Fusillade de Las Vegas : à quand un encadrement des ventes d'armes aux Etats-Unis ?

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, la fusillade à Las Vegas.

Inévitable, avec souvent en Une la même photo de ces trois personnes qui courent se réfugier alors que les blessés agonisent au sol en arrière-plan. Au-delà des témoignages chocs, cet article éclairant dans Libération où l’on s’arrête sur la réalité devenue banale des fusillades aux Etats-Unis : "depuis janvier et hors suicides, 11.652 personnes sont mortes par armes à feu, il y a eu 273 fusillades, la dernière datant de dimanche au Kansas. Tout ça, dans un pays qui compte 310 millions d’armes à feu en circulation", quasiment une par habitant. "Malgré ces chiffres, écrit le journal, il y a peu d’espoir pour qu’une loi plus restrictive sur les ventes d’armes fasse son chemin, et pour cause : Charlotte Recoquillon, chercheuse à l’Institut Français de Géopolitique explique que les élus du congrès sont largement financés par les lobbys pro-armes, au premier rang desquels, la NRA et ses cinq millions de membres. Les élus de la Chambre des Représentants devraient d’ailleurs adopter dans les jours à venir une loi pour faciliter la vente de canons silencieux. Commentaire de la Maison Blanche : rouvrir le débat sur les armes à feu est "prématuré"".
Trop de milliards de dollars en jeu sans doute.

Et puis l’autre titre ce matin, c’est la réforme de l’impôt sur la fortune.

À commencer par la Une du Figaro : "Emmanuel Macron doit affronter une polémique : l’exonération de taxe pour les signes ostentatoires de richesses, autrement dit les yachts, lingots et autres voitures de luxe. Pressé par sa majorité, l’exécutif est prêt à faire des concessions". Dans son édito, Gaëtan de Capèle est tout colère : "dans un pays gangréné par la lutte des classes, l’opposition n’a pas tardé à enfourcher son cheval de bataille, la gauche, cela va de soi, mais hélas aussi une partie de la droite, incapable d’assumer que la richesse de quelques-uns peut profiter à l’ensemble de la collectivité (…) tout ça alors que le monde entier se moque comme d’une guigne de ces signes ostentatoires de richesse (…) finalement, il eut été plus logique de supprimer une bonne fois pour toute l’ISF". Dans Les Echos, on fait les comptes : "moins de 1% de la flotte mondiale de yachts bat pavillon français, et les propriétaires sont en général installés dans les paradis fiscaux. Au total, écrit le journal, le parc français ne compte que 34 voiliers et 45 navires à moteurs de plus de 24 mètres (…) attention donc à ne pas pénaliser les ports de la Côte d’Azur".

L’affaire fait aussi la Une de l’Opinion qui parle du "piège des taxes m’as-tu vu ?" : "Il ne faut en attendre ni recettes supplémentaires, ni réponses aux défis économiques, hélas la question est devenue politique". Le journal explique pourquoi les députés macronistes veulent s’attaquer aux yachts, chevaux de course et autres lingots : "on est dans le symbolique, concède une élue, mais on sait tous qu’on peut exploser sur un petit détail". Manière de reconnaitre que le vrai sujet n’est pas là. C’est aussi le point de vue de l’Humanité, mais sous un tout autre angle. "Le nouvel impôt sur la fortune pourrait donc voir son assiette élargie à quelques joujoux d’ultra riches, écrit Sébastien Crépel, et le tour serait joué : l’arbre de noël des riches viendrait ainsi cacher la forêt de dividendes et autres placements exonérés de 4,5 milliards d’euros d’impôts. Avec ça, le gouvernement se rachèterait une bonne conduite en récupérant pour l’affichage quelques millions d’euros".
Arnaque aux pauvres ou arnaque aux riches. Tous sont au moins d’accord sur une chose : ce débat ne sert qu’à faire oublier les autres.

De la valeur des biens à celle des idées. Vos journaux reviennent aussi sur le prix Nobel de médecine décerné hier.

Il a été attribué à trois généticiens américains pour leurs travaux sur les rythmes circadiens, autrement dit l’horloge biologique, l’adaptation du corps aux cycles du jour et de la nuit. Mais si cette découverte est aujourd’hui largement reconnue et prouvée, certains Nobel se sont plantés.
Le journal Le Monde revient sur "les erreurs notables" que compte le panthéon des découvertes primées par l’académie suédoise. Par exemple, les deux prix attribués en 1927 : "le premier récompensant la découverte d’un ver provoquant le cancer, et le second pour un traitement contre la syphilis par injection du paludisme. On le sait aujourd’hui, écrit le journal, l’un relevait de l’erreur intégrale, l’autre d’un raccourci hasardeux". Et puis il y a les Nobel de la honte : "celui de 1949, où le gotha de la médecine a récompensé le portugais Egas Moniz pour ses travaux sur "le traitement de certaines psychose et troubles mentaux par lobotomie". L’ablation d’une partie du cerveau est testée sur 20 patients, avec seulement sept cas de guérisons. Un échantillon faible mais qui suffit à lancer la pratique malgré les protestations de nombreux psychiatre. Comment Moniz a-t-il eu le prix ? Grâce à une intense campagne de lobbying, et à la mauvaise conscience du jury Nobel". Le chirurgien l’avait raté deux fois dans le passé pour d’autres découvertes, il fallait bien se rattraper. Comme quoi, il y a évidemment des lobbies pour tout.

Enfin, plusieurs publications s’intéressent à la mode du développement personnel.

Chacun cherche son "moi". La quête du bien-être physique et psychologique fait vendre. Et vos journaux ne s’y trompent pas. Madame Figaro par exemple a lancé son supplément "feel good" et "mental detox". Autrement dit lutter contre la charge mentale et entamer une dépollution physique, 9 euros 90 en kiosque. Il y a aussi Psychologies Magazine qui lance "Spirit", un cahier de réalisation spirituelle. Dossier de 50 pages pour "faire un avec soi", 15 euros en kiosque. Enfin, le numéro d’octobre du magazine Néon s’attaque lui aux tutoriels vidéo disponibles sur internet : "les dix conseils pour oser vivre une vie inspirante" ou encore "les trois clés pour devenir extraordinaire". "Des vidéos gratuites, précise Néon, tournées par des coachs professionnels, dont le but est surtout de vous inciter à vous inscrire à des séminaires d’accompagnement, comptez jusqu’à 1.500 euros pour trois jours". Commentaire d’un philosophe, Fabrice Vidal : "nous nous torturons à intégrer des normes, des injonctions, à toujours vouloir mieux faire. Mais il faut arrêtez ! Libérez-vous des pseudo-urgences qui n’en sont pas !" Fabrice Midal qui fait don de ses conseils pour se libérer avec un livre, "foutez-vous la paix", disponible pour la modique somme de 17 euros. Un peu de business au prétexte de lutter contre un autre business. Bien sûr vous n’êtes pas obligé de céder à la pression des lobbies du bien être.