Catalogne : l’indépendance attendra !

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, on liste les fractures et les divisions.

Oui division en Une du Parisien, par exemple, qui met les fonctionnaires face à Emmanuel Macron…
"Ils marchent, titre le journal, mais l’Élysée garde le tempo". L’édito, est formel : "les manifestants passent, Macron avance". Voilà, circulez, y’a rien à voir. Hasard ou coïncidence, c’est précisément ce que suggère en page 3 une source "au sommet de l’État", qui s’est confiée au journal lors du déplacement présidentiel à Francfort : "vous avez vu la mobilisation ?, demande la source, c’est hyper faible".
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Ce n’est pas l’avis de la presse régionale. L’Est Républicain voit une "mobilisation réussie", "les fonctionnaires étaient au rendez-vous" ajoute la Voix du Nord, "en nombre !" pour le Courrier Picard. "En force" pour La République des Pyrénées. Visiblement, les quotidiens régionaux n’ont pas suivi le déplacement présidentiel à Francfort et son débriefing sur "la mobilisation hyper faible".

Et puis, toujours à propos de divisions, de France coupée en deux, il y a aussi ceux qui anticipent la mutation potentielle de micro-polémiques en fracture majeure. L’Express propose un dossier sur "les risques du politiquement correct : langage, sexualité, communauté… ces concepts qui divisent la société en un catalogue d’identités". De l’écriture inclusive à l’afro-féminisme, en passant par l’antiracisme intersectionnel et la "drague" devenue "harcèlement". Tout y passe. Un dossier empreint d’inquiétude sur "la gravité de ce qui est en train d’advenir dans ce pays", inquiétude que la philosophe Cynthia Fleury, en page 44 du même magazine, dégonfle en quelques mots : "la tyrannie des minorités, c’est une construction, dit-elle, une vue de l’esprit".

L’autre grand titre ce matin, ce sont les divisions qui minent l’Espagne, autour de l’indépendance de la Catalogne.

L’exercice d’équilibriste de Carles Puigdemont fait la Une de nombreux journaux : Médiapart met en avant "l’appel au dialogue", Ouest-France parle "d’une sécession catalane en suspens", "si la rupture tant attendue n’a pas eu lieu, écrit Laurent Marchand, la sortie de crise est tout sauf acquise". "L’indépendance attendra", résume le Figaro, qui au-delà de la Catalogne s’intéresse aussi à ce qui se passe en Pologne.

Reportage de Laure Mandeville, qui raconte, depuis Varsovie, le fossé qui s’est creusé entre « les conservateurs eurosceptiques et les libéraux pro-européens. "Dans la capitale polonaise, dit-elle, l’humeur est sombre. Les varsoviens sont sur les dents, persuadés que le pays s’enfoncent dans l’autoritarisme. En face, le parti Droit et Justice, au pouvoir depuis deux ans, fustige "ces élites qui se considèrent au-dessus des lois, qui ont abandonné le petit peuple et qui méprisent les gens des petites villes".
Les libéraux ont abandonné le champ du social, écrit Le Figaro, ils se sont ralliés à une vision très libérale de l’économie de marché et ont laissé tomber le thème du patriotisme… Une fracture qui inquiète un ancien de Solidarnosc : "il y a désormais deux Pologne, dit-il, nous n’avons pas les mêmes interprétations, pas les mêmes valeurs, nous ne nous écoutons plus, nous ne nous parlons plus. Pire encore, nous n’avons même pas envie de nous parler".
Une situation qui devrait parler aux catalans, aux britanniques, mais aussi un peu à nous, français.

Et puis, divisions et fractures, c’est aussi le thème de la Revue XXI.

"Double France : voyage dans un pays éclaté", c’est le titre de ce dossier qui propose d’ausculter un hexagone "fragmenté".
À lire, notamment, le récit d’Olivier Brunhes qui fait le portait de Montlouis, petite bourgade du Cher coupée en deux, où "des clans irréductibles ne se parlent plus que par invectives, plaintes aux gendarmes et assignations en justice".
Pour comprendre, il faut remonter le fil sur plus de trente ans.
"Au début des années 80, dit-il, la grande bascule s’enclenche. Montlouis procède au remembrement de ses parcelles agricoles, une redistribution, pilotée par l’État, qui permet de regrouper les petits champs éparpillés en domaines de centaines d’hectares. C’est la fin du bocage, les haies sont arrachées, et suivent des années de chambardement du paysage, au rythme des directives, nationales puis européennes. Le Crédit Agricole prête à tour de bras à ceux qui suivent, les taux d’intérêt montent à 12%, la FNSEA s’implante partout, l’utilisation massive des engrais et pesticides devient ordinaire"
Le journaliste raconte les hectolitres largués par avion, "la foi dans les nouvelles techniques est telle que les pilotes sont accueillis en héros sur la place du village. Nul ne se soucie des conséquences environnementales. Il y a ceux qui croient à l’intensif, et les partisans du bio.
Et puis, plus tard, dans les années 2000, arrivent les éoliennes. Les démarcheurs font leur apparition, passant dans les fermes pour proposer l’implantation de mâts, moyennant rétribution. À l’époque, personne ne se doute qu’il s’agit d’un énorme business, décliné dans toute l’Europe. Le village se divise, il y a les antis, il y a les pros, on soupçonne les opposants d’être jaloux de ne pas bénéficier de la manne. Personne n’écoute personne. On se déchire, on se replie sur soi. La transformation irréversible du paysage a déclenché des grincements d’âme", résume Olivier Brunhes.
Un reportage de 10 pages à lire dans la Revue XXI, qui bien au-delà de ce village du Cher parlera sans doute à beaucoup de Français.

Enfin, et parce qu’il n’y a pas que des déchirements, ceux qui font la Une ce matin, ce sont les joueurs de l’équipe de France.

Du bleu et des sourires un peu partout : "qualifiés !" titre simplement Nice-Matin, "Mission accomplie" pour l’Est Républicain. "Vivement le caviar", commente l’Equipe. Mais ! Mais si la victoire fait l’unanimité, la manière n’a pas séduit. "On s’était promis de ne pas banaliser une qualification pour la coupe du monde, écrit Vincent Duluc, mais après cette victoire piteuse contre la Biélorussie, la promesse n’est pas facile à tenir". Des bleus "médiocre", "plus à l’aise avec leurs mains qu’avec leurs pieds", "comment des joueurs de ce niveau peuvent-ils proposer quelque chose d’aussi vide collectivement ?", s’interroge Vincent Duluc qui conclue : "la récurrence de la médiocrité chasse toute idée de hasard, tout semble à repenser, mais par bonheur, il y a huit mois pour cela. Huit mois qui permettront au moins de se souvenir que se qualifier pour la coupe du Monde est une fête".

Voilà comme dirait l’autre : "celui qui ne sait pas se contenter de peu, ne sera jamais content de rien".