À la Une : l'hommage à Arnaud Beltrame et Mireille Knoll

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

"J’ai écrit 12 fois des éditoriaux pour Pâques, raconte le directeur de la rédaction de La Vie, Jean-Pierre Denis, douze fois, mais ce treizième est différent. Marielle Beltrame, l’épouse du lieutenant-colonel de gendarmerie a souhaité me confier sa vérité, notamment pour couper court à toute récupération. Au téléphone, une voix fatiguée, fragilisée, mais prenant sur elle (…) Certes, il y a ce qu’elle dit, l’admiration déchirante d’une amoureuse que sublime l’espérance d’une chrétienne. Mais il y a surtout, écrit-il, surtout, ce qu’elle ne dit pas.
Aucune révolte, aucune haine, aucune vengeance. Aucune scorie, aucune ombre, pas un mot à l’encontre de l’assassin, ni sur le terrorisme, les fiché S, sur l’État, les politiques : rien "contre". L’immensité du bien, conclue, Jean-Pierre Denis, semble avoir pris, dans un tel cœur, toute la place disponible".

Voilà, ce matin, c’est cet état d’esprit que mettent en avant vos journaux. Ce que Bruno Dive dans Sud-Ouest appelle "répondre à l’infamie par la dignité".
"D’autant qu’aujourd’hui, on marchera beaucoup dans Paris, dit-il, en silence. Deux cortèges, l’un le matin et l’autre le soir : deux héros, l’un volontaire, l’autre à son corps défendant, le gendarme, dit-il, et la vieille dame".

"La vieille dame", c’est Mireille Knoll, 85 ans, rescapée de la rafle du Vel d’Hiv’, et poignardée à mort chez elle ce week-end, une femme dont vous trouverez le visage paisible dans tous vos journaux. Photo épinglée sur la porte de son appartement et entourée de petits cœurs en papier rouge.
Un meurtre pour lequel la justice privilégie la piste du "crime crapuleux" explique Le Figaro, tout en retenant le caractère antisémite.
Et là aussi, comme l’épouse d’Arnaud Beltrame, par-delà l’ignominie du crime, l’un des fils de Mireille Knoll, Alain confie à Libération que ce qu’il veut, "c’est passer un message d’amour et de tolérance".

Finalement, "l’enseignement que la France peut en tirer est assez simple, écrit Guillaume Goubert dans La Croix, chacun de nous, là où il se trouve, doit prendre sa part de la résistance face au terrorisme, continuer à résister à la tentation de la haine, du rejet, témoigner de ce à quoi nous croyons… et continuer à vivre, très simplement".

Il y a ceux qui se recueillent, et ceux qui dénoncent, qui s’indignent. C’est le cas du maire de Sevran en Seine-Saint-Denis, Stéphane Gatignon qui annonce ce matin qu’il démissionne.

"Cela fait 17 ans que j’exerce cette fonction, confie-t-il au journal Le Monde, 17 ans à se battre pour transformer cette ville, à tenter de faire péter le ghetto, mais voilà, malgré leurs déclarations, les gouvernements qui se sont succédés n’ont visiblement pas le même objectif".

Stéphane Gatignon, soutien d’Emmanuel Macron déçu, abandonne son fauteuil de maire et dénonce "ces situations sur lesquelles tout le monde ferme les yeux".
Le trafic de drogue, toujours prégnant, les effectifs de police sans cesse réduits, passé de 113 fonctionnaires en 2001 à 80 aujourd’hui, "une seule voiture de la BAC après 23h pour les deux villes de Sevran et Aulnay", dit-il.
Et puis le retour du religieux, "parce qu’on a abandonné les banlieues, les solidarités sur lesquelles les habitants s’appuient se communautarisent, tous les lieux de cultes sont pleins : les mosquées, mais aussi les églises, les temples hindous et les sectes, ce n’était pas le cas il y a 17 ans".

Quelle réponse en face, au ministère ?
Eh bien rien, pas un mot selon Gatignon, qui raconte son rendez-vous avec le ministre, Jacques Mézard : "il est arrivé avec une heure de retard, sans s’excuser, sans dire un mot, (…) et quand j’ai pris la parole pour parler police et sécurité, dit-il, son chien, puisqu’il est venu avec son chien, s’est mis à aboyer sans s’arrêter".  Surréaliste…

Et de fustiger "le nouveau monde de Macron, ses ministres sans expérience de terrain, des technocrates sans aucune vision. En bref, beaucoup de com’ et peu d’action. Au passage, conclu-t-il, on ne peut pas lutter contre le terrorisme islamiste sans appréhender, comprendre et surtout intervenir concrètement".

Un entretien à retrouver sur lemonde.fr.

Et puis, nous sommes mercredi : un coup d’œil sur les publications de la semaine.

Oui, où l’on sent bien qu’on essaye de susciter des émotions chez les lecteurs…
La peur d’abord, avec cette question en couverture de l’Express : "L’occident est-il fichu ?", interview de Bernard Henri Lévy qui sort un livre pour défendre "l’occident fier de ses valeurs".
La suspicion ensuite avec le hors-série du Monde Diplomatique sur "les complots", " comment ils fonctionnent et comment émergent les véritables ressort du pouvoir et de la domination"..
Et puis l’inquiétude en Une de Courrier International : "le jour où le Japon disparaitra, enquête sur une catastrophe démographique".

Au milieu de tout ça, il y a aussi ceux qui ont choisi de mettre en valeur le positif : par exemple cette phrase en Une de Pèlerin : "il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime".
Résiliente aussi Françoise Hardy, en couverture de Télérama : "la mort ne me fait pas peur (…) si nous sommes sur terre pour apprendre, évoluer et élever notre niveau de conscience, dit-elle, alors c’est sûr, il me reste plusieurs vies devant moi".

Enfin, ce message dans la revue Le Cercle Psy : "nous avons tort de mépriser nos émotions".

"Sans elles, écrit Jean-François Marmion dans son édito, nous réfléchissons comme des pieds. A tout prendre, dit-il, mieux vaut des émotions qui nous inondent que des émotions taries. Car, sans sentiments, pas d’art, pas d’humour, pas d’amour".

Et puis, sans émotion, point de raison.
Longue interview du professeur de neurosciences et auteur de "Spinoza avait raison", Antonio Damasio, il explique comment l’intellect humain n’existe pas sans la motivation procurée par les sentiments.
"Parce que l’esprit, dit-il, commence avec l’expérience du corps vivant. Si nous sommes capables d’analyser, de réfléchir, de faire preuve de discernement, de découvrir des solutions, c’est parce qu’au départ il y a le moteur des sentiments.
On raconte l’histoire des cultures humaines sous l’angle intellectuel, or il faut penser, dit Damasio, que ce sont les sentiments, la douleur physique, la douleur morale, ou à l’inverse la joie, qui ont influencé toutes nos entreprises culturelles. Leur contribution est vitale dans nos vies collectives".
Voilà, reste à savoir ce que l’on en fait.

Un entretien à lire donc dans la revue Cercle Psy, et qui résonne tout particulièrement en ce jour de recueillement et d’émotions.