De quoi la gauche est-elle malade ?

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Pour approfondir le clivage entre Manuel Valls et Benoît Hamon, il faut lire les réflexions de Marcel Gauchet dans "Philosophie Magazine".

Ce matin en Une de vos journaux le monde se recompose : Les Echos : "Brexit : Trump défie les Européens". Le Figaro : "Trump au pas de charge". Mais la France regarde ailleurs : Le Monde : "L’affaire Fillon déstabilise sa campagne et accroît le malaise de la droite". Libération : "Pénélope Fillon, l’assistée parlementaire". Et puis, on attend dimanche : Le Parisien : "Leurs derniers arguments". L’Opinion : "Comment Hamon a braqué la primaire". Dans le dessin de Kak, il est en Casimir, chantonnant pour accompagner son revenu universel "Voici venu le temps…"

François Fillon

Cécile Cornudet constate dans les Echos que les soutiens à droite se font légers. "L’armée des ombres", résume-t-elle. "Il est terrible, dans cette campagne, de redevenir comme les autres", lance Florence Chédotal dans la Montagne. Hors système ? "Qui peut vraiment y croire ? Le système a du bon pour qui peut en profiter." Du coup, tout semble bousculé. Qui en profite ? Emmanuel Macron ? Marine Le Pen ? Dans Les Echos, on découvre qu’il existerait sur les marchés financiers une prime de risque Le Pen. Des fonds appellent à spéculer contre la France pour anticiper une éventuelle victoire du FN. Une petite musique de financiers qui jouent à se faire peur, sans doute parce qu’ils constatent que l’euro reste une construction politique fragile. Après les surprises de 2016, on guette celles de 2017.

A gauche

Bien sûr, il y a les deux candidats dans Le Parisien. Mais pour réfléchir à l’avenir de la gauche, mieux vaut feuilleter Philosophie Magazine. En Une : "De quoi la gauche est-elle malade ?" Jean-Claude Michéa qui analyse les particularités du capitalisme néo-libéral : "Dès lors que l’État fiscal (celui qui reposait d’abord sur l’impôt) a dû progressivement céder la place à l’État débiteur (celui qui repose de plus en plus sur l’emprunt auprès des marchés financiers), un gouvernement dit représentatif aura beaucoup plus de comptes à rendre à ses créanciers internationaux et à leurs agences de notation qu’à ses propres citoyens." Et puis il y a le débat Marcel Gauchet-Eric Fassin. Le premier analyse les évolutions de l’individualisme qui a fait perdre à la gauche l’idée même de société, et reproche au second, dans sa défense des minorités, de s’être laissé coloniser par l’idéologie néo-libérale en croyant réinventer la gauche. Le vrai clivage est là, bien plus qu’entre Hamon et Valls.

Une histoire européenne

C’est une entreprise polonaise qui écoule 40% de sa production en France. Le Monde a enquêté sur Fructofresh, qui a conquis le marché des salades de fruits frais. Elles sont d’une incroyable longévité : 14 jours contre 7 jours pour ses concurrents, ce qui a convaincu les géants de l’hôtellerie, de la restauration collective, même l’Assemblée nationale. Mais la probabilité est immense que Fructofresh utilise du dicarbonate de diméthyle interdit en Europe sauf dans certaines boissons aromatisées. Mieux, elle emploie dans des conditions de quasi esclavage des travailleuses nord-coréennes. Le patron prévoit aussi à terme de se tourner vers le Bengladesh et le Népal. Au cœur de l’Europe et de la concurrence non faussée.

Réflexions sur l’art

Il faut lire la chronique de Stéphane Audeguy dans La Croix. Écrivain et professeur, il s’inquiète de voir la culture artistique de ses étudiants réduite à Guernica et La liberté guidant le peuple. Et toujours la même phrase : l’auteur a voulu faire passer un message. Cette manie de la réduction de l’art à ses messages (pour Picasso, ce serait : les nazis ne sont pas gentils), induit un appauvrissement sensible inquiétant. Il est des œuvres, parmi les plus grandes, qui ne nous disent, à la lettre, rien. Qui ne sont pas réductibles à un tweet. Elles sont donc inconnues des jeunes alors qu’elles relèvent d’une intense et lyrique présence. Les variations Goldberg, les paysages de Poussin, Le bœuf écorché de Rembrandt. Nous n’apprenons pas à cette jeunesse à recevoir les formes comme objets de délectation et le sensible se venge. L’enlaidissement grandissant de la vie quotidienne en est en partie la conséquence.

Aide pas si humanitaire

Le titre de l’article du magazine M est surréaliste : "Halte aux dons de stilettos pour les sinistrés des cyclones". Après le cyclone dans l’archipel du Vanuatu, des dizaines de morts et 75.000 sans abris, la Croix Rouge a reçu des containers chargés de chaussures à talons, de sacs à main, de pulls, alors que la température moyenne est de 28 degrés. Pendant ce temps, les containers de nourriture ne peuvent pas être triés et les boîtes de conserve périment. Pour ceux qui veulent se débarrasser de leurs vieux talons aiguilles, un vide-grenier ou Internet, c’est mieux. La solidarité, c’est une belle valeur. Mais les valeurs sans l’intelligence, c’est inutile.