Dans la presse, la très attendue rentrée de l'exécutif

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

La très attendue rentrée de l’exécutif agite la presse.

Impossible d’y échapper. On ne sait pas si ce pays est rétif à la réforme, mais ce qui est certain c’est que sa presse aime les bilans, les perspectives, les projections, les points d’étape. Alors après celui des cent jours, place, donc, à la rentrée. Chacun a soigneusement choisi ses mots pour la qualifier. "Un cap horn politico-social" selon Patrice Chabanet dans le journal de la Haute-Marne, "le casse-tête d’Emmanuel Macron " pour Ouest-France, "un mur de défiance" pour la Charente Libre. Libération a semble-t-il presque hésité en collant un point d’interrogation à son titre de Une : "Macron, président des riches ?" avec un dossier sur la fiscalité complexe de l’exécutif en pages intérieures.

Luc Peillon résume : les grands gagnants sont les 10% les plus aisés, et les perdants sont les petits riches, et les 10% les moins riches. Il y a aussi la listes des "dossiers chauds", celle des Echos et celle du Parisien. Au menu : réforme du code du travail, fronde des élus locaux, "la sélection à la fac : explosif !", mais aussi le budget "qui risque d’être saignant". Tout ça sur fond de ce que Christine Clerc dans le Télégramme qualifie de "poison du doute" : "entre les ruines des vieilles citadelles" du PS et des Républicains, "s’ouvre pour Emmanuel Macron un véritable boulevard, dit-elle, mais voici l’inquiétant paradoxe : sa popularité s’effondre !" Un "paradoxe" que la presse essaye d’éclaircir en interrogeant les sondeurs. Il faudrait plus de pédagogie ? Les français ne "comprennent pas" ? Apparemment, ils comprennent quand même assez bien…

Interview dans le Figaro du directeur adjoint d’OpinionWay : "quand on regarde les enquêtes, explique Bruno Jeambart,  il s’est noué quelque chose en juillet, avec le départ du général Pierre de Villiers et l’annonce de la diminution des APL". Décryptage sur le site de Paris Match : "pourquoi les français doutent ?" Et le magazine de rapporter les mots des français interrogés : "le sentiment d’injustice sociale", l’idée que le président n’a peut-être pas "la capacité à comprendre les gens comme eux", un excès de communication, et un manque de clarté idéologique.

Preuve que le gouvernement veut s’attaquer à ce problème, plusieurs ministres s’expriment ce matin dans la presse…

Oui, Stéphane Travers, ministre de l’Agriculture, donne son objectif de rentrée au Figaro, avec cette phrase mise en exergue : "la France doit retrouver sa place de leader agricole en Europe", "nous devons préparer l’avenir", dit-il, et préparer l’avenir c’est d’abord "libérer l’agriculture des carcans réglementaires qui l’empêchent de prospérer", "l’inflation des normes doit s’arrêter." Objectif : apaiser, rassurer, éviter le soulèvement de ceux qui n’ont plus rien à perdre.

Dans les Echos, le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, lui aussi se veut rassurant : "2018 se traduira par une hausse du budget de l’Education nationale", dit-il. Sans plus de précision, mais, peu importe, la bonne nouvelle est dans le titre. Une bonne nouvelle distillée là aussi, pour éviter le soulèvement potentiel. Les mobilisations menacent de partout : d’abord sur le front syndical avec la CGT qui manifestera le 12 septembre. Ensuite sur le plan politique avec Jean-Luc Mélenchon qui appelle à une marche le 23 "contre la casse du code du travail". "Qu’Emmanuel Macron ne compte pas sur la France Insoumise pour le laisser en paix", rapporte le Figaro.

Une affirmation mise en doute par… l’Humanité. Le journal communiste titre : "la combativité croit, (certes) mais sans encore converger." Quatre pages pour expliquer les divergences. La France Insoumise n’a pas répondu à l’invitation du PCF ce week-end à Angers et Pierre Laurent, le secrétaire national est catégorique : "le PCF et notre projet de transformation sociale ne sont pas solubles dans le populisme de gauche" dit-il, avant d’ajouter, subtil, "je ne dis pas ça pour créer une polémique (…) mais on doit construire la riposte." "Sur les décombres de la défaite, chacun construit donc sa petite chapelle, constate Matthieu Verrier dans la Voix du Nord, qui parle de ‘diagonale de la division’ : la gauche est éclatée, et rien ne semble amorcer une dynamique vers l’unité. » Autant d’analyses qui devraient rassurer l’exécutif.

La rentrée, ce n’est pas que la politique, ça concerne au premier chef les étudiants

Dossier dans le Parisien sur "le prix à payer pour étudier", baromètre de la première organisation étudiante à l’appui, la Fage. Droits d’inscription à la fac, fournitures, loyer… le coût moyen de la rentrée s’élève à 2.400 euros. Témoignages à lire dans la Croix, Nicolas, 21 ans, en master d’histoire à la Sorbone et endetté pour 15.000 euros : "je cumule des petits boulots mais je n’arrive pas à réviser mes concours". Même chose pour Laura, 23 ans, en école de commerce : "en plus des baby-sittings, j’ai emprunté à ma banque, je démarre dans la vie avec une dette de 12.000 euros."

Alors comment penser l’argent ? Faut-il le détester ? Le mensuel Philosophie magazine de septembre a réuni l’acteur Fabrice Lucchini et l’essayiste Pascal Bruckner, justement pour parler d’argent, "notre tabou national". Long échange de cinq pages où l’on trouve de quoi méditer : "J’ai fait mienne la phrase de Nietzsche, affirme Bruckner, pour la vie intellectuelle, une modeste aisance suffit (…) C’est la pauvreté et non l’aisance qui est matérialiste, dit-il, le manque de moyen oblige à tout calculer sou après sou." A prendre avec philosophie bien sûr…

Enfin, bilan des vacances et rentrée concerne aussi personnellement les lecteurs

Oui, parce qu’il n’y a pas que le gouvernement qui fait de la com’ : plusieurs journaux s’intéressent à notre utilisation des réseaux sociaux en vacances. "Facebook, Instagram ou encore SnapChat sont la forme nouvelle de nos bons vieux albums photo", "mais leur instantanéité renforce la mise en scène de soi et la quête du cliché parfait", explique le journal.  Chaque seconde dans le monde, 1.000 selfies sont postées sur les réseaux.

Reportage de Delphine Allaire dans un camp d’été des scouts en Indre-et-Loire. Un camp sans smartphone. Et décrocher n’est pas toujours facile : "Marianne 17 ans, raconte comment une des guides de la compagnie a confié le mot de passe de son compte SnapChat à une amie à l’extérieur pour que celle-ci entretienne son compte à sa place. "De toute façon, le camp scout, c’est comme un téléphone portable, explique Gabrielle, nous avons toujours quelqu’un avec qui interagir, discussions, jeux, musique, ce sont les mêmes options que sur un téléphone". Bref, c’est pas le portable qui copie la vraie vie, c’est la vraie vie qui ressemble à un portable….