À la Une : l’urgence climatique

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, l’urgence climatique.

Oui, avec la conférence climat, la COP 23 qui débute à Bonn en Allemagne aujourd’hui. Et, une fois n’est pas coutume, vos journaux sont unanimes : il y a urgence. C’est le mot utilisé entre autre par l’Opinion pour alerter : "la bataille est à deux doigts d’être perdue, il faut accélérer", écrit le journal. Pour l’Humanité, ce sont les lobbies qui polluent les négociations : "les pays dits "du nord" restent aujourd’hui sous l’influence des industries qui ont mené à la crise climatique", explique le journal. "L’industrie du gaz, par exemple, a consacré 100 millions d’euros en 2016 à des actions de lobbying". Médiapart insiste de son côté, non pas sur les industries mais sur les banques "qui continuent de financer les énergies fossiles, des mines de charbons à l’extraction de sables bitumineux : BNP Paribas, Société Générale et le Crédit Agricole". "Il faut passer aux actes", c’est la Une également de La Croix avec cette photo d’une plage aux îles Fidji, plage sur laquelle on a empilé des sacs de sables pour empêcher l’eau de grignoter la rive. En vain, puisqu’une partie de ce petit mur précaire s’est effondré sous les coups répétés des vagues. En page 5, Amy Dahan, directrice de recherche au CNRS pointe l’inertie des gouvernements, mais aussi des discussions internationales totalement abstraites : "Il nous manque un récit, dit-elle, un imaginaire puissant autour d’un contre modèle (…) parce qu’on ne se sent pas forcément investi au quotidien quand il s’agit de "sauver la planète"". C’est aussi le message de l’édito de Jean-Francis Pécresse dans Les Échos : "l’enjeu, c’est l’avenir de nos enfants et petits-enfants", dit-il en appelant "l’opinion publique à dénoncer et condamner les sabordeurs de la planète. (…) Les citoyens doivent prendre le pouvoir écologique", conclue Jean-Francis Pécresse, suggérant un nouveau mot-dièse : #BalanceTonPollueur. Et puis à propos de "prendre le pouvoir écologique », on peut citer le dossier de Ça m’intéresse, qui la joue malin, en vous proposant "33 astuces pour dépenser moins et préserver la planète". L’écologie, c’est bon pour votre portefeuille écrit le magazine qui promet 500 euros d’économie en un an grâce à 12 pages d’astuces A lire donc dans le dernier numéro de Ça m’intéresse.
A propos de portefeuille, autre titre ce matin : les révélations dites des "paradises papers".

Oui, c’est le journal Le Monde qui les publie en avant-première sur son site. On parle d’évasion fiscale, de montages offshores ultrasophistiqués et de milliers de milliards de dollars échappant aux États. Une enquête qui a duré un an et sur laquelle des journalistes du monde entier ont travaillé : plus de 13 millions de documents examinés par Le Monde donc, mais aussi le Süddeutsche Zeitung et Le Guardian. Et on ne parle pas de sombres inconnus : Wilbur Ross, le secrétaire d’état au commerce de Donald Trump, mais aussi Rex Tillerson, son ministre des affaires étrangères. Il y a aussi un très proche du canadien Justin Trudeau, et puis des entreprises comme Nike et Apple. Mais il y a surtout la Reine d’Angleterre. Les documents publiés par Le Monde montrent qu’Elisabeth II a investi plusieurs millions de livres dans une structure aux îles Caïmans, c’est ce qu’on appelle hypocritement de "l’optimisation fiscale", plus directement de l’évasion. Eh oui, même la famille royale… même la reine.
Un cas qui permet d’illustrer très concrètement un sujet opaque et complexe : quoi de mieux pour interpeller le lecteur que l’effigie de la reine ? Vous la retrouverez donc un peu partout, avec ses chapeaux et ses tailleurs colorés, en rose dans Sud-Ouest, en Bleu à la Une de Centre Presse ou en violet sur le site du magazine Challenges. A noter, ce dessin d’Alex dans Le Courrier Picard, où l’on voit deux journalistes derrière leurs écrans d’ordinateur : "c’est quoi le hashtag pour dénoncer l’affaire ?" demande l’un, "c’est balance ta reine", répond l’autre dont le fond d’écran affiche une Queen Elisabeth II au sourire carnassier. La reine d’Angleterre donc, mais pas qu’elle puisque Le Monde prévient que d’autres informations seront publiées tout au long du mois de novembre. Une enquête que vous pouvez consulter, en partie en accès libre, sur le site lemonde.fr.

Enfin, au-delà des urgences et des scandales, il y a aussi dans la presse plusieurs portraits savoureux.

Oui, alors dans des registres très différents, vous pouvez lire celui de Niska, le rappeur d’Evry, idole du footballeur Neymar, qui a détrôné Rihanna cet été et que Balla Fofana a rencontré pour Libération. Il y a aussi celui du chanteur Amir, l’autre idole des ados, cette fois dans le Parisien. Et puis, inclassable, ce récit d’Anne Fulda dans Le Figaro racontant ses "quelques heures avec Gérard Depardieu". L’acteur chante à partir d’aujourd’hui à Paris le répertoire de son amie Barbara et a reçu la journaliste du Figaro pour parler de tout et de rien. Elle raconte ce "Gégé", qui a arrêté de boire, perdu 15 kilos et qui lui prépare une soupe aux légumes en livrant sa recette : "trois pommes de terre, une patate douce, des petits choux verts, un demi céleri, curcuma, cumin hongrois et poivre". Sans oublier la cannelle "pour le petit côté gibier". Le poulet cuit dans la cocotte et Anne Fulda essaye de suivre : "Depardieu évoque Poutine, Mitterrand, Chirac, Hollande, Sarkozy, l’Ukraine, les Ottomans, Saint-Augustin, Avéroès ou encore Lacan (…) et puis Barbara bien sûr : "quelqu’un de très simple, dit Depardieu, une femme qui a choisi de ne plus avoir d’hommes car elle préférait son public ; nous, on avait des fous rires qui valaient mieux que n’importe quel coït, lance-t-il, un fou rire, ça t’épuise comme si t’avais fait l’amour quinze fois". Un portrait où l’on finit par se perdre entre la soupe servie, le poulet qui cuit, le téléphone qui sonne et les livres posés sur la table. Depardieu "loin du bruit et de la fureur qu’il aime donner à voir, écrit-elle, loin de son avatar grinçant et éructant, cette bête de foire qui joue son numéro en envoyant des fléchettes assassines sur ceux qui lui déplaisent ». C’est qu’Anne Fulda, visiblement, n’a pas posé de questions qui "lui déplaisent". Pas de Belgique, pas de Russie, pas de Dubaï. On dira qu’il y a un temps pour parler exil fiscal, et un temps pour parler de Barbara. Cette fois, c’est Barbara.