Déchéance : le fiasco !

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La revue de presse est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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La presse quotidienne revient ce jeudi sur l'abandon de la déchéance de nationalité par François Hollande.

Ce matin vous trouverez vos quotidiens nationaux sur internet. Et c’est la même photo qui s’impose partout, celle d’un François Hollande quittant son pupitre, et presque quittant la scène, tête baissée, marchant vers ce qui semble un rideau de théâtre avec son velours rouge.
La Croix : Déchéance : le fiasco.
Le Figaro : Déchéance d’autorité.
Le Parisien : Tout ça pour rien.

L’Humanité nous montre au contraire une foule en marche, et le manteau rouge vif d’une jeune fille : Et maintenant : retrait de la loi El Khomri.
Alors, le Monde conclut par un sondage : A gauche, le rejet massif de Hollande.

Mais je vous signale tout de même un journal qui nous sort de ces considérations :
Le 100 du 1. Oui, c’est le numéro 100 et il est illustré par Gérard Fromanger pour nous parler de culture, de création, de vie.

Déchéance

Bien sûr, il y a l’inventivité linguistique. Sinistre comédie dans L’Humanité. Fiasco monumental, dans Les Dernières Nouvelles d’Alsace. Waterloo politique dans L’Alsace. Calamiteuse affaire dans La Montagne. "Un désastre, tranche Grégoire Biseau dans Libération. Jamais peut-être dans l’histoire politique française une initiative d’un président de la République n’aura atteint un résultat aussi éloigne de l’objectif affiché". Et dans Le Figaro, Paul-Henri Du Limbert ne boude pas son plaisir : "Que ne nous a-t-on pas seriné à propos du prétendu génie manœuvrier de François Le Gâchis Hollande, le docteur honoris causa de la miraculeuse synthèse". Dans L’Opinion, Nicolas Beytout ironise : "Moi président, j’occuperai le débat public pendant 4 mois pour défendre en vain un symbole dont j’avais admis dès le 1er jour qu’il n’avait aucune efficacité dans la lutte contre le terrorisme". Et dans L’Humanité, Patrick Apel Muller assène le coup de grâce : "Quant au président et son Premier ministre, ils sont désormais punis par où ils ont pêché : la popularité, recherchée sur le dos de l’horreur et de l’émotion". "Déjà condamné à la spéléologie en matière de sondages, analyse Raymond Couraud dans L’Alsace, François Hollande est l’otage des caprices du Parlement. Avis à ceux qui rêvaient d’une 6ème République. La 3ème est de retour, avec son lot de compromis et de combinaisons politiciennes". Alors, dans Le Courrier Picard, Bertrand Mesnel prend acte : "François Hollande devrait commencer à envisager une retraite plus rapide que souhaité. D’ailleurs, cela fait longtemps qu’on n’a pas eu un président qui se contente d’inaugurer les chrysanthèmes. Des fleurs, cela apaiserait peut-être un peu l’ambiance".

Qu’est-ce qu’être fort ?

C’est la question que pose Philosophie Magazine qui a demandé à des penseurs de choisir celui qui incarne pour eux la force. Barack Obama et ses larmes, Milena Jesenska, maîtresse de Kafka, morte en camp de concentration pour acte de résistance. Mais étonnamment, pas de François Hollande. On trouvera des réflexions magistrales sur la dialectique entre le bourgeois et le barbare, ces groupes terroristes comme l’OLP qui s’embourgeoisent, et ces sociétés bourgeoises qui se barbarisent comme les États-Unis envahissant l’Irak après le 11 septembre. On y trouvera surtout un dialogue entre Bernard Cazeneuve et la philosophe Cynthia Fleury sur le courage en démocratie. Un dialogue qui a eu lieu avant les attentats de Bruxelles, avant la déconfiture gouvernementale sur la révision constitutionnelle. Une réflexion sur l’état de droit, sur l’éthique de responsabilité, sur le risque de déshumanisation et cette conclusion sans appel de Cynthia Fleury qui offre un écho terrible à la mise en scène du discours présidentiel du 16 novembre à Versailles : "à partir du moment où l’on se produit devant une caméra, dès lors que tout est mis en scène pour être diffusé, on n’est plus dans le courage".

Expérience de mort imminente

Non on ne parle pas de l’état de la gauche ou de celui du quinquennat. Le magazine National Geographic nous propose un passionnant dossier sur ces frontières fluctuantes entre la vie et la mort, sur ces cas de patients qui se réveillent après que le cœur a cessé de battre, sur ce bébé mené au bout de la grossesse alors que sa mère était en état de mort cérébrale après un AVC, et sur ces moines qui entrent en méditation juste avant leur mort, ce qui freine la décomposition de leur corps. Vie et mort sont des états étonnamment relatifs.

Le trésor de Roquetas

C’est Le Monde qui nous raconte l’histoire de ce village andalou qui a vu pleuvoir sur lui une manne inattendue. C’est là qu’ont été vendus les 1600 billets gagnants de la loterie de Noël 2015. 400.000 euros chacun. Des Espagnols qui ont pu payer les études des enfants ou construire la maison. Et des immigrés, un tiers des habitants de Roquetas, Roumains ou Africains. Mais pour eux, cet argent ressemble à un cadeau empoisonné. Il faut se cacher pour ne pas se faire racketter, pour ne pas que la famille ou les amis, au pays, réclament plus que leur part. Et puis il y a l’Islam qui leur dit que cet argent est impur et qu’il ne pourra servir ni à un pèlerinage à la Mecque ni à des dons pour la mosquée. Alors, certains dissimulent, surjouent la pauvreté pour que personne ne sache. Même la chance est inégalitaire.

Loi Travail

On peut s’amuser à comparer l’enquête de Libération sur les violences policières en marge des manifestations lycéennes avec l’article du Figaro donnant la parole à des proviseurs qui expliquent que les blocages de lycées ne sont absolument pas bon enfant et que des activistes encagoulés provoquent et cassent. Mais il faut lire aussi sur le site Causeur l’article de l’économiste Jacques Sapir expliquant pourquoi cette loi, dont il souhaite le retrait, sera maintenue. Parce qu’elle ne dépend pas de François Hollande mais de Bruxelles et des engagements pris par celui qui a renoncé au début de son quinquennat à renégocier le traité budgétaire européen. Le modèle allemand, avec ses innombrables travailleurs pauvres, est notre horizon.


Le Parisien nous révèle que les mythes peuvent être réalité. La licorne existe. Ou du moins elle a existé à une époque où des hommes pouvaient la croiser. Bon, pas grand-chose à voir avec la petite chèvre blanche des tapisseries médiévales incarnant la pureté. Il s’agissait d’un cousin du rhinocéros plus fin et plus élancé avec une corne d’un mètre cinquante à deux mètres qui se promenait du côté de la Sibérie. De quoi alimenter les récits des anciens sur l’homme qui a vu l’homme qui a vu une licorne. Comme l’homme qui a vu l’homme qui a vu la gauche au pouvoir. On peut y croire.