À la Une : où mettre la limite ?

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, cette question : où mettre la limite ?

Oui, on parle évidemment de l’abaissement de la vitesse à 80 kilomètres/heure sur les routes qui passionne vos journaux.

Nice-Matin, les DNA, la Montagne ou encore LeTélégramme :"Sécurité routière : jusqu’où ?", se demande le journal en Une.
"Faut-il passer à 80 ?", interroge le Courrier de l’Ouest.
Et puis il y a aussi le "j’ai testé pour vous" de L’Union et l’Ardennais qui ont emprunté les routes régionales en "tentant de respecter la limite" et qui titrent : "Dur dur de rouler à 80".
La Provence pointe une "limite qui fait jaser". Le Maine Libre nous dit que "la Sarthe est divisée", et Le Progrès, lui, publie les témoignages de ses lecteurs : "80 km/h, vous dites "non" massivement".

Bref, comme le résume l’Alsace : "l’exécutif va contre vents et marée".

C’est que "cette baisse de la vitesse risque d’alimenter l’image d’un gouvernement qui tourne le dos à la province", écrit Cécile Cornudet dans les Échos.
"Le 80 km/h est un frein à la popularité", ajoute Libération qui, lui aussi, aborde le sujet en spéculant sur les sondages.

Il y a ceux qui s’inquiètent de l’effet "politique" d’une telle mesure.
Et puis les autres, qui restent sur l’angle "sécurité".
Par exemple le Parisien qui note que, oui, "tout cela donne lieu à d’infinis débats, écrit Damien Delseny dans son édito, mais il y a cependant deux chiffres que personne ne peut contester : les 2.190 morts et 11.560 blessés sur les routes départementales et nationales françaises. Et autant de vies brisées. Alors bien sûr, rouler à 80 au lieu de 90 ne résoudra pas tout, mais qu’importe, dit-il : une seule tragédie évitée et ce sera déjà gagné".

Et pour clore le débat sur la supposée inopportunité politique que représente une telle mesure, le journal l’affirme en page 2 :
au fond, "le gouvernement ne prend pas un gros risque", c’est ce qu’assure Fabrice Hamelin, universitaire spécialiste de la sécurité routière : "les Français sont prêts, dit-il au Parisien, ils veulent une politique plus ferme".

Peut-être parce que, "moins vite, c’est forcément plus sûr", c’est le titre de la Croix en Une, ajoutant qu’il "faudrait un bien curieux aveuglement pour refuser ce constat".

Le journal La Croix dans lequel on trouve également un reportage sur la Suède où le nombre de décès sur les routes y a été divisé par deux grâce, justement, à une limitation à 70 kilomètres/heure sur le réseau secondaire.
"Une mesure qui a été très bien acceptée par les suédois, nous dit le journal. "Parce qu’ici, explique une automobiliste, nous aimons respecter les règles et nous avons une bonne relation avec l’État"".

Preuve s’il en fallait une, que la France n’est pas comparable à la Suède.

Et en attendant que le 80 km/h soit définitivement annoncé et appliqué, vos journaux s’intéressent aux effets d’une loi qui, elle, a déjà été votée : celle sur le code du travail.

Souvenez-vous ! L’objectif, c’était de "libérer l’entreprise" pour créer plus de flexibilité et donc d’emploi.
On a du mal à faire le lien avec l’annonce faite par la direction de Pimkie de supprimer 208 postes et fermer 37 magasins. Et pourtant, Pimkie, enseigne du groupe Mulliez, utilise l’une des dispositions contenues dans la loi travail : la possibilité pour les entreprises d’avoir recours, depuis le 1er janvier, à la rupture conventionnelle collective, autrement dit, supprimer des postes sans avoir à justifier de difficultés économiques.

Et Les Échos résument très bien l’affaire :
"c’est le premier test grandeur nature pour la nouvelle loi travail". Un "test", parce qu’il faut quand même que les syndicats acceptent de signer cette rupture conventionnelle, ce qui, note les Échos, n’est pas gagné…

De quoi désoler Étienne Lefebvre en page 9 : "Le fait que Pimkie se soit saisie de cette nouvelle procédure aussi vite a pu donner le sentiment que la rupture conventionnelle fait la part trop belle aux employeurs", dit-il, ajoutant que tout ça n’est "qu’un faux procès".
Eh oui. On ne voit que le mauvais côté de la chose. Étienne Lefebvre le rappelle, grâce à cette réforme, on pourra aussi "réembaucher plus simplement".

Sauf, que pour l’instant, ce que l’on voit des effets de la loi travail, "c’est la course aux licenciements low-cost".
C’est le titre en Une de l’Humanité qui note qu’après Pimkie, "PSA va présenter aujourd’hui un plan de rupture, tandis que Carrefour devrait le faire vendredi". Autant "d’éclaireurs", dit le journal, qui explorent les possibilités de ce nouveau "permis de licencier sans contrainte".

Et puis à lire aussi sur le site d’information Les Jours, cette enquête sur le plan de départ volontaire chez SFR.

Une entreprise qui n’a pas attendu la loi travail pour agir mais qui se retrouve embourbée dans son propre écrémage : en l’occurrence, 5.000 départs volontaires.
La journaliste Alice Géraud raconte comment le groupe de Patrick est débordé par son plan social, avec des salariés qui, plus d’un mois après leur départ, n’ont toujours pas reçus ni leurs indemnités, ni les attestations pour s’inscrire à Pôle Emploi.
Impossible de joindre les ressources humaines. "Aux RH aussi, les gens ont quitté l’entreprise", constate une employée.

Le plan de départ volontaire a été un succès, et encore !, explique Les Jours, 600 salariés, candidats au départ, n’ont pas été autorisés à quitter l’entreprise.
Le délestage s’est transformé en hémorragie : "sur le site de Saint-Herblain, près de Nantes, 150 postes devaient être supprimés, mais 200 salariés sont partis".

Pourquoi tant de volontaires ? "Parce qu’SFR avait un corps social en souffrance, les gens demandaient expressément à partir, résume un syndicaliste UNSA qui ajoute que c’est pour ça qu’il a voté "pour" le plan de départ".
Et visiblement personne, ni lui, ni la direction n’avaient prévu un tel hara-kiri. Voilà ce qui se passe quand on jauge mal la limite.

Enquête à lire sur le site Les Jours.

Enfin, en Une de l’Équipe, cette confession de la joueuse de Tennis Marion Bartoli, "je me suis laissée détruire".

Là aussi, il est question de savoir où est la limite.
Interview inattendue dans laquelle la sportive explique les raisons profondes de son retour sur les courts : "j’ai besoin de me prouver que je suis en vie", dit-elle.
La journaliste Sophie Dorgan l’interroge sur ses dernières années chaotiques sur le plan personnel : sa maladie, un virus qui l’a affaiblie physiquement, et surtout sa perte de poids spectaculaire :
"aujourd’hui, il n’y a plus de danger de vous retrouver squelettique ?", lui demande l’Équipe.
"Non, répond Marion Bartoli, c’est vrai que j’avais beaucoup maigri, j’étais faible et sur un système immunitaire affaibli, j’ai chopé un virus en Inde qui m’a achevée. Mais j’avais beaucoup maigri avant le virus, en raison de mon ex qui m’a fait vivre une vie d’enfer… c’était vraiment un connard absolu, lance-t-elle, mais j’ai beaucoup appris… J’avais accepté des choses inacceptables, ça m’a totalement détruite, je ne veux plus vivre ça".
Elle raconte, sa rencontre avec cet homme en mai 2014 et la spirale qui commence : "tous les jours, il me disait que j’étais grosse. Tous les jours, il voyait une fille mince dans la rue et il me disait : "tu as vu comme elle est mince et belle"". Alors, elle entamé un régime, efficace, tellement efficace qu’un an plus tard, elle ne peut plus rien avaler : "à Wimbledon en 2016, le médecin m’a dit que je ne pouvais pas jouer le Trophée des Légendes parce que mon cœur était tellement faible que je risquais l’arrêt cardiaque sur le terrain. Là, tu prends un choc, dit-elle, je ne l’oublierai jamais".

"Avez-vous vu un psy pour vous aider ?", lui demande finalement Sophie Dorgan.
"Non, parce que ça ne sert à rien, répond Marion Bartoli, ça prendrait trop de temps".

Voilà, encore une histoire de vitesse, de vie pressée, de rentabilité, de compétitivité et de limite donc…