Emmanuel Macron : dérapage ou parler vrai ?

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
Partagez sur :

Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Avec 24 heures de décalage, la presse ausculte ce matin le grossier écart de langage présidentiel de mercredi.

Oui, on ne répètera pas pour la énième fois ces mots mais "Un président peut-il dire ça ?" demande Hervé Favre dans la Voix du Nord.
"Dérapage ou parler vrai ?" s’interroge la Dépêche du Midi.
Pour le Parisien, ça ne fait pas de doute : "le langage familier du président est parfaitement délibéré et calculé, il parle à sa droite".
Même analyse pour Libération qui titre, Macron "le fils caché de Sarkozy".

C’est que "les mots d’Emmanuel Macron parlent pour lui, décrypte Hélène Salvi dans Médiapart, le président, qui se pique de philosophie, sait pertinemment que la forme, c’est le fond qui remonte à la surface".
De l’autre côté, il y a ceux qui dédramatise : "Qu’on y souscrive ou non, écrit Patrice Chabanet dans le journal de la Haute-Marne, ce qu’a dit le chef de l’Etat trouvera un certain écho dans une partie de l’opinion publique".
Un point de vue qu’approuve Nicolas Beytout dans l’Opinion : "Sur le fond, Macron a raison, dit-il, les grévistes feraient mieux de rédiger leur CV et déposer des candidatures mais un président ne devrait pas le dire comme ça". Pourquoi ? "Parce que les mots qui fâchent créent l’impression d’un mépris de classe".
Voilà, détendez-vous, tout ça n’est qu’une affaire de mauvaise impression.

Dans ce concert d’analyses du langage macronien, un point de vue se détache.

C’est celui de La Croix, que cette énième polémique agace.
"Ne détournons pas le regard, écrit Guillaume Goubert, la distraction est une grande passion de notre époque. Bien souvent, nous cherchons à distraire notre attention en échangeant sur des épiphénomènes, comme les messages en 140 signes de tel chef d’État ou les propos de couloirs de tel autre. Mais n’est-ce pas une manière de refuser de regarder en face d’autres réalités bien plus préoccupantes ? Et la réalité, c’est qu’il y a plusieurs centaines de conflits en cours dans le monde".
En ce jour de remise du prix Nobel de la Paix, La Croix propose donc un dossier sur "les guerres oubliées qui minent notre planète".

En page deux et trois, on retrouve une mappemonde où les flèches indiquant les affrontements en cours émergent de partout.
Le journal fait la liste des "quatre conflits dont personne ne parle" : la guerre civile au Mozambique, la répression au Congo-Brazzaville, dans la région du Pool au sud du pays mais il y aussi la révolte des Papou qui se battent pour l’indépendance de leur territoire en Nouvelle Guinée, et enfin la Birmanie, où en plus du massacre des Rohingya, l’armée bombarde des groupes de rebelles près de la frontières avec la Chine.

Conclusion de Guillaume Goubert : "même quand nous nous sentons impuissants, dit-il, accordons-leur au moins, notre attention".

L’autre titre ce matin ce sont les routiers qui ont obtenu gain de cause auprès du gouvernement.

Oui, et pour en parler, Des Échos à Libération en passant par Sud-Ouest, tout le monde reprend le même mot : c’est une "brèche ouverte" dans la loi travail.
Et pour cause, explique L’Humanité, les primes des routiers seront sanctuarisées au niveau de la branche, alors que la philosophie générale de la réforme du code du travail prévoit la possibilité de négocier entreprise par entreprise.

Sur son site, le magazine Capital s’interroge :
"et si d’autre branches cherchaient à négocier, elles aussi, une dérogation ?" Les syndicats se posent déjà la question, "Force Ouvrière notamment, mais aussi la confédération des cadres, la CFE CGC. Son secrétaire national est formel : "Il est évident, dit-il à Capital, que de nombreuses branches, par exemple l’hôtellerie restauration, vont demander des exceptions".
De là à faire exploser toute la logique des ordonnances ? Surement pas, répond le Medef. "De toute façon, conclue Jean-Eudes du Mesnil du Buisson, le patron de la CGPME, la réforme n’impose pas une négociation au niveau de l’entreprise, mais la permet, ce qui laisse de la souplesse".
Pas de raison de s’affoler donc, comme dit Pierre Gattaz, "ne lâchez rien".

A propos du monde de l’entreprise, ce matin, la "positive attitude" est dans la presse économique.

D’abord grâce aux chiffres très encourageant publiés par l’Insee hier.
Ils font notamment la Une des Échos. "La reprise accélère, titre le journal, une prévision de croissance à 1,8%, c’est du jamais vu depuis 2011 ! » « Un vent d’optimisme souffle sur l’économie française, écrit Guillaume de Calignon"
Dans le Figaro Eco, Anne de Caligné souligne que, "certes les marges des entreprises progressent, mais avec un pouvoir d’achat au ralenti, les ménages, eux, ne profiteront pas de la reprise tricolore". Rabat joie le Figaro ou réaliste, c’est selon.

Ça c’est pour les chiffres de la croissance mais d’une manière générale, on constate un optimisme incroyable du côté du patronat.
Brochette de sourire par exemple à la Une de Challenges qui met à l’honneur les entrepreneurs vedettes du "sommet des start-up". 
Positivisme aussi dans le Forbes, qui fête ses 100 ans et sort aujourd’hui un numéro en français : en couverture, "le nouveau siècle des lumières". À l’intérieur, pas d’aigreur, aucune amertume, que de l’espoir. Et pour vous motiver, pour promouvoir l’audace et l’envie d’entreprendre, on fait intervenir les grands de ce monde.

Le milliardaire Bill Gates par exemple, qui vous conseille de "parier sur des idées folles : nous avons besoin de gens prêts à prendre des risques pour des idées révolutionnaires", dit-il.
Il y a aussi Warren Buffet qui conseille d’investir sur soi-même : "chacun a un potentiel qu’il n’a pas encore exploité, si l’on développe ses talents, personne ne peut anéantir le résultat, dit-il".

Positif aussi, le français Bernard Arnaud qui explique que, la clé de la réussite, c’est de faire des "paris à long terme", ou encore le patron d’Arcelor, Lakshmi Mittal, qui vous suggère de "préparer votre propre "disruption", il faut se rendre flexible pour s’adapter".

Enfin, il a le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, qui précise que "l’entreprenariat n’est pas une fin en soi, ce qui motive, dit-il, ce n’est pas l’argent, c’est de créer un changement social positif dans le monde". L’important répète Zuckerberg, c’est d’avoir "un impact positif sur le monde".

À l’entendre, on pourrait presque croire que Facebook fait de l’humanitaire.
À moins qu’il vise le prix Nobel de la Paix, l’article ne le dit pas.