À la Une : on essaye de changer de regard

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, on essaye de changer de regard.

À commencer par celui que nous portons sur l’Afrique. Et visiblement, ce n’est pas toujours simple, à l’image de ce titre dans Ouest-France :"Macron en terre de mission" ou encore, dans Le Figaro : "À la conquête des Africains". En Une de l’Opinion, il y a aussi un dessin de Kak, qui montre le président assis face à la bonne vieille caricature du potentat africain : couvre-chef en peau de léopard, épaulette de militaire, fauteuil au pied duquel s’étale une peau de félin.
"Finie la Françafrique, écrit Pascal Airault, le Président est décidé à moderniser le lien franco-africain et à renforcer l’influence française sur le continent". La Françafrique, c’est un peu comme les paradis fiscaux, ça fait 10 ans qu’on vous dit régulièrement que oui, c’est bien fini. Et en même temps. Bon, pour donner le ton, il y a le off élyséen : "il s’agit de venir parler avec humilité", confie-t-on au palais. Il faut dire, que jusqu’ici, les verbatim présidentiels n’aident pas beaucoup.
Il y a eu la remarque sur les kwassa-kwassa qui "ramènent du comoriens", la  phrase sur les Africaines qui font "sept à huit enfants" chacune ou encore celle sur "le défi de l’Afrique qui est civilisationnel". Autant de séquences qui font dire à l’Élysée, d’après  Le Monde, que le discours à l’université de Ouagadougou va se faire devant "un public loin d’être conquis et qui n’a pas une bonne image de la France". Ce qui n’empêchera pas le président d’être, nous dit-on, "sans filtre". Ça s’appelle préparer les esprits en cas de polémique.

Alors que sera "l’Afrique, version Macron" : titre à la Une de Libération ce matin.
Le journal a interrogé les jeunes burkinabés et ivoiriens, tous "résignés" :
"Ici, il n’y a que des pauvres, raconte Idrissa, étudiant de 23 ans, c’est un réservoir de chômeur". Un ancien ambassadeur parle du « désespoir total de la jeunesse, cette année 11.000 postes ont été ouvert dans le secteur public pour 950.000 candidats, dit-il, dans ces conditions, la seule orientation possible pour eux reste le désert et la Méditerranée qui les avale". Confirmation en Côte d’Ivoire, où toute la jeunesse, écrit Maria Malagardis, veut "partir sur l’eau", comme dit Ibrahima, vers l’Europe. C’est que les promesses du changement de régime ont cédé la place à un désenchantement féroce, conclue la journaliste. Reste à savoir si Macron saura rompre avec cette malédiction".
Dossier à lire donc dans Libération.

Autre titre ce matin, on parle encore beaucoup "fiscalité".

Là aussi, il faudrait changer de regard : et si la fraude n’était en fait qu’une erreur ? L’Humanité, Le Monde ou encore le site de l’Obs reviennent sur le projet de loi intitulé "pour un État au service d’une société de confiance" et son droit à l’erreur pour ceux qui "oublieraient" malencontreusement de déclarer leurs salariés ou leurs impôts. Changement de regard aussi en Une de La Croix sur "ces taxes qui vous veulent du bien" : "mangez moins gras, arrêtez les sodas, la cigarette, le sucre… le fisc nous veut en bonne santé", titre le journal qui précise néanmoins que "partisans et adversaires de ces taxes sont tous d’accord pour souligner l’impact qu’elles ont sur les ménages les plus modestes". Enfin, Les Échos proposent un autre regard sur la flat-tax instaurée par le gouvernement : "alerte sur le risque d’optimisation fiscale", prévient le journal.
La flat-tax, c’est ce mécanisme qui a pour but, d’après Bercy, de stimuler l’investissement en allégeant la taxation des dividendes. Sauf que lors de l’examen du projet de loi de finance au Sénat, un sénateur LR a pointé un risque d’évasion fiscale : selon lui, écrit le journal, faire baisser les impôts sur les dividendes pourrait inciter certains contribuables aisés à revoir leur rémunération, c’est-à-dire les transformer en dividendes, peu taxées, plutôt qu’en salaire, trop couteux fiscalement. Un "phénomène" déjà observé en Suède, Finlande et Norvège. L’alerte a payé puisque le Sénat, avec la bienveillance du gouvernement, écrivent les Échos, a voté l’instauration d’un mécanisme "anti-abus" pour plafonner les bénéfices de la flax-tax. Autre regard sur cet épisode ? Celui de l’opposition, qui dénonce un "écran de fumée". Le problème étant la flat-tax elle-même, et pas la correction de son effet éventuel.

Enfin, en ces temps où l’on parle beaucoup d’intelligence artificielle, Sciences & Vie s’intéresse à une autre intelligence, celle des plantes.

"Elles pensent !", titre le mensuel en couverture, "révélation sur l’intelligence des plantes".
Un sujet qui interroge notre regard sur le vivant. Le début du papier résumait assez bien le fond de la pensée de Marion Lagardère : "quelle drôle de question, écrit Jean-Baptiste Veyrieras, ces êtres n’ont pas de jambes, pas de bras, pas d’yeux et, par-dessus tout, pas de cerveau ! Ils ont une vie tellement contrainte et sédentaire qu’elle semble stupide et pourtant, les apparences sont trompeuses". D’abord, il faut s’entendre sur les mots : qu’entend-on par "intelligence" ?
Le philosophe et botaniste Paco Calvo résume : "la question de l’intelligence se pose lorsqu’un comportement jugé comme tel a été observé chez un organisme (…) or il y a chez les plantes une capacité à survivre et à résoudre des problèmes spécifiques à leur existence". "Ce n’est pas parce que les plantes n’ont pas d’organe centralisé comme notre cerveau qu’elles ne possèdent pas certaines de ses fonctions, ajoute un chercheur, par exemple, elles n’ont pas de poumons et pourtant elles respirent, ça veut dire que ces fonctions sont un peu partout dans leurs cellules".

Sciences & Vie détaille donc comment le monde végétal prend ses décisions. Comment une graine décide de pousser, ou de rester en terre ? Comment une tige se souvient du gel ? Ou encore comment une racine sait dans quelle direction elle doit pousser pour puiser plus de nutriments ?

"Si on aborde les plantes sous le prisme de l’anthropomorphisme, résume le botaniste Francis Hallé, on risque de faire fausse route. Il faut accepter de faire l’expérience d’une altérité absolue, il est vain de chercher à les comprendre en les ramenant à notre échelle, et à vrai dire, il serait plus pertinent de les considérer comme de véritables extraterrestres". Voilà, "porter un autre regard", c’est donc, par exemple, oser se dire que la rencontre du troisième type ne vous attend pas à des milliards de kilomètres, mais bien dans le bac à fleurs laissé en friche sur votre balcon.