À la Une : l'hommage à une icône française

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Ce matin, sur les sites web de tous vos journaux, hommage à une icône française.

Ce 6 décembre, comme le constate Le Point, "Johnny laisse tout un pays orphelin".
"Noir, c’est noir", résume le HuffingtonPost. Pour le Figaro, c’est "la dernière idole de la France qui s’en va". "Un monument", pour Ouest-France. "Un géant" pour Paris Match. "Notre patrimoine national", pour Le Progrès. Et, puisque Johnny, c’est l’icône française par excellence, eh bien on en parle bien au-delà de nos frontières : "The Elvis Presley of France is dead", écrit le New York Times. Il était "The french Elvis", pour le quotidien britannique Guardian. "Une légende", pour le journal belge Le Soir. "Un homme, ajoute Arnaud Robert dans le quotidien suisse Le Temps, auquel tout un peuple s’était identifié. C’est simple, dit-il, il existe dans toute la francophonie des milliers d’appartements encombrés où les albums collectors, les trophées, les statuettes de Johnny, sont exposés dans leur emballage d’origine". "Avec sa disparition, écrit Serge Raffy sur le site de l’Obs, plusieurs générations de français sont en deuil, parce qu’en un demi-siècle, il était devenu un monument national. Quand le rock a déboulé dans la France du Gaullisme triomphant, il était écrit que ce gamin qui trainait à Montmartre était programmé pour le recevoir. Au fond, il était aussi américain qu’Eddy Cochran et Buddy Holly. Alors par quelle alchimie a-t-il maintenu ce lien inoxydable avec la France profonde ? Peut-être parce que la communion entre lui et son public tenait dans un cri, celui de ceux qui ne se sentent jamais à leur place". "Johnny, c’est le rockeur qui a écrit la bande originale de la vie des français", ajoute le Parisien, "avec sa disparition, c’est un peu de nos vies qui s’en vont. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, ajoute le journal, jamais un artiste n’a touché autant de personnes différentes, intellectuels et ouvriers, petites gens et grand pontes, bref, la France d’en haut et la France d’en bas". Voilà, "Johnny, c’était la France", affirme aussi sur le site du Monde le sociologue Jean-Louis Fabiani, "pendant 60 ans, il a su transformer son propos au fil du temps pour épouser les changements majeurs de l’époque : hippie au temps du flower power, trente ans plus tard il chante avec les rappeurs du Ministère A.M.E.R. Plutôt marqué à droite, il surprend pendant les révoltes dans les quartiers en 2005 en affirmant comprendre en partie l’attitude des jeunes. Johnny inspire à la fois Jean-Pierre Raffarin et Jean-Luc Godard.
Oui, Johnny, c’était la France". Et vice versa…

La France, c’est donc Johnny, mais d’après vos journaux, c’est aussi Jean d’Ormesson.

Oui, avec clairement un concert de "que je t’aime" adressés à l’académicien disparu hier…
Jean d’Ormesson est de toutes les Unes. Honneur au Figaro dont il a été le directeur et qui un numéro exceptionnel, 10 pages d’hommage avec ce titre en Une : "Au revoir et merci".
"Il était l’archétype du gentilhomme français", résume son ami, l’académicien Marc Fumaroli.
"Il faisait partie de notre patrimoine national", ajoute encore Nicolas Sarkozy en page 4, "la plus belle illustration de ce qui fait l’âme de la France". Oui, "Jean d’Ormesson incarnait l’esprit français", insiste encore le Dauphiné. Un sourire immortel que l’on retrouve en couverture de Paris Match, "écrivain préféré des français", mais aussi de Sud-Ouest, Libération, Ouest France, La Croix, Midi Libre, l’Indépendant. A lire la PQR, on finirait par se dire que les régions françaises ont toutes en elles quelque chose de d’Ormesson : l’Yonne Républicaine met en avant son enfance icaunaise, l’Est Républicain salue un "amoureux de Nancy". Le Maine Libre rappelle qu’il venait souvent à La Ferté-Bernard où la médiathèque porte son nom. "En 2010, il était venu près de Loche", précise La Nouvelle République, qui titre sur la disparition d’un "bien aimé". Alors "pourquoi tant d’émotion et d’unanimité, demande Franz-Olivier Giesbert dans La Provence, parce qu’il était un conteur né, enfant de Voltaire et de Chateaubriand, incarnation de l’esprit français (encore !), Jean d’O c’était notre grand écrivain national", conclue l’éditorialiste qui demande des obsèques digne de celles "de Victor Hugo".

La France a donc perdu deux de ses repères, son "écrivain national" et son rockeur national.

Entre Jean d’Ormesson et Johnny, comment parler du reste ? Les autres titres, écrasés sous les hommages aux géants disparus, s’effacent. Par exemple les Une sur cette autre icone française : le SMIC, que des experts suggèrent de ne plus revaloriser. Ou Donald Trump, qui allume le feu en Israël en voulant déplacer l’ambassade américaine à Jérusalem. Certes, il y a ces titres, mais on y reviendra plus tard, un peu de respect, un peu de décence. Même Les Echos rangent tout en Une de leur site pour la mort de Johnny, un "monstre sacré". Pourquoi tant d’unanimité donc ?
"Parce que l’histoire de Johnny est tellement liée à la France, écrit Thierry Gandillot, que c’est à lui qu’on a fait appel, dans les moments festifs comme dans les drames. En 2002, c’est lui qui chante l’hymne officiel des Bleus pour la coupe du monde, "tous ensemble". Et le dimanche 10 janvier 2016, c’est encore lui qui chante place de la République en hommage aux victimes des attentats qui ont endeuillé la France. Il a tellement hanté le roman national, ajoute Les Échos, que l’idée même de funérailles du même nom n’apparaitrait aujourd’hui absurde pour personne, "Johnny, c’est le Victor Hugo de la rengaine, disait de lui son ami Carlos, s’il meurt, la France s’arrête". Pas sûr que l’on tire 21 coups de canons depuis les Invalides, écrit le journaliste, mais il pourrait bien y avoir autant de monde dans les rues que le 1er juin 1885, soit, deux millions de personnes".
Pourquoi la France, à travers la presse, a-t-elle le blues ? Parce que si ce n’est pas vous, Johnny, c’est peut-être des années d’émois pour votre père, ou le premier concert pour votre mère, ce sont les cassettes-audio de "qu’on me donne l’Envie" dans la voiture d’un oncle, ou bien la raison d’être de la vieille guitare qui traine chez votre beau-frère ou encore les posters dédicacés dans la chambre du voisin. Dans le Courrier Picard, il y a cette citation de Jean d’Ormesson : "il y a bien quelque chose de plus fort que la mort, c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants".