Emmanuel Macron : une histoire de "bordel" présidentiel

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, une histoire de "bordel" présidentiel.

"Y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller regarder s’ils peuvent pas avoir des postes ailleurs".
On en a longuement parlé ce matin, la phrase est minutieusement retranscrite par la plupart des sites d’information.

Le quotidien limousin, l’Écho de la Haute Vienne, surenchérit avec ce titre ironique et cynique en Une : "salauds de creusois", notant que non seulement le président n’a pas voulu recevoir les salariés de GM&S mais qu’en plus "le dialogue escompté a été remplacé par des grenades lacrymogènes".
"Ils foutent le bordel", a lancé Emmanuel Macron.

Une éruption de pensée complexe que l’on aurait, comme dit le porte-parole de l’Elysée, Bruno Roger Petit, "sortie de son contexte".

Alors, justement, pour essayer de comprendre, plusieurs publications s’intéressent cette semaine aux ressorts du style Macron.

Par exemple, le dernier numéro de la Revue des Deux Mondes, qui pose la question : "Qu’est-ce que le macronisme ?"
"Comment s’est construite la pensée d’Emmanuel Macron ? interroge Valérie Toranian, quelles lectures, quels philosophes et écrivains ont façonné depuis l’enfance l’animal politique brillant qu’il est devenu ?".
Pour comprendre, on fait appel (encore une fois) à ce pauvre Paul Ricœur, philosophe ayant inspiré le président. "C’est à lui que reviendrait la paternité du swing présidentiel, et ce "en même temps » qui ponctue ses discours". "Paul Ricœur, ajoute Olivier Mongin, est aussi celui qui a poussé Emmanuel Macron à ne pas dissocier l’action de la réflexion… (…) Ricœur, conclue-t-il, un philosophe soucieux de préserver le langage et tourné vers la poésie".
Peut-être faut-il voir dans cette histoire de bordel une poétique mal comprise.

Et puis le style Macron est aussi décortiqué dans l’Express qui révèle que le président "ne dort pas beaucoup".

"SMS à deux heures du matin, réunions nocturnes pour être macron-compatible, il faut savoir dormir très peu", écrivent Corinne Lhaïk et Eric Mandonnet, un proche confirme : "je le connais depuis 2009, il ne dort que quelques heures, personne ne l’a jamais vu somnoler".
"Mais n’est-il pas dangereux de dormir si peu ?". L’Express interroge le Professeur Léger, spécialiste du sommeil : "il y a deux types de petits dormeurs, dit-il, les vrais, qui ne représentent qu’1% de la population, et ceux qui se privent volontairement, à court termes, ceux-là peuvent être irritable et anxieux".
Voilà qui explique peut-être mieux le jaillissement inopportun de cette accusation, "foutre le bordel". À moins que ça ne soit tout simplement une histoire de franchise.

Autre titre ce matin, la menace du glyphosate.

Longue et minutieuse enquête de Stephane Foucart et Stephane Horel dans Le Monde, qui expliquent "comment Monsanto manipule l’information scientifique" : "pour imposer son produit phare, le glyphosate, le géant de l’agro-chimie a pratiqué ce qu’on appelle le ghost-writing, le fait d’écrire à la place des experts. Un exemple parmi d’autre : en novembre 2010, Donna Farmer, l’une des toxicologues employées par Monsanto, a rédigé un rapport attestant de l’absence de risque du glyphosate pour le développement des fœtus et la reproduction. Un manuscrit dont elle a envoyé par courriel les 46 premières pages à un cabinet de consultant, prenant soin de rayer son nom de la liste des auteurs. L’étude a été publiée telle quelle quelque temps plus tard dans une grande revue scientifique".
L’enquête est à lire dans le Monde, mais le glyphosate fait aussi la Une de l’hebdomadaire Politis : "Monsanto l’ennemi public n°1", celle du Dauphiné qui raconte l’histoire d’une "famille est prête à aller en justice contre Monsanto", les parents « estiment que leur fils, atteint de malformations de l’œsophage et du larynx, a été victime d’une exposition à l’herbicide"

Il y a aussi le dossier de l’Obs : "Le poison est dans le pré", avec en couverture la photo aérienne d’un champ dans lequel l’épandage du Round Up a dessiné une tête de mort.

Le magazine publie des extraits d’une nouvelle enquête sur l’herbicide de Monsanto.
Marie-Monique Robin, auteure du livre "Le round up face à ses juges", explique comment les études faites par Monsanto ont été faussées, notamment une réalisée en 1978 et qu’un chercheur norvégien a voulu répéter dans les mêmes conditions. Résultat : "la toxicité du glyphosate est 100 à 300 fois supérieure à ce que prétendait les résultats".

Enfin, ce sondage YouGov publié sur le site du HuffingtonPost : "71% des français interrogés sont pour l’interdiction du glyphosate". Un message envoyé directement à la commission européenne chargé de trancher cette question.

Enfin, l’hebdomadaire le 1 fête un anniversaire : celui du Petit Robert.

Le dictionnaire a 50 ans cette année et c’est l’occasion d’interroger l’évolution de notre langue. Interview d’Alain Rey, rédacteur en chef des éditions du Robert : "chaque année c’est par milliers que surgissent de nouveaux mots, dit-il, avant de les intégrer, nous procédons à une vérification à partir de ceux que l’on repère dans la littérature et dans les médias, nous en retenons à peu près 10%". On apprend que 60% de ces nouveaux mots sont des emprunts venus d’autres pays.
Et effectivement, à regarder le tableau réalisé par le 1, l’influence est flagrante. En particulier depuis l’an 2000 : on a "bobo", bourgeois-bohême, qui vient de New-York et pas du tout de Paris, mais il y a aussi "boloss", entré dans le dictionnaire en 2003, "spam" en 2004, "sudoku" en 2005, "storytelling" en 2007, "selfie" en 2012, "burn-out" en 2013, ou encore "ubérisation", "burkini" et "fake-news".
Autant de mots qui parle bien de notre début de siècle.

La langue française donc, qui, à en croire Paris Match, est avec le foot l’autre grande passion de Kylian Mbappé. "Le joueur du PSG est aussi à l’aise avec un dictionnaire qu’avec un ballon", titre l’hebdomadaire qui ajoute que cette passion est une affaire de famille : "avant de s’envoyer des balles, les Mbappé s’expédiaient des vers de La Fontaine", explique François Pédron. La Fontaine donc, mais aussi Albert Camus, un auteur que la mère de Kylian adore, et puis Oscar Wilde dont le petit génie retient une citation : "pour atterrir sur la lune, il faut viser les étoiles".

Qui sait ? Dans quelques années peut être, un joueur star ressortira comme devise la citation présidentielle : "au lieu de foutre le bordel, certains feraient mieux d’aller chercher des postes".