À la Une : on joue à se faire peur avec l’état de santé des marchés boursiers

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, on joue à se faire peur avec l’état de santé des marchés boursiers.

"Les marchés sont en mode crash test", titre l’Opinion.
L’Humanité y voit "un parfum de krack" et Les Échos parlent de "choc".

"Y’a-t-il un risque de crise financière ?", demande La Croix.
Oui, "Faut-il craindre une nouvelle crise financière ?", insiste en Une Le Figaro.
"La plupart des spécialistes veulent voir dans la chute des marchés une correction des excès de ces derniers mois, écrit le journal, mais ! mais certaines voix alertent sur l’imminence d’une crise".

Alors ? Qui sont ces Cassandre ? Eh bien, d’après le Figaro, ils sont trois, et pas des moindre : Bernard Arnaud, le PDG de LVMH, qui prévient : "dans les cinq ans qui viennent, une crise surviendra, j’en suis convaincu". Prophétie répétée par deux poids lourds américains : Alan Greenspan, l’ancien patron de la FED et le milliardaire Warren Buffet.

Les premières lignes du papier jouent avec le champ lexical de la catastrophe : "avis de tempête", "coup de tabac", "vent de panique", "bourrasque".
Puis passé le premier paragraphe, on nous dit que le décrochage actuel est plutôt sain : "les professionnels reçoivent cette correction avec un certain soulagement, écrit Hervé Rousseau, "elle était souhaitable, voire salutaire", confirme un analyste. Toutes les valorisations étaient trop élevées".

Retour à la question de départ : "faut-il craindre une crise ?"
Non, semblent dire les spécialistes qui, toujours d’après le Figaro, "se montrent plutôt confiants : la croissance est toujours solide, le FMI a d’ailleurs revu ses prévisions à la hausse, et puis les bénéfices des entreprises continuent de croitre".
Des indicateurs positifs sur lesquels Les Échos restent prudents et préfèrent parler "d’incertitude et de grande inconnue".

Ou comment dire qu’on ne sait pas, et qu’on ne peut faire que des paris.

Et puis, en parallèle de ces craintes boursières, une autre information a retenu l’attention de tous les journaux : l’évolution de l’espérance de vie selon le revenu.

"Les hommes aisés vivent 13 ans de plus que les hommes modestes".
Constat publié en Une du quotidien l’Opinion, qui rapporte les résultats d’une étude de l’Insee.
"13 ans d’écart d’espérance de vie pour les hommes, et 8 ans pour les femmes, écrit Irène Inchauspé, qui voit des explications multiples : d’abord l’accès au soin, limité lorsque l’on gagne moins de 500 euros par mois. Ensuite, le statut, les cadres étant moins soumis au risque d’accident professionnel que les ouvriers. Et enfin, des comportements au quotidien qui varient entre diplômé et non-diplômé. D’après l’Insee, ces derniers ont par exemple une plus grande consommation de tabac, une alimentation moins bonne et une activité physique inférieure à celle des personnes ayant un diplôme du supérieur".

Ainsi, résume Grégoire Normand dans La Tribune, "un homme dont le revenu est supérieur à 5.800 euros a une espérance de vie de 84 ans, alors qu’elle est de 71 ans pour un autre dont le revenu serait de 470 euros".

De quoi faire dire au Parisien-Aujourd’hui-en-France "qu’argent rime avec longévité".
La longévité ne garantit par le bonheur, mais contrairement à lui, elle se quantifie.

Et puis, dans la presse également, la répression en Syrie.

Oui, par petite touche, le genre d’information qu’on ne trouve que si on la cherche, parce qu’elle ne fait pas la Une.
"L’Onu ouvre une enquête sur l’usage des bombes au chlore en Syrie", nous dit Ouest-France qui explique "qu’en janvier, ce type de bombes aurait été utilisé dans la province d’Idleb et dans celle de la Ghouta orientale".

"Les américains disent posséder des preuves, le représentant syrien dénonce une campagne de propagande, et la France, écrit le journal, la France dit qu’il est encore trop tôt pour confirmer la nature chimique de ces attaques".

Comme un air de déjà vu.
"Voilà que ressurgit le spectre des bombes au chlore, écrit Christophe Lucet dans l’édito de Sud-Ouest, un spectre avec son lot de témoignages sur la mort de dizaines de civils par suffocation".
Sachant qu’au-delà de la nature des bombes, « c’est un déluge de feu et de fer qui s’abat depuis trois jours sur les zones rebelles de la banlieue de Damas », récit des correspondants du journal Le Monde, qui essayent de décompter les morts : 16 dimanche, 29 lundi des civils, des enfants. "Un acharnement, écrit le journal, de la part du régime syrien, mais aussi de ses alliés russe et turcs".

Illustration dans Libération, en page 24, avec ce dessin grinçant de Willem : c’est Al-Assad qui marche au milieu de cratères de bombes et d’immeubles effondrés : "il ne reste plus rien à bombarder en Syrie, lui dit un général. Oui, mais continuons quand même, répond-il, faut pas donner l’impression qu’on ramollit".

De quoi rendre le titre de Une de l’Humanité légèrement décalé.

Oui, avec cette proposition : "Cultivons l’utopie".
Patrick Appel-Muller le reconnait lui-même dans son édito : "vous verrez que certain y verront une incongruité, dit-il, voire une aberration. Tout serait inéluctable : les inégalités, la mondialisation, la marchandisation des individus, la précarisation, la privatisation des biens communs ou encore l’accumulation des armements. Face à ça, l’utopie ne serait qu’un songe creux". Alors qu’elle est "une révolte devant la molle soumission à l’ordre du monde".

Il faut voir grand, viser haut, et surtout oser ressortir un auteur auquel aucun autre journal n’a pensé ce matin : Thomas More, né le 7 février 1478 et qui décrivait dans son livre intitulé l’Utopie, un modèle de société idéale.

Certes, mais comment passe-t-on de l’utopie à la réalité ?
C’est un peu le thème de "l’histoire du jour" choisie par Ouest France.

"Pour sauver son village, titre le journal, un maire s’endette sur vingt ans".
Ça se passe à Quitteboeuf, 640 habitants, dans l’Eure… Une commune que le maire sans étiquette, Benoit Hennart, désespérait de voir décliner.

"J’ai vu fermer les commerces les uns après les autres, dit-il, un vrai drame face auquel je pouvais faire".
Plus de boulangerie, plus de boucherie, plus de café.
Pour compenser, il projette donc d’ouvrir une structure qui fera tout en même temps, bar, épicerie, boulangerie. Sauf qu’il faut acheter un local et que les caisses sont vides : "je ne voulais pas endetter la commune, dit-il, alors j’en ai parlé à mon épouse, puis à mes enfants, et finalement j’ai fait un prêt personnel de 200.000 euros sur 20 ans".
Menuisier de formation, il réalise tous les travaux lui-même, "le café-épicerie a ouvert en décembre et ne désempli pas, raconte Ouest-France". Prochain rêve de l’élu : ouvrir une boucherie.

Utopiste le maire ? "Je fais simplement ce pour quoi j’ai été élu", dit-il.

"Les utopies s’enracinent dans des actes concrets, conclue l’édito de l’Humanité, des actes parfois dérisoires mais qui prennent forme et se fortifient en s’additionnant".