À la Une : "nous n'avons pas de haine"

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Et d’abord, ces mots des parents d’Alexia Daval : "nous n’avons pas de haine", interview exclusive publiée dans l’Est Républicain.

Quatre mois après le meurtre de leur fille et un mois après l’arrestation de leur gendre, Isabelle et Jean-Pierre Fouillot ont décidé de rompre le silence, explique Nicolas Bastuck. "C’est pour Alexia, répond sa mère, pour démentir les horreurs qui ont été dites". "On ne veut pas qu’elle soit trainée dans la boue, ajoute le père, qu’elle soit salie, Alexia était une fille épatante, souriante, joyeuse, surement pas autoritaire et encore moins violente." Ce qui les faits réagir ce sont les mots de l’avocat de Jonathann Daval, décrivant son client comme un homme "écrasé" son épouse. Des propos "aberrants" disent-ils. Aberrants aussi, les aveux. "Pour nous c’était impossible, alors quand on a su, ça a été un choc, un tsunami, un second drame : nous avions perdu notre fille, nous perdions notre gendre."

"Ressentez-vous de la haine ?, demande le journaliste" "Absolument pas, répond la mère, la haine, nous en sommes incapables", "et puis de quoi on se vengerait, ajoute le père, il doit suffisamment souffrir comme ça, pas la peine d’en rajouter." Jean-Pierre Fouillot qui ne craint pas la confrontation avec Jonathann Daval : "au contraire, dit-il, j’aimerais lui demander s’il l’aimait vraiment ? Et puis pourquoi ? Pourquoi ce gâchis ? Pour elle, pour lui, pour nous tous ?" Sur la porte de leur bar-PMU, note le journaliste, il y a ce petit écriteau : "votre silence est le plus beau des hommages, merci de respecter notre sérénité." Interview sans haine donc à retrouver dans L’Est Républicain.

Dans la presse ce matin, le titre majeur, incontournable, c’est bien sûr la neige.

Oui, comme prévu, beaucoup de Unes s’insurgent : "Sommes-nous condamnés à galérer ?" demande la Provence. "En a-t-on bientôt fini avec le froid ?" ajoute le Télégramme. Le Bien Public et la Charente Libre reprennent le mot de "galère", la Nouvelle République, le Dauphiné et Midi Libre parlent de "pagaille", l’Indépendant d’un "chaos total", et Nice-Matin du "jour d’après". Oui, comme le titre du film catastrophe. 

Sinon, neige mise à part, l’Opinion fustige une "ville de Paris en déroute" à cause de l’échec du déploiement des nouveaux Vélib, le Figaro fait plus général et dénonce le "fiasco Hidalgo", Libération de son côté s’inquiète de l’arrivée de l’arbitrage vidéo dans le foot et s’interroge sur "la mort de l’arbitre", pendant que l’Equipe pleure la cheville de Neymar avec ce titre "au revoir Paris".

Bref, il fait froid, la neige, c’est galère, Paris, c’est sale et embouteillé, et le foot, c’est plus ce que c’était ! On râle, on se désole, et puis, on regarde du côté de l’Italie, et là c’est l’inquiétude, la vraie, qui domine.

Les élections législatives ont lieu dimanche et à deux jour du scrutin, "les italiens sont déboussolés"

Oui, c’est le titre en Une de La Croix qui parle "d’un pays qui tourne mal". "Le contexte est morose, écrit le journal, dans un campagne électorale marquée par l’euroscepticisme et le refus des migrants." Dans Ouest-France, Laurent Marchand pointe la montée des "forces populistes." Sans compter note le quotidien l’Opinion, les promesses de campagne intenables, mirobolantes, 1.000 milliards d’euros cumulés.

Autant de paramètres qui font qu’on se dirige vers une Italie "ingouvernable". C’est le mot employé, cette fois, par les Echos mais aussi par le Figaro qui parle littéralement d’une "balkanisation de la politique italienne". Bref, l’Italie va mal. Mais plus largement, c’est l’état de l’Union Européenne qui pose question.

A lire entre autres, le dossier de Politis : "L’Europe sous la pression de l’extrême droite".
L’hebdomadaire publie notamment deux cartes sur l’évolution du vote en faveur de l’extrême droite en Europe : la première datée de 2001, la seconde de 2017. Avec une jauge de couleur allant de l’orange pâle pour les pays où le pourcentage de voix tourne autour de 0% au rouge foncé pour ceux où il dépasse 35%.
Et clairement, mises à part l’Espagne, l’Irlande et la Belgique, tous nos voisins enregistrent une progression nette en 20 ans : Italie, Allemagne, Autriche, Hongrie, Grèce, Pologne, Suède, Finlande ou encore Pays-Bas. Sans compter nous-même, évidemment. Cartes et données très probantes sur la mutation en cours en Europe,  à lire donc dans Politis.

Et puis, puisqu’on parle politique et sondages, en France non plus, ça n’est pas très lisible.

Et oui, on parle de la cote de popularité d’Emmanuel Macron, indicateur qui passionne toujours autant la presse même si, à regarder tous les sondages publiés, on est en droit de se demander ce qu’il vaut. Par exemple, le baromètre Kantar-Sofres One Point publié dans le Figaro Magazine, qui titre "Macron : une érosion inquiétante". Le chef de l’Etat perd un point en un mois, passant de 44% de confiance à 43. Sauf que, j’ouvre Les Echos, et là, page 2 : "sondage : Macron regagne 3 points à 41% dans notre baromètre Elabe Les Echos". C’est à n’y plus rien comprendre. D’autant que Libération, nous dit "d’après notre étude ViaVoice, Macron dévisse et perd 5 point en trois mois".

Pire ! Il en perd 11 en un mois dans le baromètre de l’institut YouGov pour le Huffington Post : il n’est plus qu’à 30% d’opinion favorable, écrit le journaliste Geoffroy Clavel dont les qualificatifs empirent à mesure que l’on avance dans le papier : effondrement, dégringolade et finalement "bérézina".

Alors moins 1, plus 3, mois 5, moins 11. Ça fait plutôt des "moins" mais est-ce bien fiable ? Peu importe, répond en creux Bruno Dive dans l’édito de Sud-Ouest : "ce qui compte, c’est le ressenti, dit-il, or aujourd’hui, entre impôts et pouvoir d’achat, le ressenti pour nos gouvernants est glacial."

Voilà, puisqu’on juge au ressenti, vous avez tous les indices pour lire le journal qui correspond au votre : le ressenti positif, c’est dans Les Echos, et le ressenti pessimiste, c’est dans le Figaro Magazine. Enfin, eux ont mis plus de deux ans pour vérifier le résultat de leur sondage dans l’espace : cinq astrophysiciens américains ont détecté la lumière des toutes premières étoiles. Oui, on parle là des premières traces de la naissance de l’univers,  leurs travaux ont été publiés mercredi dans la revue Nature, une découverte que la journaliste Camille Gévaudan, vulgarise très efficacement dans Libération.

"Dans ses premiers instants, juste après le big bang, dit-elle, l’univers formait un plasma, une sorte de soupe très chaude de particules et d’énergie. Puis cette soupe s’est refroidie, la matière a commencé à s’agréger, les particules élémentaires se sont liées entre elles, elles ont formé des atomes, qui eux même ont fusionné, créé de l’hélium et ainsi, 180 millions d’années après le big bang, fait naître les premières étoiles.

Voilà, c’est leur lumière que les scientifiques ont capté, ou plutôt qu’ils ont "entendu" puisque ce qui a été enregistré, vérifié et re-vérifié, c’est la vibration que cette lumière a créé dans l’espace. "Une découverte qui fait en tout cas figure d’avancée majeure dans notre compréhension des premiers instants de l’univers", écrit Libération. Le big bang, la danse des protons et des neutrons il y a 13 milliards et demi d’années, la lueur des premières étoiles, c’est quand même autrement plus vertigineux que la valse des sondages d’opinion. M’enfin, ce n’est que mon ressenti.