À la Une : les fragilités et les doutes des États européens

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, on interroge les fragilités et les doutes des États européens.

À regarder les Unes, on se demande un peu où on va.
Où va-t-on en Allemagne par exemple ? "Merkel est en situation de grande faiblesse", titre l’Opinion, "la formation d’une coalition allant de la droite conservatrice aux écologistes est plus difficile que prévue".
Le HuffigtonPost est plus directe et décrit une chancelière "seule à seule", "face à l’échec, affirme le site, de nouvelles élections pourraient signer la fin de sa carrière politique".

Où va-t-on aussi en Espagne ? C’est l’Humanité qui s’interroge avec ce titre en Une : "Catalogne : des prisonniers politiques au cœur de l’Europe », « avec 10 leaders associatifs et ex-ministres qui croupissent en prison, Mariano Rajoy entraine son pays dans l’impasse".

Et puis, où va-t-on au Royaume-Uni ? Ça patine, ça tergiverse mais, Les Échos l’affirment, "malgré les difficultés de Theresa May, Londres ne renoncera pas au Brexit".

Enfin, où va-t-on en Pologne ?

"C’était le 11 novembre, il y a une semaine, écrit Laure Mandeville dans Le Figaro, 60.000 personnes ont marché dans les rues de Varsovie, brandissant des bannières en faveur d’une "Pologne pure et blanche". Et depuis, un fiévreux débat agite la société : le pays est-il menacé par une montée du racisme ?".

Vu d’ici, on se dit que ce genre de slogan sur la "pureté blanche" est assez explicite, que le pédigrée des organisateurs, "deux mouvements d’extrêmes droite, Jeunesse de Grande Pologne et Camp National Radical, héritier de la phalange fasciste", ne laisse pas de place au doute. Et pourtant…
Le Figaro rapporte que "le pays est divisé sur la signification de cette marche".
L’opposition libérale y voit "un péril grandissant", mais le parti nationaliste au pouvoir, le PiS, salue "une tradition patriotique qui n’a rien à voir avec l’antisémitisme ou le racisme".

D’ailleurs, aucun manifestants ne se revendique raciste, évidemment.

"Moi je me sens juste fier d’être polonais", dit l’un d’eux. "Oui, il y a des fascistes dans ce défilé, ajoute un autre, mais ça ne me dérange pas".
Et puis de toute façon, si on parle tant de ces slogans racistes, précise un ministre, c’est à cause "de la couverture biaisée qu’en ont fait les médias".

Bon, le président Andrzej Duda a quand même tenu à rappeler "qu’il n’y a aucune place en Pologne pour la xénophobie et le nationalisme pathologique".
Lorsqu’on se retrouve contraint de réaffirmer l’évidence, c’est bien la preuve qu’elle est menacée.

Autre titre ce matin : le 100e congrès des maires de France.

Oui, et la presse fait monter la pression, on vous promet du règlement de compte, de la castagne verbale, de l’insubordination.
"Macron est attendu de pied ferme", titre la Marseillaise.
"Inquiétude des élus d’Auvergne, écrit La Montagne, la grogne ne cesse d’enfler".
"La grogne", donc, mot qu’on retrouve aussi en Une du Dauphiné.

La Dépêche du Midi préfère parler de "colère". Ça fait plus sérieux, moins ronchon.
Une colère qu’Emmanuel Macron veut "désarmer et désamorcer" précise le Figaro.

Le mécanisme de la bombe en question tient en quelques lignes : suppression de la taxe d’habitation, plus 13 milliards d’économies à réaliser sur le quinquennat au lieu des 10 prévus, sans parler de la diminution des contrats aidés.

"Les maires sont exaspérés et dubitatifs, explique dans le Républicain Lorrain le socialiste Olivier Dussopt, les contraintes imposées par l’État sont énormes. Il y a une injonction permanente à l’économie ! Le président doit nous expliquer sa vision de l’autonomie du financement des collectivités".

Mais à part dire "il faut que ça change", personne n’apporte réellement de solution.

C’est ce que Laurent Bodin appelle dans son édito pour le quotidien l’Alsace, une "bien difficile équation".
"Emmanuel Macron a juste promis au maire du sang et des larmes", dit-il, tout ça, face à des français qui sont pour "la réduction des dépenses" et qui, en même temps, veulent "plus de services publics".
Bref, autant essayer de résoudre la quadrature du cercle.

Finalement, on peut se demander : quels pouvoirs restent-ils au maire ?

C’est en creux la question que pose La Croix ce matin.
Le journal revient sur l’histoire de la commune de Dolus, sur l’île d’Oléron, qui se bat contre l’implantation d’un restaurant Mac Donald’s.
Ce serait le premier sur l’île qui n’en compte encore aucun.

"Le 21 septembre, écrit Agnès Marroncle, le tribunal a donné un mois au maire pour signer la demande de permis de construire déposée par la firme. Sauf que l’élu de 39 ans refuse de céder… son conseil municipal préfère même payer des pénalités plutôt que d’accueillir le gros "M" jaune.
9.000 euros sont déjà partis dans la lutte anti-Mc Do et une enveloppe de 130.000 euros a été votée au cas où le recours devant le tribunal n’aboutirait pas d’ici un an.
Une fronde déterminée, certes, mais dont on ne sait pas où elle va.

La Croix rappelle que d’autres sont passés par là : Rome, par exemple, a tenté de résister dès 1986, en vain. L’enseigne s’est rapidement implantée dans la capitale italienne. Début 2017, c’est le Vatican qui a protesté, mais là aussi sans succès. Un Mc Do a ouvert ses portes juste à côté de la place Saint-Pierre. Même chose à Paris, l’an dernier, rue Montorgueil où la chaine a obtenu un permis de construire malgré la mobilisation des habitants et commerçants.

Peu importe, semble dire le maire de Dolus, Grégory Gendre, qui ne veut pas lâcher : "En Oléron, dit-il, nous agissons pour le bio à la cantine, pour les circuits court, pour la défense de l’agriculture locale, autrement dit tout le contraire du modèle standardisé qu’incarne Mac Donald’s. Nous devons assumer nos convictions".
Que reste-t-il aux maires ? Si ce n’est, donc, quelques convictions.

Enfin, à l’échelle individuelle, à en croire Le Monde, le pouvoir que les français cherchent à reconquérir, c’est leur sommeil.

Longue enquête intitulée "la bataille du somme".
Où le journal explique que nous dormons une heure de moins qu’il y a quarante ans, et que le sommeil est devenu un business florissant : oreiller ergonomiques, réveils olfactifs ou lumineux, huiles essentielles, playlist relaxante ou encore séjour en cure "spécial sommeil".
Un nouveau pan de l’économie qui désole la journaliste Pascale Krémer :
"Le sommeil, autrefois vide d’utilité et de consommation, est devenu gage de productivité et nouvel horizon du capitalisme".

Ou comment tenter résumer ce qui semble être le dilemme du 21e siècle : bien dormir sans se laisser endormir. Tout un programme.