Défense : les clés du contrat du siècle

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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La presse quotidienne revient ce mercredi sur le contrat signé avec l'Australie pour la vente de sous-marins.

Ce matin en Une de vos journaux la même image comme une affiche publicitaire d’un sous-marin entre deux eaux, parce qu’il y a visiblement peu de raisons de se réjouir, alors on ne va pas bouder celle-là :
Les Echos : Défense : les clés du contrat du siècle.
Libération : les gars de la marine.
Le Canard Enchainé suggère d’en profiter : super contrat pour la vente de 12 sous-marins à l’Australie : et si on faisait don de notre Marine à l’Autriche.

Sous-marins

Preuve que tout le monde attend les bonnes nouvelles, la quasi-totalité des éditoriaux sabrent le champagne. Certains oseraient même dire que, finalement, la France va mieux. Il y a ceux qui s’intéressent essentiellement à la bonne fortune de François Hollande entre baisse du chômage et contrats mirobolants. Et puis il y a ceux, comme Bruno Dive dans Sud Ouest, qui tirent leur chapeau au savoir-faire français. Finalement, les seuls mauvais coucheurs ce sont les premiers concernés. Dans le Parisien, les employés de l’arsenal de Cherbourg affichent leur scepticisme. "Il faudra voir concrètement comment ça se traduit pour la région. Le pire, ce serait qu’on envoie 100 ingénieurs là-bas, que ça ne crée rien ici et qu’on ait cédé tout notre savoir-faire en route". Mais ils le disent : ne boudons pas notre plaisir.

Industrie française

La signature du contrat australien doit sans doute être lue à l’aune d’une autre information publiée par les Echos : le poids de l’industrie a été divisé par deux depuis 1970 en France. La France fait partie, avec le Royaume Uni, des pays les plus industrialisés d’Europe, loin derrière l’Allemagne mais aussi derrière l’Italie. Or, comme le rappelle Pierre André Buigues, professeur à l’université de Toulouse, c’est dans l’industrie que les dépenses de R&D sont les plus grandes, 80 % des exportations sont produites par des industriels et même les services à haute valeur ajoutée sont en fait liés aux entreprises industrielles. Bref, le rêve d’un pays s’enrichissant par les services est une utopie. Mais le rattrapage sera long. "Cela suppose d’utiliser à de bonnes fins l’argent public sans, obligatoirement, sauver des grands groupes. L’Italie a peu de grands groupes industriels, mais une multitude de PME dynamiques. La France préfère, elle, renflouer Areva et EDF".

Nuit debout

Très loin de ces considérations, Le Figaro s’agace en Une : Le gouvernement paralysé face à Nuit debout. Le reportage de Marie Estelle Pech laisse pantois. Il y a la commission éducation bloquée dans les années 60 et les considérations de Pierre Bourdieu sur la reproduction sociale et la pédagogie bienveillante. Il y a Rachid, pion dans un collège parisien, qui critique la loi islamophobe sur les signes religieux à l’école : "au Mc Donald’s tu viens habillé comme tu veux, à l’école non, pourquoi ?" Il y a cette commission féministe non mixte qui n’accepte pas les cisgenres (les hommes hétérosexuels). Mais c’est tellement sympa. "Tout à l’heure, un mec bourré a pris la parole pendant cinq minutes. C’était incohérent mais personne ne l’a interrompu. C’est formidable cette tolérance". Alexandre Devecchio rappelle l’expression de l’essayiste américain Thomas Franck sur le mouvement Occupy Wall Street, un mouvement tombé amoureux de lui-même. Il salue la recherche sincère de dépasser le néo-libéralisme. "Mais la kermesse héroïque est devenue le dernier bastion du gauchisme culturel, l’université populaire, une caricature de fac de socio. A Saint-Denis lorsque les classes populaires passent la nuit debout c’est pour lutter contre les dealers. Il y a fort à parier que Nuit debout n’empêche pas Marine Le Pen de dormir".

La transmission comme programme politique

Il faut absolument lire l’interview du philosophe Bernard Stiegler dans Télérama pour comprendre ce qu’est une véritable pensée critique du capitalisme. Stiegler évoque la destruction de la reconnaissance par l’organisation contemporaine du travail. Il rappelle ce qu’avait écrit sur son journal Richard Durn, l’homme qui, en 2002, avait tiré sur le conseil municipal de Nanterre : "J’ai perdu le sentiment d’exister. Je sens que je vais devoir faire quelque chose de mal pour éprouver ce sentiment au moins une fois dans ma vie". Il explique comment les nouvelles technologies amplifient la destruction : "les gens croient qu’en étant informé, ils savent quelque chose. Pas du tout ! Un savoir n’est pas seulement une information mais la transformation de celui qui sait par ce qu’il apprend". Dans le même dossier, un article sur le dernier film de Raymond Depardon. Une rencontre avec la France provinciale, invitée à converser dans une caravane. Une France populaire en sale état, dit Télérama. Le Parisien exprime son malaise. "Est cela la parole de la France ? Une abdication des rêves servie par une langue minimale et des ambitions étriquées ? On sort de là déprimé, poisseux de cette fausse bonne idée qui montre la province française handicapée de tout alors que c’est tout le contraire". Mais Libération adore parce que ça illustre cette phrase d’Alain Badiou sur les procédés par quoi s’installe au cœur de l’espace public la question délétère : qu’est-ce qu’un Français ? Mais à cette question, chacun sait que n’existe aucune réponse soutenable, autrement que par "la persécution de gens désignés arbitrairement comme les non français". On se croirait à Nuit debout.

Prisons

Le Figaro nous raconte une expérience incroyable. Pour lutter contre la radicalisation en prison, des cours d’astronomie. Parce que l’astronomie, la formation de l’univers, la cosmologie chinoise, persane ou grecque nous renvoie au questionnement métaphysique mais par les yeux de la science, en relativisant les croyances. Le savoir plutôt que les opinions. Le projet de l’école. Mais mieux vaut tard que jamais.


Les journalistes sur la profession la plus déconsidérée et cet article de Slate ne va pas arranger les choses. Le secret le mieux gardé des rédactions, c’est que les journalistes détestent leurs lecteurs. Un article de la revue Medium signée par deux entrepreneurs souligne leur étonnement devant le mépris qu’ils ont constaté : des idiots, des incultes qui n’attendraient que des informations sur des sujets sans intérêt. "Il ne faut pas prendre les gens pour des cons, mais il ne faut pas oublier qu’ils le sont". disaient les Inconnus. Alors, on vous le prouve, ce n’est pas le cas ici.