À la Une : retour sur le sauvetage de l’alpiniste française Elisabeth Revol dans l’Himalaya

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, retour sur le sauvetage de l’alpiniste française Elisabeth Revol dans l’Himalaya.

"Un cauchemar à 8.000 mètres", c’est ainsi que le résume Libération en Une, avec cette photo de la rescapée, le visage emmitouflée dans une écharpe et un bonnet gelés, des cristaux de glaces lui alourdissant les cils. "C’est une tragédie mortelle, écrit Libération, parce que sur les pentes du Nanga Parbat, elle a dû abandonner son compagnon de cordée, Tomasz Mackiewicz, pour préserver sa propre vie".
C’est en entamant la descente que "le drame s’est noué. Tomasz souffre d’ophtalmie des neiges, de gelures, il est épuisé. Alors elle lance un appel de détresse, mais à 7.400 mètres, écrit François Carrel, tout espoir de secours est totalement hypothétique. 200 mètres plus tard, l’état de l’alpiniste polonais empire, il semble développer des œdèmes, pulmonaires et cérébraux, stade ultime du mal des montagnes. Elisabeth Revol répète son appel radio, mais on lui explique que l’hélicoptère ne pourra pas voler plus haut que 6.000 mètres, et qu’une tempête s’annonce. Dans l’impasse, elle prend alors la plus terrible des décisions, écrit Libération : celle d’abandonner Tomasz pour sauver sa peau". "Si elle était restée, elle serait morte au bout de deux jours, confirme l’himalayiste français Yannick Graziani, elle ne pouvait rien faire d’autre ".

"Chercher l’exploit, risquer la mort, écrit également Le Monde, une fragile ligne de crête : "on sait que c’est dangereux, explique l’alpiniste Stéphane Benoist, on sait qu’on peut mourir, mais ce n’est pas ça qui nous intéresse"".
Alors, qu’est ce qui fait grimper les himalayistes ? "C’est un engagement dans un projet, dit-il, le plaisir d’avoir les sommets du monde à ses pieds. Une quête personnelle aussi". Même si, à bien y regarder, "l’alpiniste ne sert à rien, écrit Laurent Joffrin, pourquoi déployer ces moyens de secours dispendieux pour sauver des aventuriers parfaitement conscient du danger qu’ils courent ? (…) Parce que c’est le prix du rêve, dit-il, le rêve, cet aliment de base de la pauvre humanité, le rêve, qui en fait n’a pas de prix". Le genre de rêve qui constitue, semble-t-il, le propre de l’être humain.

Et justement, dans la presse ce matin, il y a de quoi interroger ce qui est le propre de l’Homme.

Oui, par exemple comment traite-t-on nos anciens ? Quel sort réservons-nous à nos parents, grands-parents, arrières grands parents ? Ce sont les questions que pose en creux la très grande majorité des Unes des journaux : Midi Libre, la République du Centre, La Croix, l’Humanité, le Dauphiné ou encore les Dernières Nouvelles d’Alsace. Tous mettent en avant la situation d’urgence dans les maisons de retraites. "Parce que ce malaise touche de près ou de loin toutes les familles de France, écrit Bertrand Meinel dans le Courrier Picard". "Parce que cela témoigne d’une déshumanisation », ajoute Dominique Garraud dans la Charente Libre. « Détourner le regard de cette urgence-là, conclue Bernard Maillard dans le Républicain Lorrain, c’est renoncer à notre humanité".

L’humanité donc le genre humain.  En Une du Figaro, un autre sujet peut lui aussi vous donner le vertige sur notre espèce : enquête sur "la guerre des métaux rares", avec cette photo de ce qui fut autrefois une montagne, éventrée par paliers sur des centaines de mètres de profondeur. Peut-être au Congo, peut-être au Pérou, ou en Chine. L’humanité cherche du "cuivre, du cobalt, du palladium : ces minerais, écrit le Figaro, dont les cours sont en train de flamber à cause des nouvelles technologies". Et oui. Si l’on déploie autant d’énergie pour retourner la terre, c’est pour "fabriquer des batteries de voitures électriques, de téléphones portables, des écrans, des panneaux solaires, ou encore de la fibre optique". Dossier à lire donc dans le Figaro.

Et puis autre sujet qui interroge l’homme du XXIème siècle : les enjeux de la bioéthique.

Oui, c’est le dossier de La Croix, qui fait débattre deux médecins, deux spécialistes : l’ancien Ministre Jean-François Mattéi, et le professeur Israël Nisand. Tous deux discutent autour des thèmes qui seront abordés aujourd’hui au Forum Européen de la Bioéthique, et leur échange est passionnant.
Sur l’accès de la PMA, l’assistance médicale à la procréation pour tous, sur la Gestation pour autrui, sur le don de gamète, anonyme ou pas.
"Ce qui est fondamental, explique le professeur Nisand, c’est de ne pas tomber dans la marchandisation du corps, mais je ne crois pas à la création d’un marché", dit-il, mettant en avant des cas de "solidarité, de générosité, de service rendu".

En face, Jean-François Mattéi est bien moins optimiste : "l’homme n’est-il pas  en train de s’affranchir de sa biologie pour finalement se forger une identité strictement culturelle ? L’homme qui est habituellement nature et culture s’échappe de sa biologie, et c’est d’ailleurs le rêve des transhumanistes, ils veulent débarrasser le cerveau du corps. Autant de projections, conclue-t-il qui pose la question de ce qui fait l’homme aujourd’hui". On y revient. Qu’est ce qui nous définit ? Qu’est-ce que l’homme ?
À signaler à ce propos le hors-série de Philosophie Magazine sur Michel Foucault. Un numéro qui revient sur la vie et l’œuvre de celui qui avait prophétisé "la mort de l’homme" en 1966, l’homme comme concept, comme construction. 120 pages où l’on parle des prisons, de la question du désir ou encore, à l’heure des fausses nouvelles, de la vérité. Autant de thèmes travaillés par Foucault qui sont brulant d’actualité.
Un hors-série de Philosophie Magazine.

Enfin, qu’est ce qui nous caractérise ? Un chercheur propose de remettre au gout du jour la solidarité.

Oui, "parce que l’entraide est l’autre loi de la jungle", c’est le titre du livre que vient de publier Pablo Servigne, docteur en biologie, pour qui "la loi du plus fort est un mythe, elle n’a pas de fondemet solide dans le monde du vivant".
Un concept qu’il explique à Catherine André dans le dernier numéro d’alternatives Economiques. "On nous a fait croire pendant des siècles que la compétition était naturelle, et qu’elle était la seule loi du monde vivant, sauf que nous nous sommes rendu compte que l’entraide jouait un rôle majeur dans l’évolution biologique". "Il y a tellement d’exemple, dit Pablo Servigne, des manchots qui se regroupent pour résister au froid, les lionnes qui chassent ensemble et pas chacune dans leur coin, les arbres qui redistribuent leurs nutriments aux autres plantes plus faibles, ou encore les millions d’associations entre espèces, comme la pollinisation par exemple, ou les fourmis qui vont défendre l’arbre dans lequel elles logent. La coopération et l’entraide non seulement ne sont pas anecdotiques, mais elles sont un moteur de l’évolution.
Ce qui ne veut pas dire que la compétition n’existe pas ! précise-t-il, mais, dans la nature, ceux qui survivent ne sont pas les plus forts. Ce sont ceux qui s’entraident".

Pablo Servigne qui suggère d’ailleurs dans Alternatives Economiques que ce soit ce principe là que l’on enseigne dans les écoles et les universités, et pas seulement la "loi du plus fort", celle de la compétition : être solidaire et s’entraider pour avancer…
Une possibilité de réponse à la question de savoir "ce qui doit faire l’Homme".