégresse devant les anneaux olympiques. "Le nouvel élan" titre le journal, qui précise que la photo a été prise à Rio au Brésil, juste avant le début des Jeux. Sûr qu’après, il n’y en avait plus beaucoup, des photos de liesse. Alors "le pari est-il rentable ?" s’interroge le Midi Libre. La question est posée dans Aujourd’hui en France à Laura Flessel, ministre des sports et quintuple médaillée olympique : "Comment convaincre ceux qui pensent que le budget de 6 milliards 7 sera dépassé ?" En bonne épéiste, la Guêpe esquive : "on leur prouvera, dit-elle simplement, qu’on fera les Jeux avec des coûts maîtrisés".
Peut-être peut-on tirer des leçons du passé puisque Paris a déjà eu sa grand-messe olympique. Dossier à lire dans Soixante-Quinze, le mensuel parisien, qui raconte, archives à l’appui, les JO de 1924. Qu’en retient-on ? "La performance d’un français, Pierre Lewden, qui a franchi une barre à 1 mètre 92 du haut de son mètre 68." Il y a aussi cet athlète qui "dans la piscine des Tourelles a capté l’attention des jeunes filles : Johnny Weismuller, futur Tarzan sur grand écran." Pour le reste, écrit le magazine, "la France était déjà mauvaise en athlétisme et en tennis. On raille aussi les trop nombreuses épreuves en banlieue : "comment a-t-on pu escompter faire faire quotidiennement aux spectateurs le voyage dispendieux, chaotique, et interminable de la capitale aux lointaines plaines de Colombes ?" accuse La Liberté. "Un employé de magasin voulait conduire ses enfants au stade, raconte Paris Soir, mais avec les transports, il fallait compter 36 francs, près de deux jours de son salaire, il a donc renoncé. Il n’y a que les riches qui ont pu assister à ces Jeux !" Sans compter qu’à la fin, les recettes se sont retrouvées bien inférieures à ce qui était prévu, "6 millions de francs contre 15 attendus".
Transport, accessibilité et rentabilité. En cent ans, les points sensibles n’ont pas changé.

Autre grand-messe, celle organisée hier par la CGT.

Vos journaux font les comptes. Mais contrairement aux JO, tout le monde n’est pas du même avis. "400 mille personnes !", se félicite l’Humanité. "10 mille à Bordeaux", titre Sud-Ouest, "4000 en Alsace", pour les DNA. "C’est réussi" pour l’Est Eclair. A l’inverse le Figaro et les Echos font le même constat : "la CGT échoue à mobiliser". "Les fainéants ont eu la flemme", lance Sébastien Lacroix dans l’Union, "60 mille à Paris, c’est moins qu’en 2016 lors de la première manif contre la loi El Khomri".
Mine de rien, on sent une petite lassitude dans les éditos. "Toujours la même histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein", résume Hervé Favre dans la Voix Du Nord.
Bon. "Et maintenant ?" demande Ouest-France. "Maintenant, il faut continuer les réformes !", lance le patron du Medef à la Une de La Tribune. Interview de Pierre Gattaz qui pose en page intérieure tout sourire et mains sur les hanches : "depuis l’arrivée de Macron, ça va dans le bon sens !, dit-il (.) et ce n’est pas le Medef qui y gagne, mais le pays !" Il est content, Pierre Gattaz, tout ça "c’est bon pour l’emploi". "Estimez-vous qu’il y a une véritable inversion de la hiérarchie des normes ?" demande le journaliste. Le patron du Medef confirme : «organisation, primes, salaires. il est exact qu’il y a davantage de liberté pour les entreprises." Comme quoi, une fois n’est pas coutume, Pierre Gattaz fait exactement la même analyse que la CGT.

Enfin hier soir, deux grand-messes simultanées dont la presse se fait l’écho.

Oui, d’abord le match flamboyant du PSG face au Celtic Glasgow. "Le Park des Princes" titre l’Equipe, "5 buts à 0, un départ idéal en ligue des champions". En Ecosse en revanche, la presse se fait plus discrète. Le quotidien The Scotsman appuie surtout sur l’aura de Neymar, Mbappé et Cavani, baptisés les "trois rois", ou mieux, selon le Telegraph : "la sainte trinité". Ça nous remet parfaitement dans le champ lexical religieux de la grand-messe.
Et justement, au moment précis où officiait la "sainte trinité" millionnaire, à l’autre bout du monde, en Californie, le géant milliardaire Apple tenait sa très attendue conférence de présentation du prochain iPhone. L’iPhone 10. "L’appareil n’a plus de bouton, explique le Figaro, plus besoin de le brancher pour qu’il se charge, et plus de code pour l’allumer puisqu’il marche. à la reconnaissance faciale. Ses capteurs modélisent votre visage en 3D et vous reconnait en quelques millisecondes". Un système hautement sécurisé d’après le journal. Les Echos, eux, notent surtout le prix de l’objet : "999 dollars". Autrement dit, 1 160 euros ! Un prix qui "fait tousser" le Parisien.
"Vaut-il vraiment. un SMIC", s’interroge le journal qui y voit surtout "un produit de luxe inutile".

Le SMIC, justement, c’est le thème de l’hebdomadaire le 1.

1,6 millions de personnes vivent avec le SMIC. 45% d’entre elles ont plus de quarante ans. Souvent des femmes, des jeunes, des temps partiels. Paroles recueillies par l’écrivain et membre de l’Académie Goncourt, Philippe Claudel. "A 46 ans, quand vous venez de faire une heure de travail, qu’est-ce que vous tenez dans votre main ? Même pas huit euros, quelques pièces quoi. Quatre pièces de deux. J’ai l’impression que je retourne en enfance, quand ma grand-mère déposait des pièces dans ma paume quand j’étais allé lui faire une course, qu’est-ce que je peux acheter avec mes huit euros ?"..
Le Smic. "c’est pas assez pour vivre, dit un autre, mais c’est trop pour se révolter. si t’as le SMIC, tu passes pour Bill Gates aux yeux de celui qui touche le RSA !". 
Le SMIC donc. "et vous, vous voulez pas essayer pour voir comment ça fait ? Non ? Alors arrêtez de nous emmerder (.) elle est indécente votre question".
En Une, ce dessin d’un homme se prenant la tête entre les mains, des chiffres et des frais bourdonnant autour de lui, "paiement par carte, retrait, prélèvement, remise de chèque". Un nuage de comptes alambiqués dans lequel ne figurent ni une place pour le Parc des Princes, ni un Iphone 10, ni un billet pour les J.O. En attendant 2024, peut être.