Des soupçons de mollesse de la part de la presse

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Une atonie latente, une rentrée douce, sans réelle contestation, bref un drôle de phénomène que résume très bien Cécile Cornudet dans Les Echos : "opposition faible, syndicats ouverts, société civile réussissant, tout macroniste pur sucre vit la période actuelle comme une parenthèse enchantée. Le pouvoir vit un moment suspendu, apartisan, dont on rêve toujours mais qui n’arrive jamais". Et effectivement, on a vu tentative de réforme plus chahutée…

L’Opinion revient ce matin sur la stratégie de Force Ouvrière, ou plutôt de son numéro un Jean-Claude Mailly qui, pour "retrouver un rôle clé dans la négociation avec le gouvernement, a créé le trouble parmi ses militants", trop clément vis-à-vis des ordonnances, le patron de FO a dû s’expliquer lundi devant ses troupes. Pourquoi une telle stratégie ? Parce que celle adoptée il y a un an "contre la loi El Khomri n’a pas été fructueuse (….) pas envie", dit-il, "d’appeler les salariés à manifester pour les envoyer dans le mur". Un choix, note Fanny Guinochet, "qui a rencontré la volonté du gouvernement d’éclater le front syndical", avec succès donc.

Pendant ce temps-là, politiquement, "le PS cherche sur quel pied s’opposer", titre Le Parisien. Le porte-parole, Karim Bouamrane est formel : "tout le monde est unanime pour stigmatiser les ordonnances Macron". Certes, mais en même temps, "les socialistes n’ont pas trouvé comment se mobiliser". Manifester ou ne pas manifester, la question déchire le PS, mais le parti préfère ne pas donner de consigne. "Notre sujet ce n’est pas une date de manifestation", lance le secrétaire national Edouardo Rihan-Cipel, "le sujet, c’est qu’on est contre !". Une fulgurance que vient embellir cette autre analyse, venue cette fois du président du groupe PS, Olivier Faure : "ce n’est pas parce qu’on fait du bruit qu’on est les meilleurs opposants. On est meilleur opposant parce qu’on est meilleur opposant". C’est vrai que c’est pas faux…

Mollesse de la contestation donc, pourtant les sujets de discorde ne manquent pas

On les trouve principalement dans la presse régionale. Nombre de vos journaux font le point sur le non-renouvellement de contrats aidés. Le Progrès de Lyon s’insurge : "même Raymond Domenech a tweeté sur le sujet pour signaler que ce sera la fin des petits clubs qui ne pourront plus embaucher d’éducateurs !". Même indignation dans le Nord-Pas-de-Calais , où "ces emplois font travailler 42.500 personnes", explique La Voix du Nord. "Au total pour toute la région, 20.000 d’entre eux seraient supprimés". Et de raconter "l’opération de communication" organisée lundi par la maire de Calais, Natacha Bouchard, gilet jaune et panneau stop à la main, assurant elle-même la sécurité aux abords d’une école, faute d’avoir pu renouveler 26 emplois.

Fin amère des contrats aidés donc, mais aussi colère sur la privatisation des contrôles radars

L’expérimentation est déjà en cours depuis sept mois en Normandie, mais l’annonce d’une généralisation à venir par le ministre de l’Intérieur ne passe pas. Le Midi Libre donne la parole à l’association 40 millions d’automobilistes : "ce que vont faire ces société privées, c’est flasher un maximum, pour rapporter un maximum", s’indigne Pierre Chasseray qui prédit "une explosion des contraventions". Une polémique dont le journal fait sa question du jour : "êtes-vous favorable à la privatisation des radars ?", interroge le site qui récolte, sans surprises plus de 80% de "non".

Mardi matin, la presse s’interroge également sur les réactions de la communauté internationale vis-à-vis de la Corée du Nord

Soupçon de mollesse effectivement, ou constat d’impuissance : "Séoul et Washington montrent leurs muscles", écrit le Figaro, "mais peinent à cacher leurs divergences. Lundi devant l’Onu, les États-Unis ont réclamé les mesures les plus sévères possibles, mais la Chine marche sur un fil. Pékin s’accroche à la position dite 'freeze for freeze', autrement dit le gel réciproque des actions jugées dangereuses de part et d’autre du 38ème parallèle : cessation des essais proliférant au Nord, interruption des manœuvres militaires américano-coréenne au Sud". Moscou approuve et conseille de "garder son sang-froid"… De quoi ramollir doucement le "fire and fury" de Trump.

Le feu et la fureur… un peu plus au sud, c’est ce que subissent les Rohingas, ces citoyens musulmans dans le Nord du Myanmar, l’ancienne Birmanie

Reportage dans le quotidien britannique Guardian : "pieds nus, les chevilles recouvertes d’une boue marron claire, des milliers d’hommes, femmes et enfants marchent en file indienne sur la route qui longe la frontière avec le Bangladesh. Ils rapportent tous les mêmes histoires horribles", explique le reporter Oliver Holmes, "l’armée est arrivée et s’est mise à tuer, tout simplement", raconte, Mohammed, 20 ans, qui a quitté son village, entièrement brûlé, après avoir vu sa sœur s’effondrer devant lui, une balle en pleine poitrine".

"Selon l’Onu", écrit Libération, près de 90.000 personnes ont trouvé refuge au Bangladesh" depuis le 25 août. Ils sont 10.000 par jour à fuir le pays. Libération qui rappelle que ces persécutions vis-à-vis de la minorité musulmane ne sont pas nouvelles, "les Rohingas sont depuis des décennies les parias du Myanmar et le régime Birman orchestre un véritable nettoyage ethnique", écrit le journal. Face à ces massacres, l’Onu a appelé les militaires "à faire preuve de retenue". Mollesse, c’est le moins qu’on puisse dire, de la supplique…

Enfin, à l’heure du petit-déjeuner, cette enquête sur le "faux" miel

"Faux étiquetage, origine trafiquée ou ajout de sirop de sucre", le Figaro alerte : "le marché international du miel est inondé de produits frauduleux. Et les chiffres de la consommation attestent bien d’une bizarrerie : "en France, alors que la production a été divisée par quatre, et que 9.000 tonnes ont été produites l’an passé, 45.000 tonnes ont pourtant été consommées !" "Alors d’où vient ce miel sans abeilles", interroge Eric de la Chesnais, principalement d’Asie, et particulièrement de Chine…

À l’intérieur des pots, des produits sucrants à bas prix, du miel dilué, ou du sucre liquide de riz ou de maïs, des produits ayant l’aspect du miel et fabriqués avec des méthodes qui passent le cap des analyses européennes, explique Henri Clément, le président de l’union de l’apiculture française. "Certes, le miel contrefait n’est pas dangereux pour la santé", précise le journal, "mais il y a bien tromperie sur la marchandise et concurrence déloyale". Le Figaro qui conclue en interrogeant celui qui est peut être aujourd'hui le plus célèbre apiculteur de France, Arnaud Montebourg reconverti récemment dans la filière : "pour l’instant c’est encore un peu tôt, je préfère m’exprimer plus tard". Là aussi, comme un petit accès de mollesse…