À la Une : l’escalade entre la Russie et les États-Unis autour de la Syrie

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

"J’étais maintenant à terre, sur le ventre, les yeux pas encore fermés, quand j’ai entendu le bruit des balles (…). Il n’y avait pas de rafales, raconte le journaliste Philippe Lançon, celui qui avançait vers moi tirait une balle et disait : “Allah akbar !” Il tirait une autre balle et répétait : “Allah akbar !” (…) Tout était à la fois brumeux, précis et détaché. Mon corps, dit-il, était allongé dans l’étroit passage entre la table de conférence et le mur du fond. J’ai ouvert un œil et vu apparaître, sous la table, de l’autre côté, près du corps de Bernard Maris, deux jambes noires et un bout de fusil qui flottaient. J’ai fermé les yeux, puis les ait rouverts, comme un enfant qui croit que nul ne le verra s’il fait le mort car je faisais le mort". C’était le 7 janvier 2015 dans la rédaction de Charlie Hebdo, et c’est le survivant, Philippe Lançon, qui en fait le récit dans un livre, "le Lambeau", qui sort aujourd’hui. Extraits à retrouver sur le site du Monde qui parle d’un "ouvrage magistral, un brûlant journal de deuil". "Charlie par Lançon", qui fait aussi la Une de Libération.
"Dans la froideur des nouvelles à chaud, écrit Laurent Joffrin, on oublie souvent les blessés. Les morts, dans leur mutisme, parlent mieux au public. Les blessés sont les oubliés du tragique médiatique pourtant la vie s’arrête aussi pour eux, et une autre commence, une vie de survivant, nouvelle et cruelle, et c’est ce que raconte Philippe Lançon". Survivant, parce "sa mâchoire a été emportée par une balle, rappelle Alexandra Schwartzbrod, il raconte ses long mois de chirurgie et rien n’est épargné au lecteur, les chairs meurtries, le péroné greffé sur le reste du menton, les fonctions organiques perturbées, les humeurs suintantes, l’épuisement, le découragement, la colère, la culpabilité, et puis un jour, le retour à la vie". Dans l’Obs, sur la photo page 74, Philippe Lançon sourit, de petites rides aux coins des yeux : "quand je retombe sur des photos de moi avant, je vois bien que ce n’est plus moi, dit-il. Je vois un étranger, désormais, "je" est un autre".

"Le Lambeau", "un livre capital", résume l’Obs, "où Lançon réussit l’impossible : faire de son calvaire un traité de sagesse, et de sa tragédie une œuvre d’art".

Se reconstruire, ouvrir un nouvelle page de vie, c’est aussi ce que veulent faire les témoins de l’attentat de Trèbes.

C’est Midi Libre qui raconte, "ce jeudi matin, à 10h, le Super U va rouvrir ses portes, une reprise attendue par beaucoup de salariés comme faisant partie d’un processus de reconstruction.
"Il faut qu’on avance, qu’on reprenne, confient Virginie et Quentin, être tous ensemble".

À l’intérieur des 2.000 mètres carré du magasin, pas la moindre trace du vendredi noir, écrit le journal, l’espace a été relooké, sur suggestion des psychologues. Comptoir, peintures, lumières, tout l’accueil a été revu. Aujourd’hui, rien ne permet d’identifier ce lieu où deux victimes ont été tuées. Et puis, ajoute Midi Libre, à la place des affichettes spéciales promo, l’équipe a voulu mettre un message simple : "tous unis". L’ensemble des bénéfices de cette journée ira aux victimes et à leurs familles. "Il y a l’angoisse et le stress, conclue une des 48 salariés, mais il faut panser les blessures, nous ne sommes plus collègues, nous sommes une famille".

"L’heure de reprendre vie", c’est à lire donc dans Midi Libre.

Et puis, ce matin la presse revient sur Facebook et l’audition de son patron devant le Congrès américain.

Mark Zuckerberg, en Une du Figaro sous ce titre : "le géant ébranlé".
Les Échos titrent sur "la panne de confiance". "La fête est finie" lance sur une couverture toute de bleu imprimée Courrier International. Vous trouverez pas mal de conseils, "quitter Facebook", bien sûr.
Mais aussi lui demander l’historique de vos données, ou encore « supprimer des amis. Passer par exemple de 1.000 à 400, écrit le journaliste David Pierce qui s’y est essayé lui-même et qui donne ses astuces de tri dans le supplément Wall Street Journal du quotidien l’Opinion. Parce qu’effectivement, on ne répétera jamais assez, Facebook en sait beaucoup trop sur vous.
Pour le démontrer, le site d’information BuzzFeed a enquêté sur un profil, celui de Jean-Pierre P., 68 ans. En quelques clics, on apprend que Jean-Pierre aime 103 pages, parmi elles, celle de Nicolas Sarkozy et de Christian Estrosi. Plus encore, on peut voir les publications que Jean-Pierre a liké : "les migrants qui prennent la place des SDF", pouce bleu ! Des posts publiés par des sites identitaires, pouces bleus ! Les messages douteux écrits par ses amis comme "BFM, la chaine de l’Israélien Drahi soutient Macron, ancien de Rothschild, on vous manipule !", pouce bleu ! Enfin, ce commentaire : "Macron sur TF1, une demi-heure pour ne rien dire, voilà Macron, c’est rien !". Jean-Pierre a liké. Et Jean-Pierre, c’est Jean-Pierre Pernaut, qui, "malgré nos sollicitations, précise BuzzFeed, n’avait pas le temps de nous répondre".
Et oui, c’est qu’il prépare son interview d’Emmanuel Macron prévue à 13h sur TF1.

Avant de liker, votre pouce il vous faut bien tourner.

Enfin, l’autre titre qui inquiète ce matin, c’est l’escalade entre la Russie et les États-Unis autour de la Syrie.

C’est la Une de Ouest-France qui met en garde contre "le risque de l’engrenage". Le Républicain Lorrain parle de "guerre des nerfs", et dans l’Opinion, Jean-Dominique Merchet compare Trump au docteur Folamour du film de Kubrick.

Même inquiétude en Une du Financial Times, Corriere della Sera, El Pais, le Times, le Guardian, ou encore Die Welt. Avec cette incertitude partagée, celle de voir une fois encore la guerre répondre à la guerre et les vivants se défier sur le corps des morts. Pour trouver le mot "paix", il faut retourner aux lignes de Philippe Lançon, qui explique ce qui lui a permis, sur son lit d’hôpital, d’apaiser la colère. "C’est la musique de Bach, écrit-il, comme la morphine, elle me soulageait.
Elle liquidait toute sensation de plainte, tout sentiment d’injustice, toute étrangeté du corps. Bach descendait sur la chambre et le lit et ma vie. Dans la lumière sonore, chaque geste s’est détaché, et la paix, une certaine paix, s’est installée". "Ce que me disait Bach, confie Philippe Lançon à l’Obs, c’était "accueille ce que tu souffres, vis le mieux possible, et surtout, sans te détourner de la beauté".