À la Une : on prend le temps d’interroger notre quotidien

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, on prend le temps d’interroger notre quotidien.

Alors évidemment, il y a bien le nouveau tir de missile de la Corée du Nord, en Une du Figaro par exemple, mais bon comme l’écrit Philippe Gélie en page 3, Donald Trump "s’en est tenu au service minimum : à court d’option, il fait profil bas, analyse le journaliste : "nous allons nous occuper de cette situation", a-t-il simplement prévenu. On a connu plus menaçant. Plus effrayant. Plus spectaculaire.

Alors effectivement, en attendant d’y voir plus clair, vos journaux font la part belle aux affaires de la vie quotidienne, à ce qui vous concerne plus immédiatement.

L’Express par exemple fait sa Une sur "les vaccins" et vous explique "pourquoi il faut avoir confiance".

Télérama aborde de son côté la question des écrans : "tablettes, ordinateurs et smartphone ciblent les enfants dès leur plus jeune âge, mais l’exposition aux écrans n’est-elle pas nocive pour un cerveau en construction ? Ne parasite-t-elle pas le développement du lien à l’autre ?"
Marion Lagardère vous gâche le suspens, la réponse est plutôt "oui".

Il y a aussi La Croix qui vous dit tout sur "le redoublement qui fait son retour à l’école".

Et puis, on trouve aussi beaucoup d’articles sur la garde alternée.

Et pour cause : une proposition de loi pour la généraliser est discutée aujourd’hui à l’Assemblée Nationale.

C’est la Une de Sud-Ouest, de la Voix du Nord ou encore de 20 Minutes avec ce titre "garde altérée".
"Altérée", parce que le texte, comme le note le Parisien, est "très controversé".

Pour l’expliquer, le journal donne quelques chiffres : même si, aujourd’hui, la garde alternée est reconnue, elle ne concerne que 17% des cas. Dans la majorité des cas, 73%, les enfants vivent chez leur mère.
Autre chiffre : quand les pères sont volontaires, ils obtiennent déjà gain de cause dans 93% des cas. "Mais cette situation ne vaut que si la mère y consent. Quand elle s’y oppose, la résidence est refusée au père dans 75% des cas".

Alors pourquoi les mères s’opposent-elles à la garde alternée ?
Peut-être parce que, parfois, comme Florence, qui témoigne dans 20 Minutes, elles ont été victime de violences conjugales.
D’où l’alerte lancée par les associations de défense des victimes qui voient dans ce texte un "vrai danger".
"Cela permet au conjoint violent de demander des comptes sur l’école ou sur les menus, dit une avocate, mais aussi de s’installer près de la mère alors même que ces femmes victimes cherchent justement à s’éloigner de leur conjoint violent".

Conclusion dans Sud-Ouest du sociologue Julien Damon, auteur d’un "que sais-je ?" sur les familles recomposées : "sur ce sujet, il vaut mieux éviter les positions binaires parce que, certes, la résidence alternée présente l’avantage de mettre sur le même plan les droits du père et de la mère. Mais elle demande pour les enfants une forte capacité d’adaptation. A la fin, il n’y a sur ce sujet, dit-il, que des solutions au cas par cas".

On parlait de violences conjugales. Le Point publie cette semaine un dossier sur Bertrand Cantat : "enquête sur une omerta".

L’hebdomadaire revient non pas sur la mort de Marie Tritignant, mais sur celle de Kristina Rady, sa compagne, qui s’est donné la mort en 2010.

"Quand Bertrand Cantat rencontre Marie Trintignant en juillet 2002, écrit la journaliste Anne-Sophie Jahn, il est marié depuis 9 ans avec Kristina. En septembre, il la quitte pour s’installer avec Marie à Paris. 
Un an plus tard, l’actrice meurt des suites des 19 coups qu’il lui a assenés au visage et au corps. Et quand le procès s’ouvre, en 2004 à Vilnius, les ex-petites amies du chanteur sont toutes interrogées pour tenter de savoir s’il s’était déjà montré violent.

Sauf qu’à l’époque, Kristina Rady est formelle : "il n’a jamais levé la main sur quiconque, ni moi ni une autre", dit-elle.
Pourtant, aujourd’hui, l’un des membres de Noir Désir livre anonymement une version bien différente : "Kristina nous a demandé de cacher ce que l’on savait, confie-t-il au Point, elle ne voulait pas que ses enfants sachent que leur père était un homme violent… Moi je savais qu’il avait tenté d’étrangler sa petite amie en 89, je savais qu’il avait frappé Kristina, mais nous avons menti, nous étions sous son emprise"".

A l’issue du procès, Cantat est condamné à une peine de 8 ans et, le 15 octobre 2007, il est remis en liberté pour « conduite exemplaire ». En sortant, Kristina et lui se remette ensemble, en union libre.
Mais deux ans plus tard, elle rencontre un autre homme et la spirale reprend. Le Point raconte la jalousie, la pression que le chanteur lui fait subir. Il vérifie ses relevés de téléphone, ses SMS, appelle son amant pour le menacer, casse son téléphone.
Le 10 janvier 2010, Kristina se pend dans sa chambre, au premier étage de sa maison à Bordeaux. C’est son fils Milo, 12 ans, qui la découvre".

Pourtant, tout le monde savait : l’amant, les proches, les voisins, sa famille aussi. "Dans le milieu de la musique, conclue la journaliste, Cantat n’a jamais été ostracisé, il sort d’ailleurs un nouvel album demain, mais de Kristina Rady on ne parle pas".

Enquête à lire donc dans Le Point.

Enfin, cette question en couverture du magazine Philosophie : "pourquoi est-il si difficile de changer ?"

Là aussi le mensuel vous propose d’interroger l’inertie qui nimbe parfois notre vie de tous les jours : "le quotidien nous ennuie et nous entrave, écrit Philosophie, bien sûr, nous connaissons la source de nos insatisfactions, nous voulons changer, de lieu, d’amour, de travail, de manière de voir le monde, et pourtant… l’inertie a le dessus.

Le magazine propose donc des pistes pour enjamber les trois obstacles majeurs : la peur, l’habitude et la difficulté de savoir ce que l’on veut vraiment".

Mais, dans ce numéro de décembre, la meilleure preuve que rien n’est jamais figé, et qu’on peut changer, c’est peut-être le témoignage du philosophe suisse, Alexandre Jollien.

Un auteur qui, de livres en conférences, vante depuis plusieurs années les mérites de la méditation. Mais voilà, il en est revenu.
Il raconte à Alexandre Lacroix comment il s’est initié à la méditation, "je reprochais à la philosophie de laisser de côté le corps et les affects, dit-il, et force est de constater qu’après mes premiers exercices, j’ai éprouvé une paix que je n’avais jamais rencontrée".
Il est donc parti avec femme et enfant en Corée du Sud pour suivre l’enseignement d’un maitre zen mais au bout de trois ans, la paix intérieure s’effondre : "je méditais quatre heure par jour, explique Jollien, j’étais dans un monastère en pleine forêt, je ne voyais personne et j’ai réalisé que j’avais plus d’angoisse que jamais. Je sentais que je risquais ma peau, donc je suis parti".

De retour en Suisse, il raconte avoir "sauté sur les livres de Nietzsche, parce quand on a eu un maitre, dit-il, quand on s’est livré à lui corps et âme pendant trois ans, la lecture de Nietzsche est libératrice, il bazarde la culpabilité, et construit une vie dans le chaos.
Ce n’est pas la méditation qui m’a aidé, conclu Jollien, mais la vie telle qu’elle est, et surtout voir des gens, parler, échanger".

"Humain, trop humain", comme dirait l'autre...