À la Une : l’incontournable journée de mobilisation

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, l’incontournable journée de mobilisation.

C’est "jeudi noir" en Une de Midi Libre, La Voix du Nord, Var Matin et le Progrès.
"Journée test", pour le Télégramme, les DNA, la Provence, le Parisien.

Vous êtes prévenus : "c’est la galère" pour l’Est Eclair, "le bras de fer", selon le Courrier de l’Ouest "L’épreuve", pour Sud-Ouest.

Bref, avec tout ça, les grévistes ont la pression pour être à la hauteur des attentes !

Une pression d’autant plus forte que beaucoup de journaux ce matin vous l’affirme : c’est parti pour durer.
Le Courrier Picard parle déjà d’un "printemps social". "Ce sera chaud", prédit La Charente Libre.
"Une chose est sure, écrit Stéphane Albuy dans l’édito du Parisien, les jours qui viennent marqueront un moment crucial de ce quinquennat".
Pour le prouver, Le Figaro a même tenté le sondage Viavoice : "pensez-vous que cette convergence de mobilisation débouchera sur un mouvement de grande ampleur dans les semaines à venir ?".
Réponse mitigée : 45% ont répondu "oui", 44% "non". Les 11% restant, plus prudents, ne se prononcent pas.
Difficile de jouer les oracles.

D’ailleurs le quotidien libéral l’Opinion le reconnait dans son titre de Une : "grève : destination inconnue". Autrement dit, on ne sait pas, on verra bien.

En attendant, la seule certitude, c’est que "l’heure est grève", titre Libération. Dossier de six pages et témoignages de fonctionnaires au bout du rouleau : un urgentiste, un prof de technologie, une documentaliste.
Même choix pour l’Humanité qui publie en Une un gros éclair rouge sous ce titre "nos services publics craquent".

Constat qu’approuve, une fois n’est pas coutume, l’édito des Échos ! "Les fonctionnaires ont raison sur un point, écrit Dominique Seux, ils ne sont pas responsables de ce qui leur arrive, c’est l’absence de choix politique qui est en cause lorsqu’on parle de mauvais résultat des services publics". Dominique Seux qui plaide quand même pour que l’exécutif "tienne" face aux grévistes.
Voilà, c’est là que s’arrête la convergence des luttes entre l’Humanité et Les Échos.

Une mobilisation qui, comme nous le rappellent de nombreux journaux ce matin, intervient 50 ans pile après le début de mai 68.

Libération fait témoigner son cofondateur, Serge July, 25 ans lorsque "l’étincelle a pris" le 22 mars 68 à Nanterre.
"Il n’y avait pas d’encadrement, dit-il, personne ne voulait de leader, ils étaient tous suspects, mis à part Dany (Cohn Bendit) qui, avec son insolence, incarnait à lui tout seul la contestation. La rue faisait ce qu’elle voulait".

À le lire, on comprend qu’il était impossible de prédire "un printemps social" comme on tente de le faire aujourd’hui.
"Tout le monde a été surpris, dit Serge July, tout a été spontané, improvisé… (…) petit à petit, il y a eu des milliers de comités d’action, tout le monde réfléchissait : comment travailler, produire, soigner autrement.
C’est ça le phénomène principal de mai 68 : les gens se sont mis à se parler, c’était un moment collectif exceptionnel, un évènement rare dans l’histoire d’un pays".

Soixante-huitard assumé dans Libération, et soixante-huitard repenti dans Le Figaro : papier d’Alexandre Devecchio sur ceux "qui ont évolué, dit-il, du gauchisme" au libéralisme, voire "carrément à droite", de Le Goff à Gauchet.
Parce qu’il n’y a pas "les soixante-huitards", mais "des" soixante-huitards.

Ça c’est pour les acteurs, mais il y a aussi les lieux : reportage à la fac de Nanterre sur le site Les Jours.

"9h30, un matin de mars frigorifique, écrit Charlotte Rotman, une petite grappe de militants alpaguent ceux qui passent, tract à la main. Ils veulent préparer leur 22 mars à eux".
"68, tout le monde a envie d’en faire un remake, explique  Matthieu, tous les jours on attend le grand soir". A côté de lui une fille sonde un étudiant : "tu rentres chez toi ?", "ben oui je rentre, j’ai pas cours". Il n’ira pas à l’AG : casque audio sur les oreilles, il tourne les talons vers le RER, indifférent. Depuis 68, écrivent Les Jours, l’intérêt pour la politique semble s’être évaporé".

Et effectivement, "combien sont-ils à savoir ce qu’il s’est passé ici le 22 mars 68 ? La fac ne porte pas de plaque, pas d’inscription, aucune trace de l’évènement. Quant aux élèves plus politisés, note la journaliste, ils viennent à Nanterre avec une image d’Epinal dans la tête et repartent déçus". 
À l’image de cette étudiante, blasée : "les gens sont timorés, personne ne se fait d’illusion, on va en chier, dit-elle, notre avenir est bouché et c’est comme ça".

Un reportage dans le Nanterre de 2018, où les jeunes ne rêvent plus, à lire sur le site des Jours.

Justement, ça résonne avec la préoccupation qui revient en Une des magazines cette semaine : "qu’est-ce qu’une belle vie ?"

Eh, oui, en 2018 on ne cherche plus à "jouir sans entrave" on cherche une "belle vie", c’est la couverture du mensuel Sciences Humaines, qui vous donne quelques pistes comme s’occuper des autres et ne pas trop se centrer sur soi.

Télérama fait aussi sa une sur le sujet avec ce titre : "vivre autrement, c’est possible".
Philosophie Magazine vous propose de "surmonter vos crises existentielles en lisant les Pensées de Marc Aurèle".
Glamour vous dit que la clé "c’est de vivre sans filtre".
Yoga Magazine, dans lequel notre consœur Anne Cazaubon l’affirme : "le yoga est un antidote au mal-être".

Enfin, on peut signaler le dernier numéro de Psychologies, qui publie une interview de la romancière Amélie Nothomb. Elle explique que toute son existence a été organisée autour de son mal-être, "à commencer par l’écriture, dit-elle, la grande histoire de ma vie ! Peut-être n’aurais-je jamais ressenti le besoin d’écrire sans tous ces tourments".
Et elle aborde justement la question du mal-être chez les jeunes : "j’ai l’impression qu’il a empiré avec les années, dit-elle, je reçois de plus en plus de lettres d’adolescents en dépression".
Des jeunes auxquels elle répond systématiquement, même si "c’est délicat, dit-elle à Psychologies, il faut leur rappeler une chose, c’est que la vie a plus d’imagination que nous… Je crois que ce qu’on devrait dire à tous les jeunes c’est "tu verras, tu vas beaucoup t’étonner toi-même".

Amélie Nothomb, dépressive chronique, et en même temps, "sincère optimiste". Comme quoi, contre toute idée reçue, l’un n’empêche pas l’autre.