À la Une : on balance, on soupçonne, on accuse !

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, on balance, on soupçonne, on accuse.

Et celui qui concentre tous les tirs ce matin, c’est incontestablement Nicolas Hulot, lui qui a annoncé que "réduire la part du nucléaire" à 50% du mix énergétique d’ici à 2025 n’était pas "réaliste".

Voilà une "promesse non tenue", titre le Dauphiné.
"Une promesse atomisée" renchérissent Le Parisien et Libération.
Les Dernières Nouvelles d’Alsace parlent d’un "rétropédalage", le Républicain Lorrain d’un "renoncement" et la Nouvelle République d’un "échec majeur". Pour la Dépêche du Midi, La Charente Libre et Sud-Ouest "Hulot recule".

Et Yann Marec dans Midi Libre de se demander "combien de temps va-t-il tenir ? Surtout qu’après cet épisode nucléaire, pointe en bout de piste l’épineux dossier de Notre-Dame-Des-Landes !"
N’en jetez plus !

Au milieu de toutes ces critiques, c’est finalement auprès du quotidien l’Opinion que Nicolas Hulot trouvera son plus solide soutien : "bienvenue dans le monde réel", lui lance dans son édito Nicolas Beytout. "Le réalisme prend le dessus sur une ambition très politique, défendue envers et contre toute logique par François Hollande, puis Emmanuel Macron !"
Réalisme, sincérité, pragmatisme, l’Opinion multiplie les qualificatifs pour bien faire comprendre que maintenir une telle promesse ne serait "qu’utopie et mystification".

Alors "peut-on vraiment sortir du nucléaire ?" se demande l’Est Républicain.

À croire Le Canard Enchainé, même les militants anti-atome doutent de plus en plus : "des dizaines de physiciens et experts ont débattu de ce sujet lors du 3e forum mondial anti-nucléaire la semaine dernière, raconte le journal qui parle d’un « invraisemblable foutoir, "pourquoi ne pas renoncer au démantèlement", s’est demandé un membre du collectif Stop Nucléaire Ardèche proposant de sanctuariser les centrales à l’arrêt, "sauf que de nombreux réacteurs sont en zones inondables", répond un spécialiste en physique nucléaire, "compliqué de les laisser en l’état".
Alors les mettre sous sarcophage ? "Certes mais eux aussi finiront par s’effriter, fuir et s’écrouler, aucun béton n’est éternel". Contrairement aux barres d’uraniums qui continuent à cracher de la radioactivité pendant cent mille ans".
Un sacré "casse-tête", conclu le Canard, d’autant plus durable "qu’EDF rêve de prolonger ce petit jeu en construisant 40 nouveaux EPR".
Le réalisme, c’est très inquiétant.

Autre mine de soupçon et d’accusation : le dossier des Paradise papers.

Et le flot continue. Après la reine d’Angleterre, c’est le visage de son fils, le prince Charles qu’on trouve par exemple en Une du quotidien britannique The Guardian. Le journal révèle que le duché de Cornouailles qui gère ses fonds privés a investi 3 millions et demi d’euros offshores dans les îles Caïmans.

En Une du Courrier Picard, c’est Whirlpool et "son art d’éviter les impôts" qui est visé. "Un véritable système offshore, écrit le journal, avec des filiales sans bureaux ni salariés dans des paradis fiscaux (…) Les syndicats songent sérieusement à saisir la justice. "Nous, si on oublie un centime sur nos impôts, on se fait massacrer", s’agace un délégué CGT qui espère que le gouvernement va "mettre le nez dans ce système"".

Parce que certains paradis fiscaux ne sont pas au bout du monde mais chez nous, en Europe. Malte par exemple, mais aussi l’île de Man.

Reportage page 8 du journal Le Monde sur "ce petit caillou perdu en mer d’Irlande où, sur 30 000 entreprises enregistrées, plus des deux tiers sont des coquilles vides ».  Les journalistes du Monde racontent l’accueil plutôt frais « des cabinets d’avocats et de comptabilité de l’île : "maintenant vous dégagez ! " leur a-t-on lancé chez Ernst & Young (…) les habitants, écrivent-ils, jeunes et vieux voient la finance comme une mère nourricière : "c’est bon pour nous, tout le monde vous le dira, concède un retraité, même si nous les Mannois on paye beaucoup d’impôts et eux rien…". Dans ce petit paradis fiscal, un homme pourtant essaye de réveiller les consciences, Phil Craine, ancien expert-comptable reconverti en militant d’ONG : "parlez de nous, dit-il, écrivez, il n’y aura que ça pour les faire bouger".

Un point de vue que partage Guillaume Goubert dans La Croix qui veut voir dans « la crainte du scandale une puissante incitation à la vertu. Les Paradise Papers sont utiles, mais il faut aussi ajuster la réglementation sur ces arrangements fiscaux, autrement dit, diminuer l’écart entre le légal et le moral… »

Manière de dire à Bercy et à la Commission Européenne qu’il va falloir aller bien au-delà de la simple indignation.

Enfin, ça balance aussi ce matin entre Charlie Hebdo et Médiapart, autour des plaintes pour viol déposées contre le prédicateur musulman Tariq Ramadan.

Avec en Une de Charlie le visage d’Edwy Plenel dessiné par Coco, un Plenel dont la moustache se bouche les oreilles, se cache les yeux et la bouche : "affaire Ramadan : Médiapart révèle "on ne savait pas" titre l’hebdo.
Sous-entendu, Plenel savait, il a tenu des conférences avec Ramadan, il a cautionné de fait son discours, il est donc complice et son journal avec lui.

Sur son site Médiapart s’insurge. La SDJ, la Société des Journalistes parle de désinformation et de calomnie, rappelant que Médiapart a bien enquêté en 2016 sur Tariq Ramadan : "la rédaction, écrivent-ils, n’a jamais eu connaissance de la moindre accusation de viols, d’agression ou de harcèlement sexuel ; si cela avait été le cas, nous aurions enquêté".

Bref, à la fin, personne, ni Charlie Hebdo, ni Médiapart n’ont obtenu, avant qu’elles ne déposent plainte, les témoignages de ces femmes victimes.
Alors gare à "la présomption de complicité" écrit Bruno Renoul dans Nord Eclair : "s’il peut être reproché quelque chose [à Edwy Plenel] c’est d’avoir été complaisant avec les idées conservatrices de Tariq Ramadan, mais apprécier un discours ne signifie pas être redevable des comportements personnels de son auteur".

D’ailleurs, l’université d’Oxford était-elle complice, elle qui a offert un bureau de professeur en études islamiques à Tariq Ramadan ? Aurait-elle mérité, elle aussi, son dessin sur le thème "on ne savait pas" ? D’après une brève trouvée dans Le Parisien, la prestigieuse université britannique a mis l’accusé en congés pour une période indéterminée". Il a fallu dix jours, mais voilà, il n’enseignera plus.

Quoi qu’il en soit, n’oublions pas deux choses : la parole des victimes d’abord et avec elle la lutte contre les violences sexuelles, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit…
Et surtout la liberté de caricaturer, de moquer, de fustiger, de débattre, d’interroger.

Au fond, que deux journaux indépendants, qui ne vivent que de leurs lecteurs, qui refusent publicité et financeurs, que ces deux-là puissent se tirer la bourre sur la place publique sans aucune censure, c’est bien la confirmation que nous sommes en démocratie… et c’est ça, qu’il faut entretenir.