Budget 2018 : les gagnants et les perdants

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, les gagnants et les perdants…

On parle du budget 2018 présenté hier par Bercy, et beaucoup de vos journaux reprennent les même mots pour l’aborder : "Qui gagne, qui perd", propose la Dépêche du Midi, même chose pour Ouest-France, pour le HuffingtonPost et pour Le Monde. Pourtant, à en croire la formule du gouvernement, il n’y aurait pas de perdants. Les Echos rappellent que "Gérald Darmanin et Bruno Le Maire se sont évertués à démontrer que ce projet budgétaire ‘bénéficiera à tous les français sans exception’". Visiblement l’élément de langage n’a pas pris 
"Qui gagne et qui perd". Evidemment, il y a de nombreuses variantes, par exemple l’Humanité qui titre dans un style plus tranché : "ceux qui vont payer pour les riches", en l’occurrence, d’après le journal, les retraités de la classe moyenne et les 10% des français les plus pauvres : "selon l’OFCE, ils perdront 337 euros par an à l’issue du quinquennat, alors que les 10% les plus riches gagneront 1193 euros ». C’est ce que l’Obs qualifie de "pari fou" : "pourquoi il donne aux riches" titre l’hebdo, avec en photo de couverture, un Macron bras croisés et sourire jusqu’aux oreilles. Pour mettre un visage sur "les riches", en page 29, l’Obs a choisi un autre sourire, celui, plus rare, de la première fortune de France, et 11ème mondiale selon le classement Forbes : Bernard Arnaud, PDG du groupe LVMH, dont les actifs s’élèvent à 41 milliards de dollars. "Macron est bien le président des riches, écrivent Sophie Fay et Pascal Riché qui décrivent le pari du "ruissellement, versez du champagne dans la dernière flute au sommet de la pyramide, il redescendra jusqu’à la base. Baissez la fiscalité des riches, ils investiront et créeront des emplois. 
Schéma qui donne effectivement tout le monde gagnant, mais qui n’a jamais été confirmé par une quelconque analyse économique".

A propos de "gagnant"Paris Match s’intéresse à Claudia Schiffer.

Quoi de plus emblématique qu’un métier dont le nom, "Top model", porte à lui seul l’impératif de réussite. "Toujours au top des tops" titre Match, qui profite de l’anniversaire des 30 ans de carrière de Claudia Schiffer pour faire son portrait : "c’est Madame parfaite, écrit Catherine Schwaab, elle n’a jamais donné prise au moindre dérapage, elle ne s’est jamais droguée, ni saoulée, n’est jamais arrivée en retard à un shooting, ne s’est jamais effondrée en larmes, ni n’a explosé en crise d’hystérie. Son agent, Aline Souliers se souvient d’une campagne Chanel dans le sud de la France : "il devait faire beau mais il a fait froid, Claudia ne se plaignait pas, dit-elle, elle sortait de l’eau transie mais faisait le job, sans un rictus". Et Paris Match raconte : Claudia Schiffer et ses régimes pour décrocher des contrats, ses amours cachés avec Albert de Monaco puis David Copperfield, sa période cinéma avec Abel Ferrara….
Claudia Schiffer qui est aujourd’hui une femme d’affaire accomplie : "Avec son mari Matthew, conclue la journaliste, chacun a son ordinateur et son bureau, monsieur et madame font prospérer leur fortune. Aux dernières nouvelles, celle de Claudia est estimée à 120 millions de dollars".
Mais dans la vie de ceux qui réussissent dans la mode, tout n’est pas toujours facile. Le Monde s’inquiète par exemple pour Anna Wintour : "La patronne de Vogue devra-t-elle prendre le métro ?", interroge le journal. En cause : la journée sans voiture du 1er octobre à Paris, qui tombe en plein milieu de la fashion week. "Les taxis et les VTC pourront bien circuler, précise le journal, mais la Fédération de la Haute Couture, prévoyante, a tout de même acheté mille ticket à la RATP (…) Anna Wintour n’acceptera sans doute pas de monter sur un Vélib’, écrit la journaliste qui le déplore, cela ferait pourtant une publicité extraordinaire au projet d’Anne Hidalgo". Oui et surtout moins de particules fines qu’une voiture privée multipliant les allers-retours pour des podiums.

Justement, dans la presse, loin des paillettes, on parle aussi du climat.

C’est le thème de l’hebdomadaire le 1, qui donne un chiffre saisissant : "chaque année, environ 26 millions de personnes quittent leur habitation à la suite d’une catastrophe naturelle. Les inondations et les tempêtes sont à l’origine de 95% de ces déplacements forcés". Interview de François Gemenne, auteur de "Géopolitique du climat" qui explique ces nouvelles migrations : "il y a les catastrophes brutales, bien sûr, par exemple cette année, les moussons catastrophiques en Inde, au Népal et au Bangladesh, les inondations au Nigéria ou les ouragans dans les Antilles. Il y a les facteurs plus lents, comme la désertification et la dégradation des sols, et enfin il y a la montée du niveau des mers (…) mais il n’y a pas de grande solution générale, dit-il, les solutions sont surtout locales. Pour s’en sortir, il faut que l’ordre mondial intègre la Terre comme sujet politique".
Et pour convaincre qu’il y a urgence, on peut citer cet article dans les pages saumons du Figaro qui détaillent une étude du FMI. Le Fonds Monétaire international est formel : le changement climatique frappe d’abord les plus pauvres, et détruit les économies des pays en développement.

Enfin, l’autre sujet sur lequel les magazines multiplient les dossiers, c’est le cerveau.

Dans une société obnubilée par la performance et le diktat de la win, on vous le dit, on vous le martèle : la première chose que vous pouvez optimiser, votre meilleur investissement, c’est votre boite crânienne. Le dossier de l’Express l’affirme : "des chercheurs français viennent de démontrer que notre cerveau est capable de retenir des informations nouvelles quand nous sommes assoupis, écrit l’hebdomadaire, apprendre une langue étrangère en dormant, sans effort, un casque sur les oreilles, ce vieux rêve de cancre pourrait donc devenir réalité (…) dormir est tout sauf une perte de temps !". Ça c’est pour l’Express, mais Le Point fait aussi sa couverture sur le lien cerveau / sommeil. "Le sommeil est vital pour la santé, la concentration, la mémoire et même… la réussite ! », dit le magazine. C’est qu’il faut dormir pour réussir et non réussir pour dormir.  Pour finir, il y a ce titre de Psychologie magazine : "Le cerveau, notre nouvelle star". Page 54, on s’interroge sur le sens de tous ces articles : "Certes, nous pouvons faire travailler notre cerveau, explique la neurologue Catherine Morin, mais la question est de savoir dans quel but. Cette promesse que le meilleur est accessible en chacun de nous réveille notre illusion de toute puissance, elle fait écho au mythe du surhomme. Mais qui va définir les caractéristiques du surhomme ?". Psychologies Magazine qui conclue sur les mots de François Rabelais : "science sans conscience n’est que ruine de l’âme".