À la Une : l’heure des comptes pour la COP 23

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, l’heure des comptes pour la COP 23.

Le climat en Une, par exemple, du gratuit 20 Minutes. Photo d’un enfant, vu de dos, assis sur un sol craquelé par la sécheresse et ce titre : "planète, et maintenant ?".

Il faut dire que la conférence climat laisse les observateurs sceptiques.

"À la COP 23, il n’y a pas de sursaut politique", constate l’Humanité.
Le Parisien rapporte les propos du chef de la délégation suisse pour qui les négociations sont "laborieuses" et "décourageantes". "Ce qui manque, ajoute son collègue du Nicaragua, c’est la volonté des pays développés".

C’est mal engagé donc, mais positivons.

Tel est le parti pris de Libération ce matin, avec ce titre en Une : "non, il n’est pas trop tard". Le journal donne plusieurs raisons de ne pas désespérer : le déclin du charbon, par exemple, le nombre de centrale connaissant une chute spectaculaire d’après Greenpeace. Il y a aussi les énergies renouvelables et l’agroécologie qui ont le vent en poupes, sachant que la finance investit de plus en plus dans le vert.

Dans La Tribune, l’aéronaute Bertrand Picard, pilote du désormais célèbre Solar Impulse, porte le même optimisme : "aujourd’hui, les technologies économes et efficientes sont là, dit-il, cela signifie que nous pouvons obtenir une croissance propre, réconcilier économie et écologie".
Pour Bertrand Picard, l’urgence, "c’est de soigner le monde (…)Si la planète était une entreprise, cela fait longtemps que son PDG serait jugé et condamné, dit-il… Nos sociétés doivent changer".
Un appel qui s’adresse clairement au personnel politique, "parce que ce n’est pas la conscience populaire qui changera le monde, dit-il, c’est la loi qui permet de faire évoluer les mentalités".

La loi, rien que la loi. C’est aussi, sans doute, ce que s’est dit Nicolas Hulot en entrant au gouvernement.

Justement, le Ministre de l’Écologie intéresse particulièrement la presse ce matin.
Parce que pour lui aussi, c’est l’heure des comptes.
Portrait d’un homme en plein désarroi à lire dans Le Point…
"Ce 7 novembre, quand il franchit la porte de son ministère, Nicolas Hulot est fou de rage : "Ça ne peut pas se passer comme ça, ça ne peut plus se passer comme ça !".
Jamais les murs dorés de l’hôtel de Roquelaure n’avaient autant tremblés, écrivent Erwan Bruckert et Olivier Pérou, jamais il n’avait piqué une telle colère. Le matin même, ce n’est pas une couleuvre qu’il a avalé, c’est un boa". On parle bien sûr de l’abandon de la promesse présidentielle de ramener la part du nucléaire à 50%.

"La mue que j’opère est brutale, confie Hulot, garder la tête froide est difficile, je passe mon temps à dire "laissez-moi réfléchir un peu"".
"Et force est de constater que ma vie personnelle n’existe plus… même la nuit, je refais le procès de la veille ! Je revois mes confrontations quand je n’ai pas obtenu gain de cause".

Une découverte un brin candide, appuyée par cette photo le montrant bras croisés, les yeux ostensiblement levés au plafond, pendant qu’à ses côté, Édouard Philippe déroule tranquillement son discours.
Dernière confidence au Point : "Les citoyens doivent se rendre compte que les hommes de pouvoir n’en ont, en réalité, pas tant que ça".

Un cas de conscience dont le quotidien l’Opinion se moque gentiment : "Hulot : attention fragile", titre le journal, avec un dessin de Kak, le repeignant en Mimisiku, l’indien débarquant dans la ville avec cette interrogation : "mais qu’est-ce que je fous là dans le fond ?".
Jean-Jérôme Bertolus décrit l’isolement de l’ex-animateur pourtant chouchouté par l’exécutif. "Il a du mal avec la politique, persifle un ministre, car comme toutes les stars de la télé, il lui est insupportable de ne pas être aimé".

Voilà, quand on n’a pas de réponse politique, c’est assez commun : on se rattrape avec une bonne dose de psychologie de couloir.

Autre titre ce matin, c’est l’heure des comptes aussi pour les prisons et le dossier de la surpopulation carcérale.

Le sujet fait la Une de Ouest-France ce matin, quelques jours avant les 24e journées nationales sur la prison qui commencent lundi.
Interview en page 5 d’Adeline Hazan, la contrôleur générale des lieux de privation de liberté.
"L’incarcération doit être le dernier recours, dit-elle, car la situation est dramatique, on compte près de 70.000 détenus pour 59.000 places, cela se traduit dans certains établissement par trois détenus par cellule de deux, ou encore comme à Nice, cinq femmes dans 11 m².
Et puis il y a un manque de surveillants, dit-elle… A Fresnes et Nanterre, on en compte un pour cent détenus".
Adeline Hazan qui plaide pour les peines alternatives, un message qu’elle répète également dans Le Parisien. "Dire que la justice est laxiste est un fantasme, dit-elle, les chiffres le prouvent, elle n’a jamais été aussi sévère.
Les alternatives existent, mais sans courage politique, tant qu’il n’y aura pas d’impulsion au plus haut niveau de l’État, la situation ne changera pas".

À lire aussi, le dossier de l’hebdomadaire Le 1, sur la "surchauffe carcérale". Et cette petite phrase, en dernière page, de l’écrivain américain Mark Twain : "celui qui ouvre une prison doit savoir qu’on ne la fermera plus".

Enfin, pour finir sur une note non-comptable, un peu d’amour, avec la publication de la correspondance entre Albert Camus et Maria Casarès.

Ça fait une dizaine de jours que vos journaux en parlent tous les uns après les autres. Donc, au cas où vous seriez passés à côté, Marion Lagardère vous conseille l’article de Nelly Caprièlan dans Les Inrocks.

"Parmi les correspondances amoureuses d’écrivains qui paraissent aujourd’hui, des lettres de Nabokov à sa femme, à celles de Sollers ou encore Claudel, celle d’Albert Camus est la seule qui comprennent également les lettres de la femme aimée. Et quelle femme !, écrit la journaliste, on découvre Maria Casarès généreuse, drôle, absolue".
Et Les Inrocks d’en donner un extrait, celui d’une lettre de l’actrice datée de juin 1949 : "pourquoi nous laisser toujours crier sans voix et gesticuler dans la nuit ?, écrit-elle, Pourquoi ? Pour qui ?
Pour l’autre peut être. Pour toi. Pour savoir te retrouver sur cette terre car comment t’aurais-je reconnu si tu n’étais pas le seul avec lequel je suis sûre de me retrouver dans la solitude, dans la connaissance que tu as de moi et dans celle que j’ai eu de toi du premier coup".

Voilà, l’amour qui transcende toute chose, peut-être la plus éclatante des réponses au "pourquoi" existentiel qui a si longtemps hanté Camus.