À la Une : l’Europe doit publier sa liste noire des paradis fiscaux

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, l’Europe doit publier sa liste noire des paradis fiscaux.

Encore une me direz-vous… certes, mais cette fois c’est la bonne…
Le commissaire européen, Pierre Moscovici, l’avait promis début novembre au lendemain des révélations des Paradise papers : "le monde opaque de l’évasion fiscale apparait soudain au grand jour !", avait-il dit sur Twitter. Eh bien, un mois après avoir "soudain" ouvert les yeux, "C’est le jour J à Bruxelles", titrent Les Échos. "Les experts mandatés par l’UE estiment que 29 juridiction doivent être placés sur liste noire. Mais, ce n’est pas encore la liste finale, écrit Dereck Perrotte, puisque les paradis visés ont jusqu’à ce matin pour présenter des engagements". Autrement dit, s’ils s’engagent à faire des efforts de transparence, ils peuvent sortir de la liste.
C’est ce qui faire dire à l’Humanité en Une que "l’Europe joue un double jeu".
"Vers une liste en trompe-l’œil", titre aussi Médiapart. Le journaliste Romaric Godin explique que plusieurs juridictions, qui donc pris ces fameux "engagements", ont d’ores et déjà été sorties de la liste : les archipels de Guam, Samoa, les îles Marshall et même le Panama, qui a fait tant parler de lui avec les Panama Papers. Il n’y aura pas non plus ni l’Irlande, ni le Luxembourg, ni Malte.
De quoi se demander qui sera dans la liste ? "Tout le monde conserve à l’esprit le fiasco de la fameuse liste noire de l’OCDE publiée en juin 2017, écrit Médiapart, une liste qui ne comportait qu’un seul nom, celui de Trinidad-et-Tobago". Dans Ouest-France, Manon Aubry, la responsable fiscalité de l’ONG Oxfam met un dernier coup de pression : "L’union européenne donne des leçons à la terre entière alors qu’elle abrite elle-même des paradis fiscaux. Selon les propres critères de l’UE, Malte, le Luxembourg, l’Irlande et les Pays-Bas en sont ! A un moment donné, conclu-t-elle, il faut envoyer un signal fort". Autrement dit ne pas se contenter de dire qu’on ouvre « soudain » les yeux, mais tirer les conséquences de ce qu’on a vu.

Les autres titres à la Une de la presse ?

On vous alerte sur des sujets divers et variés. D’abord "vos enfants ne savent plus lire", on en parlait à 8h et c’est la Une du Parisien. Ensuite, vous ne pourrez peut-être plus rouler à 90 sur les nationales mais à 80 km/h : alerte en Une de l’Yonne Républicaine, l’Union, et l’Ardennais qui titre "ne touchez pas à mon 90 !". Et puis La Voix du Nord s’attaque à un autre problème : "la disparition des oiseaux : attention notre ciel se vide", prévient le journal qui publie en exclusivité une étude mesurant "l’hécatombe dont sont victimes de nombreuses espèces d’oiseaux, sur 55 espèces étudiées, 24 sont en déclin". Enfin, autre alerte, cette fois en Une de l’Écho de la Haute Vienne et de Libération sur "les failles de la sécurité nucléaire". "Attaque par avion, par drone, sabotages. Le parc nucléaire français est vulnérable et les protections insuffisantes, écrit Libération, les récentes intrusions dans des centrales en Moselle et en Ardèche sont effarantes, les activistes de Greenpeace sont parvenus jusqu’au pied des piscines de combustibles. Que se serait-il passé si, en fait de militants anti-nucléaires, il s’était agi de terroristes ?" Pour ouvrir les yeux, Libé signale la diffusion ce soir sur Arte d’un documentaire intitulé « sécurité nucléaire : le grand mensonge", fruit de "deux ans d’enquête". On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas.

"On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas", c’est aussi le titre d’une interview publiée dans Le Monde sur la pollution.

Oui, c’est la directrice du département santé publique de l’OMS, Maria Neira, qui s’exprime.
Alors que l’assemblée des Nations unies pour l’environnement se tient jusqu’à demain au Kenya, elle aussi alerte : "36% des décès par cancer du poumon et 34% par AVC sont liés à la pollution, dit-elle, et pourtant, la communauté internationale ne prend pas la mesure de l’urgence". A la question de savoir "pourquoi", Maria Neira semble soudainement ouvrir les yeux, "je crois qu’on s’est trompé dans notre communication, on a beaucoup trop insisté sur le climat et pas assez sur la santé. On a donné l’impression aux citoyens que le changement climatique, c’est quelque chose de lointain, qui va arriver à la planète, aux glaciers, mais pas à eux. On paralyse les gens avec ça. Alors que, si on parle de santé, on mesure tout de suite les bienfaits qu’il y a à lutter contre la détérioration de l’environnement". Pour qu’on "mesure bien", elle rappelle les chiffres de l’OMS : 12,6 millions de personnes meurent chaque année à cause d’un environnement pollué et dégradé.
Interview à lire donc dans Le Monde.

Enfin, dans Le Figaro, la fédération protestante de France qui dénonce les "propos anti-juifs" de Martin Luther.

Parfois il faut du temps pour ouvrir les yeux. En cette année 2017, où l’on fête le 500e anniversaire de la fondation du protestantisme, "une cérémonie symbolique mais très significative s’est tenue hier, écrit le journal, la Fédération protestante a officiellement pris ses distances avec la violence insoutenable de certains écrits de Luther, elle reconnait "une faille : les réformateurs ont reproduit la pensée antijuive séculaire qui s’enracinait dans une certaine lecture du Nouveau Testament." La déclaration a été remise par le pasteur François Clavairoly, au grand rabbin de France Haïm Korsia et au président du consistoire Joël Mergui". Alors "Luther était-il antisémite ?", demande tout de même, pour vérifier, Le Figaro à Matthieu Arnold. Auteur d’une biographie sur le père du protestantisme, il préfère parler "d’antijudaïsme" mais note qu’en 1543, "son traité intitulé "les juifs et leurs mensonges" réclament leur expulsion et la destruction des synagogues », effectivement, c’est limpide. "Oui, mais est ce que tout cela n’assombrit pas le 5ème centenaire de la Réforme ?". "Pas du tout, répond l’historien, commémorer la Réforme ce n’est pas approuver tout ce que Martin Luther a dit et fait, c’est au contraire distinguer ce qui, dans son œuvre, est fidèle à l’évangile et ce qui ne l’est pas, et reconnaitre ses erreurs". Bref, ouvrir les yeux sur ce qui est un peu plus qu’une "erreur" mais un appel à la haine et au meurtre vieux de 500 ans.
En espérant maintenant que personne ne crie, comme on l’entend trop souvent pour d’autres sujets historiques sensibles, à "l’injonction de repentance" et que la "Réforme", finalement, porte bien son nom.