À la Une : les questions posées par quatre élus après l’attentat de Trèbes

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

En Une des journaux ce matin, on retrouve les questions posées par quatre élus après l’attentat de Trèbes.

Marine Le Pen, Laurent Wauquiez, Nicolas Dupont-Aignan et Manuel Valls qui sont parvenus à imposer leurs thèmes. Ainsi le Figaro titre sur "l’efficacité des fiche S mise en cause", Le Parisien sur le "casse-tête du suivi des radicalisés", "Que faut-il faire des fiché S ?" demande La Dépêche du Midi, "La France peut-elle interdire le salafisme ?", ajoute l’Opinion, même question en Une de La Croix. Mais au-delà des titres qui reprennent les suggestions telles quelles, il faut lire les articles, qui pour l’essentiel balayent ce que Eric Marty appelle dans Midi Libre "une surenchère de "y’a-qu’à, faut-qu’on"". Mis à part Le Figaro qui dans son édito demande la "création de nouvelles infractions", le quotidien l’Opinion par exemple explique qu’interdire le salafisme ne veut rien dire, "c’est une idée fantaisiste, juge Bernard Godard, ex-membre des renseignements, cela reviendrait à traquer le moindre propos littéraliste qui existe dans toute religion", "la première des choses à faire serait d’ailleurs de dissoudre l’ambassade d’Arabie Saoudite", ironise un autre. Quant à l’expulsion des fiché S, "impossible, répond Libération", sauf à sortir de la convention européenne des droits de l’homme. Les placer en rétention ? Pas possible non plus, sauf à transformer les fiches S en sanction pour infraction. Autant de choses que savent parfaitement "Laurent Wauquiez et consorts, écrit Pascal Coquis dans les Dernières Nouvelles d’Alsace, juridiquement impossible en plus d’être techniquement inefficace, ils en sont conscients, bien sûr, mais l’essentiel est ailleurs. Il faut profiter de l’émotion, occuper un espace politique porteur, faire du bruit et créer une petite musique, dit-il déplorant des manœuvres de pousse-mégots". "Une irresponsabilité, ajoute Bernard Maillard dans le Républicain Lorrain, qui mesurée à l’aune de la générosité du lieutenant-colonel Beltrame, donne le vertige".

Et puis, ce qui "donne le vertige" ce matin, c’est le témoignage de Christopher Wylie, le lanceur d’alerte qui a dénoncé l’utilisation massive des données de Facebook pour l’élection de Donald Trump.

Oui, Christopher Wylie a 28 ans, c’est l’ex-directeur de recherche de la firme Cambridge Analytica, celle qui a récupéré puis utilisé les données de 50 millions d’utilisateurs de Facebook pour faire gagner le camp Trump. Longue interview publiée simultanément ce matin dans le Guardian, El Pais, la Repubblica et, en France, Le Monde et Libération. Et il explique le procédé : "on détecte les théories du complot, les rumeurs, puis, on trouve sur les réseaux sociaux des groupes susceptibles d’y croire et on les nourrit de rumeurs. Par exemple, "Obama pourrait refuser de quitter le pouvoir", et ça circule, les gens se partagent l’information. Sachant que ces rumeurs sont systématiquement en faveur du client, en l’occurrence le parti de Trump". Et ça ne s’arrête pas aux États-Unis, Christopher Wylie, explique que la même chose a été faite pour le Brexit au Royaume-Uni : la firme Cambridge Analytica a travaillé pour le camp du leave, "sans cela, dit-il, les partisans du Brexit n’auraient pas pu gagner, 40% de leur budget de campagne a servi à cibler des internautes précis" avec des rumeurs et des intox pour les faire basculer.
"Quand un sportif est pris pour dopage, on lui retire son titre, ici, c’est pareil, il devrait y avoir une enquête". C’est d’ailleurs pour ça qu’il a décidé de parler. "Parce que si certains abus ne peuvent être corrigés, dit-il, je peux au moins informer les autorités et le public".

Interview à lire donc dans Libération.

Et puis eux aussi se veulent lanceurs d’alerte : une centaine de chercheurs issus de 45 pays dénonce l’état de dégradation "critique" des sols.

Oui et c’est valable pour toute la planète… Article à lire dans Le Monde.
Selon leur rapport, moins d’un quart des étendues terrestres échappent aux effets de l’activité humaine, et si ce mouvement continue sur sa lancée, cette part des terres non dégradées tombera à 10% en 2050. Les conséquences sont connues : une extinction accélérée de la biodiversité, insectes, mammifères, oiseaux, mais aussi de plus grandes émissions de carbone dans l’atmosphère, faute d’être capté par les forêts, sans compter ce chiffre, 700 millions de migrants climatiques en 2050. "Que faut-il blâmer ? demande le journal. La consommation effrénée des pays développée, celle grandissante des pays en voie de développement. L’urbanisation galopante, et surtout la déforestation". On rase des millions d’hectares de forêts chaque année notamment en Amérique du Sud, pour quoi faire ? Eh bien pour cultiver le maïs et le soja qui sert à nourrir les élevages, nos élevages européens, (…) en clair, précise le Monde, notre consommation de camembert ou de côtes de proc entretient la déforestation à l’autre bout de la planète".

"On vit un véritable désastre écologique à l’échelle mondiale, affirme Nicolas Hulot dans Le Parisien, et trop peu s’en préoccupent". Le ministre de l’Écologie qui s’attaque à un autre sujet, on en parlait à 7h30 : la réintroduction de deux ours dans les Pyrénées. C’est à lire dans Le Parisien Aujourd’hui-en-France.

Enfin, une info qui ne fait pas de mal : c’est la journée nationale du fromage.

Oui, après ce que je viens de vous lire sur la déforestation qui sert indirectement à produire votre camembert préféré, c’est un peu culpabilisant. Oui, mais justement, l’idée de la journée nationale du fromage, comme le rappelle Ouest-France, c’est de promouvoir des producteurs responsables. Portait d’Olivier Samain, 42 ans, médaille de bronze au Salon de l’Agriculture, qui produit du fromage de chèvre en Bretagne. Là, point de maïs ni de soja, "juste de l’herbe, dit-il, de l’herbe bretonne bien grasse, ici tout est vert toute l’année, même pas besoin de foin. Pas d’OGM, pas de pesticides, et pas non plus d’antibiotiques", précise l’éleveur. Une sacrée performance, note Ouest-France, dans une région qui produit surtout des quantités industrielles d’emmental et autre gruyère destinés à la grande distribution. La bonne nouvelle, d’après le journal, c’est que les petits producteurs se multiplient, lentement mais surement, peut-être explique un affineur parce qu’en Bretagne il n’y a pas d’AOP, d’appellation d’origine protégée. C’est ça qui rend les affineurs plus libres, conclue le journaliste Christophe Violette, hors de toute pression industrielle". Voilà, un geste simple pour continuer à manger du fromage sans culpabiliser pour les forêts et la dégradation des sols : mangez du local, affiné avec le lait de bêtes nourries à l’herbe, sans pesticides ni antibiotique. C’est pas plus cher et surtout comme dit Ouest-France, "c’est bon à tomber par terre".