Des paroles en attendant des actes dans la presse de vendredi

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité. Vendredi, elle met en parallèle deux prodiges du "storytelling" : Kylian Mbappé et Emmanuel Macron.

"Mercredi, début d’après-midi, au cœur d’une journée folle et inoubliable (…) Kylian Mbappé a reçu L’Équipe au fond du bus mis à la disposition de ses proches par son équipementier. Détendu et rieur, il en profite pour livrer quelques messages assez clairs : 'ça va, je suis chaud comme la braise !'" 

Kylian Mbappé, 18 ans, devenu joueur français le plus cher de l’histoire "dit tout" dans L'Équipe. "La route n’est pas simple et il y a encore beaucoup de chemin à parcourir", explique-t-il, "toutes ces louanges, c’est bien mais c’est surtout une force supplémentaire pour continuer à travailler." Et effectivement, il y en a des louanges, des belles paroles… "Barack Obama n’a qu’à bien se tenir", lance Le Parisien qui ajoute que "ce surnom donné par son ex-coéquipier Benjamin Mendy lui va à ravir. Sa maturité et son aisance verbale les bluffe tous", enchaîne le journal qui parle d’un "storytelling parfait".

Le storytelling, c’est la communication, ces histoires écrites en amont pour faire rêver le chaland. Et dans le storytelling du PSG, pas question de parler trop ouvertement d’argent. "Le foot business, c’est un monde que je ne connaissais pas", confie le joueur à L'Équipe. "Et je ne souhaite pas aux gens de découvrir ce monde-là, ce n’est pas ça le vrai visage du football." Le vrai visage du football, dit Mbappé, "c’est de jouer".

En parallèle, et en attendant les actes, dans vos journaux, un autre jeune prodige "au storytelling parfait" défend son ambitieux projet en paroles.

"À Athènes, Emmanuel Macron veut refonder l’Europe", titre Le Figaro, photo du président devant l’Acropole illuminée à l’appui. "Dans le maniement des symboles", écrit François Xavier Bourmaud, "Emmanuel Macron donne parfois l’impression d’en faire un peu trop. Hier [jeudi], en Grèce, il s’est déchaîné. C’est là, sur cette colline, que se réunissaient les citoyens grecs dans l’antiquité. C’est là, qu’est née la démocratie européenne. Qu’avons-nous fait", lance le président, "Nous, européens de notre souveraineté ? Qu’avons-nous fait de la démocratie ?" Objectif donc, lancer "des conventions démocratiques" pour consulter "les peuples européens". Tout ça énoncé dans un pays où le peuple a souffert de dix ans de cures d’austérité imposées… Comme dit Kylian Mbappé : "sur le papier, c’est bien beau, mais faudra le prouver sur le terrain… 

Emmanuel Macron dont les paroles et les actes sont jugés en Une du New York Times

Analyse sévère de Chris Bickerton de l’université de Cambridge : "Le président français est certes la nouvelle tête d’affiche du capitalisme (…) mais jusqu'à présent, son projet politique ne s’est concentré que sur sa personne, sa jeunesse et son dynamisme…" Bickerton parle d’un vide, "un gouffre au cœur de son projet politique. Il est simplement en train de pousser la France vers le chemin bien connu de la dérégulation du marché du travail, route déjà arpentée par d’autres avant lui." Et de s’alarmer : "Est-ce de ce futur là que veut la France ? "

C’est rude, c’est désagréable… Pour encaisser, il y toujours ce conseil de Kylian Mbappé : "Si vous acceptez que l’on dise de vous que vous êtes le meilleur, vous devez aussi accepter que l’on dise de vous que vous êtes la pire des ordures", lance le joueur qui temporise, "là, je vais un peu dans l’extrême."

Dans la presse également, l’ouragan Irma qui poursuit sa route…

Avec cet appel à la Une de Nice-Matin : "Aidons-les !". "Mobilisation générale", renchérit La Provence qui décrit "le vaste dispositif de secours et de solidarité qui se met en place avec l’envoi notamment des pompiers des Bouches-du-Rhône." D'autres insistent sur le fait que face au désastre, il est grand temps d’ouvrir les yeux. Christophe Lucet dans Sud-Ouest voit Irma "comme un signe quasi biblique à la COP 21", dit-il. "Les petits états insulaires avaient été les fers de lance du combat pour un accord ambitieux… Irma leur donne hélas raison". "Les efforts que l’on s’économise aujourd'hui se paieront plus tard, plus cher", ajoute Didier Rose dans les dernières Nouvelles D’Alsace. Une conscience écologiste que l’on retrouve jusque dans le quotidien économique Les Echos : "il est grand temps de changer de braquet", lance Jean-Francis Pécresse qui plaide pour "une méga-gouvernance de l’écologie !" L’effet "Saint-Barth" probablement…

En attendant, que faire ? Entre menace atomique et danger climatique, dossier dans VSD sur "ces riches paranoïaques américains qui investissent dans des bunkers". "Preuve que la peur est croissance", écrit l’hebdo, "l’entreprise Texas Rising S, qui construit des abris souterrains, a vu ses ventes exploser de 400% en début d’année". Des bunkers donc, que l’on découvre en forme de longs cylindres confortablement aménagés avec fauteuils en cuirs, écrans plats, et cuisine… "Le prix moyen oscille entre 90.000 et 120.000 dollars", explique à VSD une autre entreprise qui affirme en avoir vendu "32 ces dernières semaines". Parmi ceux qui sont passé à l’acte : le rappeur Kanye West et sa compagne starlette Kim Kardashian.

Enfin, Le Figaro Magazine reste aux États-Unis avec une couverture sur Mark Zuckerberg…

"Le patron de Facebook sait tout sur ses deux milliards d’utilisateurs… alors, il se pourrait bien", écrit Vincent Jolly, "qu’il vise la Maison-Blanche". "Peut-il gagner ? Ce n’est pas impossible…" Le magazine dresse la liste des signes qui ne trompent pas, notamment les recrutements successifs de plusieurs conseillers de Barack Obama, d’Hillary Clinton et de George Bush. Sans compter son atout majeur : 230 millions d’Américains ont un compte Facebook. Or, si Facebook peut savoir ce que vous achetez, ce que vous postez et ce que vous lisez, il pourrait bien déterminer quel est votre candidat préféré.

En 2014, dans une étude menée avec deux universités sur un échantillon de 700.000 personnes, Facebook a démontré qu’il était tout à fait possible d’altérer l’humeur des utilisateurs, c’est-à-dire de créer, à l’aide d’algorithme, une "contagion affective à grande échelle". On n'est pas loin d’Orwell écrit le journal.

En fait, on est même bien au-delà puisque, ce que n’avait pas anticipé l’auteur visionnaire, c’est que nous donnerions toutes nos informations, gratuitement et volontairement à une telle plateforme. Avec ça, devenir président est à portée d’algorithme. Oui, mais pour quoi faire finalement ? "Mark Zuckerberg n’a pas besoin du Bureau Ovale pour devenir le maître du monde", note le magazine qui conclue, "peut-être que toute cette histoire n’est qu’un exemple de ces storytelling dont les électeurs américains raffolent". Une manière de dire qu’entre les paroles et les actes, il n’y a, de plus en plus souvent, que ces storytelling, ces histoires de communicants que nous voulons bien manger.