Crise agricole : le rendez-vous manqué de Hollande avec les agriculteurs

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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La presse quotidienne revient ce lundi sur la visite de François Hollande au Salon de l'Agriculture.

Ce matin en Une de vos journaux le temps est à l’orage. Du côté du Salon de l’agriculture d’abord :
Le Monde : le rendez-vous manqué de Hollande avec les agriculteurs.
L’Opinion : crise agricole : les limites de l’état pompier. Avec le dessin de Kak avec François Hollande et Stéphane Le Foll en médecins pathétiques tentant de ranimer à coup de massages cardiaques un cochon rôti garanti viande française.

Mais la foudre pourrait venir d’ailleurs :
L’Humanité : Contre la loi El Khomri, le thermomètre social vire au rouge.
Le Figaro : Hollande et Valls à l’heure de la défiance maximale.


Hollande dans la tourmente

L’épisode du passage présidentiel au Salon de l’agriculture nourrit les commentaires : "A son retour de contrées où le collier n’est pas une pièce de bœuf mais un cadeau d’accueil, écrit Paul Caraci dans Le Midi Libre, voilà donc comment Hollande est reçu Porte de Versailles. Hollande qui, d’un côté, fait attiser les braises par Valls, El Khomri ou Le Foll. Hollande qui, de l’autre, se doit de venir caresser les fessiers bovins, au contact d’exploitants en plein désarroi". Qui sème l’échec, récolte la colère, dénonce l’Opinion dans son éditorial. Rémy Godeau rappelle que le président avait fait de l’apaisement une arme anti-Sarkozy et vivre en société apaisé une variante du dialogue social. C’est raté. Car la colère est aussi en Une de Libération : une colère numérique. Une colère contre la loi El Khomri qui se traduit par une pétition signée en quelques jours par 750.000 personnes. Pourquoi cette colère ? C’est la Une de Marianne qui résume un Pierre Gattaz l’air décidé, les deux mains appuyées sur son bureau : réforme du droit du travail : c’est qui le patron ? A l’intérieur du journal, il a même pris la place de François Hollande sur la photo présidentielle de Raymond Depardon. Mais il faut lire surtout l’article d’Hervé Nathan qui raconte, de Delors à Hollande, les trente piteuses socialistes, ces années où les enfants de la deuxième gauche inventaient la désinflation compétitive, l’abandon des canards boiteux de l’industrie et la forgeaient la doxa économique européenne. Une politique dont les vainqueurs, dit-il en reprenant les analyses pourtant peu soupçonnables de gauchisme de Jacques Attali, seront les détenteurs du capital et les consommateurs. A contrario, les travailleurs seront totalement oubliés.

29 février

Les travailleurs aujourd’hui ont d’ailleurs un combat à mener. C’est le Parisien qui nous le rappelle puisqu’il fête l’anniversaire de tous ceux qui sont nés un 29 février. Et en particulier celui d’un illustrateur graphiste, Lukino, qui plaide pour que ce 29 février devienne un jour férié. Les salaires étant annualisés dans la plupart des contrats, négociés pour 365 jours, il regrette que cette journée supplémentaire de labeur ne soit pas rétribuée et refuse de travailler plus sans gagner plus. Mais des chercheurs de l’Université de Baltimore proposent de régler définitivement le problème. Ils ont inventé un calendrier perpétuel. De quoi ruiner les éboueurs et les postiers puisque les jours de l’année correspondraient toujours au même jour de la semaine. Le 1er et le 8 mai seraient toujours des mercredis (en 2016 ils tombent un dimanche, c’est ballot). Mais pour les hôteliers et toute l’industrie du tourisme, une bénédiction. Les vacances, les examens pourraient enfin avoir lieu à dates fixes. Leur truc : créer des mois de 30 jours et une semaine supplémentaire tous les cinq ou six ans à la fin du mois de décembre. Bon, du coup, c’est moins séduisant.

Islamophobie

S’il y a un article à lire ce matin, il est dans Libération. Une tribune signée par l’écrivain franco tunisienne Fawzia Zouari. Elle revient sur le choix de l’écrivain algérien Kamel Daoud d’abandonner le journalisme après une tribune signée dans le Monde par un collectif d’intellectuels lui reprochant son culturalisme, ses clichés orientalistes, bref son islamophobie. "Soit, à quelques détails près, les mêmes accusations qui lui ont values d’être menacée de mort par les barbus de son pays.  Voilà comment on se fait des alliés des islamistes sous couvert de philosopher". Le crime de Kamel Daoud ? Avoir dénoncé, après les événements de Cologne, le puritanisme outrancier et la grande misère sexuelle des sociétés arabes. Des réalités concrètes, rappelle Fawzia Zouari. Les signataires de la Tribune appellent à un débat apaisé et approfondi. "Cela veut dire quoi au juste ? Qu’on occulte ce qui ne va pas dans nos sociétés ? Qu’on se sente coupable d’aimer dans l’Occident l’espace de liberté de d’émancipation qui nous font défaut ? Serions-nous assignés à une parole positive et aseptisée sur notre monde ? Sachez que des Kamel Daoud, il en nait tous les jours de l’autre côté de la Méditerranée. Ces journalistes, écrivains et artistes menacés dans leur vie pendant que l’on sirote tranquillement son café à Paris, qui ont le courage de forcer leur monde à la critique et aux changements, veulent devenir les sujets de leur propre histoire au lieu de rester objet des études occidentales. Ils s’inscrivent dans une autre tradition de l’Islam, celles des poètes rebelles et des penseurs du doute". Alors, on regrettera les articles de Kamel Daoud bien plus que les tribunes d’universitaires de garde.

Syrie

C’est un article dans le magazine américain Politico. Un article signé Robert Kennedy, neveu de JF. K. qui révèle les causes véritables de la guerre en Syrie. Le projet, au début des années 2000, d’un gazoduc partant du Qatar et qui devait passer par la Syrie. Bachar el Assad l’a refusé pour favoriser un autre projet qui allait dans le sens des intérêts iraniens et russes. A partir de ce moment, explique Kennedy, l’Arabie Saoudite, le Qatar, Israël et les Etats Unis ont commencé à financer les mouvements de contestation du dictateur syrien, dont le jeune état islamique lorsqu’il est apparu. Quand l’information émane d’un jeune avocat nommé Kennedy, elle est ravageuse.


Le Figaro consacre un article à un documentaire qui sort mercredi consacré à Guy Ribes. Il a des allures de commissaire Maigret, mais son travail, c’est faussaire. Fils d’un proxénète qui a fini meurtrier et d’une mère gitane, liseuse de boule de cristal, il avait un potentiel. Il a inondé les galeries de dessins à l’encre de Picasso ou de gouache de Dufy. Mais comme le dit l’article, pris dans les filets d’un marché de l’art bien plus cynique et intéressé que lui, c’est lui le cave. Mais quel talent. Capable de synthétiser différents travaux pour créer des œuvres plus vraies que natures, de maquiller des archives en glissant ici ou là une fausse lettre mentionnant telle pièce en réalité de sa main. Faussaire, c’est tout un art. Ce n’est pas lui qui se ferait avoir en copiant vaguement un programme de gauche pour ensuite sortir une loi sur le travail aux couleurs du Medef.