À la Une : robots

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

La revue de presse avec Marion Lagardère. 

"Les robots sont-ils nos amis ?", sont-ils là pour nous aider ? Voire nous soigner ? C’est la question posée par le dernier numéro d’Ebdo qui comme beaucoup d’autres, s’intéresse à l’intrusion des machines dans nos vies. C’est dans l’air du temps, on voit des robots partout. Et en entreprise ?, s’interroge le bimensuel Socialter, vont-ils remplacer les DRH ? Et les psys ? demande Usbek & Rica. Les robots peuvent-ils remplacer les psychiatres ? C’est ce que laissent supposer les travaux réalisés par le responsable du Laboratoire de psychiatrie computationnelle du géant IBM, Guillermo Cecchi, qui a réussi "à développer une intelligence artificielle capable de détecter les prémisses d’une pathologie psychique." "Une révolution, écrit le journaliste Adrien Rivière, et nous n’en sommes qu’au tout début".

De l’aide-soignant au DRH, en passant par le psy, "beaucoup s’inquiètent que les robots et l’intelligence artificielle détrônent les humains dans tous les métiers, note l’écrivain et journaliste Frédéric Joignot dans Le Monde, mais plutôt que de craindre les robots, ne devrions-nous pas redouter d’être nous-même robotisés ?"
Et il raconte, exemples à l’appui, comment nos manières d’être et de réfléchir sont influencées par des machines, comment les relations humaines se raréfient dans nombre de nos communications avec les services, avec les institutions, "nous nous habituons tellement bien à ces relations désincarnées que nous finissons par les reproduire avec les humains"

Nous serions donc "formatés par les machines", et pourtant il reste des comportements qui nous distinguent inévitablement, écrit Joignot : par exemple le "sens commun", la "pensée rationnelle", et avec elle la capacité à se comporter de "façon irrationnelle", mais aussi et surtout le fait de vouloir être "l’auteur de sa propre vie". Autant de choses que l’on n’a pas encore traduites en algorithme et qui restent l’apanage de l’humain.

Une liste à laquelle on peut ajouter l’exploit hors norme de Martin Fourcade, en Une de tous vos journaux ce matin.

"Fourcade au Panthéon du ski français", écrit Midi Libre. "Dans la légende des jeux olympique", ajoute Le Parisien, même titre en Une du Dauphiné, de la Nouvelle République et de l’Indépendant.

Et puis l’Equipe publie la photo qui a fait la différence, celle de la ligne d’arrivée, franchie par le français avec une demi-chaussure de ski d’avance sur l’Allemand Simon Schempp : "quel pied !" lance le journal qui raconte en page intérieur les coulisses de la victoire et la préparation méticuleuse de Martin Fourcade, un homme "en quête constante de perfection, hyper organisé, écrit Marc Ventouillac, un fonctionnement unique, où le hasard n’a pas sa place".

Alors, Martin Fourcade est-il une machine ? A lire l’article, on se dit qu’il en est pas loin. On apprend "qu’il anticipe tout, qu’il connait son planning par cœur, qu’il phosphore sans cesse ceux qui le connaissent depuis longtemps ont même l’impression de voir les engrenages qui s’actionnent dans son cerveau pour sous peser, en un quart de secondes, les implications que pourrait avoir telle ou telle réponse."

"C’est un garçon qui prévoit tout, ajoute sa compagne, Hélène, même à la maison : tout est planifié, cadré, hyper-organisé, il n’y a pas d’imprévu, sauf si c’est moins qui en suis la cause". Et oui, c’est comme avec les machines, l’erreur est toujours d’origine humaine.

D’ailleurs il n’a pas voulu croire les yeux humains quand ses proches lui ont dit, en passant la ligne, qu’il avait gagné. Il a attendu le verdict de la machine.
Portrait d’un quadruple champion, hors norme, à lire donc dans l’Equipe.

Autre titre ce matin, le cas Wauquiez, passé au scanner par les éditorialistes.

Où chacun cherche à expliquer la polémique du week-end. Ou plutôt, comme dit Libération "un off qui fait tache d’huile".

Petit rappel des faits : c’est l’émission Quotidien qui a diffusé l’enregistrement d’une conférence donnée par Laurent Wauquiez devant une trentaine d’élève d’une école de commerce de Lyon. En préambule, il leur demande de ne rien en divulguer, en échange, il promet d’être cash, loin du "bullshit des plateaux médiatiques".

Et il y accuse Sarkozy a mis ses ministres sur écoutes, Macron a torpillé François Fillon, et Merkel manque de charisme. "C’est un jeu de la vérité qui a mal tourné, résume une gorge profonde dans Libération, il a voulu montrer qu’il était capable de parler cash et djeun’s".

Oui, "sauf que le décalage entre son discours public et ses propos privés apparaît au grand jour, écrit Bruno Dive dans Sud-Ouest, de quoi alimenter ce dont il est déjà soupçonné : l’insincérité et le double langage". "Ces déclarations dévoilent un peu plus le caractère inquiétant d’un dirigeant autoritaire et cynique, ajoute Jean-Michel Servant dans Midi Libre, Ce soi-disant off n’était peut-être qu’une machination, dit-il, une boulette programmée par un Machiavel sans idées."

"Laurent Wauquiez fait-il du Donald Trump ?", se demande Marion Mourgue dans le Figaro. D’après elle, il n’avait pas prévu son coup, mais il a dit exactement ce qu’il pensait. Et c’est ça, ce "parler vrai" qui le rapproche du président américain.

Voilà, se saisir du logiciel trumpiste, de ses codes prédéterminés, son parler vrai, sa provocation. Pas forcément parce qu’on en partage les idées mais parce qu’il est garantie de réussite, de succès, d’élection !

Enfin deux artistes disparus sont à l’honneur ce matin dans  vos journaux

Oui, le romancier Michel Déon d’abord, décédé en décembre 2016, et qui est en Une du Figaro : "100 écrivains pressent la mairie de Paris de lui trouver une sépulture" titre le journal.
Et la liste des signataires est impressionnante : "Michel Houellebecq, Milan Kundera, Yasmina Reza ou encore Sempé, c’est le Figaro qui les a sollicité et tous souhaitent qu’Anne Hidalgo s’émancipent des lois en vigueur : "accordez lui une place dans un cimetière parisien écrivent-ils".
Michel Déon qui certes, n’est pas décédé à Paris, n’y avait pas résidence, n’y était pas inscrit sur les listes électorales et n’y a aucun caveau familial, mais dont la présence à Paris, écrit le Figaro, au même titre que celle de Baudelaire, Proust, Stendhal ou Sartre, contribuera au prestige d’une ville indissociable de notre histoire littéraire."

L’écriture donc, le style, la plume mais aussi, la musique.
La virtuosité, jusqu’à preuve du contraire inimitable par les machines, c’est ce qu’on se dit en voyant le visage de Didier Lockwood, violoniste de jazz disparu hier à 62 ans, en Une de Nord Littoral : "Calais, orphelin de son jazzman", titre le journal. Dans la Voix du Nord, écrit Eric Dauchart rappelle ses débuts avec le groupe Magma, puis sa victoire de la musique en 1995, et sa légion d’honneur en 2003, "il était le plus grand violoniste de jazz, écrit le journal pour qui le monde de la musique calaisienne est en deuil". Et pas seulement Calais.

Voilà, le genre de solo qu’un algorithme serait parfaitement incapable de produire. Et dont vous allez parler il me semble tout à l’heure dans Melting Pop.