À la Une : les adieux du patron de Ouest France

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

"Chers amis lecteurs, chers associés, chers collaborateurs, quand ces lignes paraitront, j’aurai quitté ce monde mais j’ai la ferme espérance que les liens de l’amitié perdurent par-delà la mort".

Ces mots sont ceux de François-Régis Hutin, 88 ans, journaliste et patron du groupe Ouest-France disparu dimanche et dont le dernier éditorial est publié en Une d’un journal "en deuil" ce matin.
Des mots d’adieux emprunts de sérénité et de reconnaissance, où le directeur du premier quotidien français remercie tous ceux qui l’ont accompagné : journalistes, ouvriers du livre, cadres, diffuseurs, ou encore porteurs de journaux…

"J’espère que je ne vous aurais pas trop lassé par mes écrits, ajoute François-Régis Hutin, j’ai essayé de contribuer à mon humble place à cette montée humaine lente, trop lente, qu’à entreprise l’immense cohorte des hommes depuis la nuit des temps. Je sais que c’était une tâche peut être présomptueuse que d’essayer de lire les signes des temps (…) et je remercie du fond du cœur tous ceux qui m’y ont aidé depuis maintenant un demi-siècle".

Plus qu’un demi-siècle, ce sont "56 années que François-Régis Hutin a passé au service de Ouest-France".

Portrait en page 2 "d’un journaliste humaniste", écrit François-Xavier Lefranc qui liste ses nombreux reportages : "en 1981, auprès des lépreux en Égypte, en 82 à bord des camions Ouest-France pour apporter de l’aide aux Polonais en état de siège, en Éthiopie ou au Soudan frappé par la famine en 85, mais aussi en Roumanie, au Proche-Orient, à Tchernobyl (…)
François-Régis Hutin, c’était aussi des engagements publiés en Une du journal, contre la peine de mort dès les années 60, ou, plus récemment, des éditos pour dénoncer "l’état de délabrement des prisons et les conditions de vie indignes des personnes incarcérées (…) au début des années 2000, écrit François-Xavier Lefranc, il décide que les détenus liront gracieusement Ouest-France, "parce que l’accès à l’information, disait-il, est le début de la réinsertion dans la société".

Un "grand patron" salué ce matin unanimement, par nos confrères du Télégramme, du Maine Libre, ou encore de La Voix du Nord, et qui rappelait souvent en conférence de rédaction "qu’il faut éviter l’enfermement et le repli sur soi (…) n’oublions jamais les plus pauvres, les oubliés, les méprisés".

"Je m’en vais heureux, conclu celui qui n’a jamais caché sa foi, et je ferme les yeux avec émotion sur les beautés de la création qui évoquent la plénitude vers laquelle je marche".
Un émouvant adieu post-mortem, à lire en Une de Ouest-France.

François-Régis Hutin s’attachait donc à "lire les signes du temps". Et bien le signe à lire ce matin, c’est l’état alarmant de la planète.

On parle évidemment du sommet qui ouvre aujourd’hui à Paris.
Sujet en Une de la plupart de vos journaux : La Croix, la Dépèche du Midi, l’Echo Républicain ou encore de l’Humanité.

"Tempête sur la planète : le climat en zone de turbulence", c’est le titre en Une du journal Le Monde qui publie un excellent cahier spécial, disons-le.
Infographie complète à l’appui, on trouvera notamment en page 16 et 17 "les solutions pour enrayer la surchauffe" : oublier les énergies fossiles (pétrole, charbon et gaz), protéger et restaurer les forêts, manger moins de viande, acheter durable, réparer, recycler ou encore changer les pratiques agricoles.

Le Monde qui pose aussi cette question : "Macron est-il le héraut de l’action climatique", "héraut".
Autrement dit, quelle épaisseur y a-t-il sous le message efficace mais un peu facile "make our planet great again".

Pour Le Figaro, Emmanuel Macron endosse littéralement "le costume de sauveur de la planète".
Une image que nuance Libération : d’après la Une, il est "écolo malgré lui", et selon le titre en page intérieure, il est plutôt "écolo-opportuniste".
"Le problème c’est que les actes ne suivent pas toujours les beaux discours, écrit le journal qui listent les décisions qui fâchent : suppression de certaines aides à l’agriculture bio, ambiguïté sur le glyphosate, sur le nucléaire, approbation d’un projet de méga-mine d’or en Guyane ou encore mise en application du Ceta, l’accord pas très vert de libre-échange avec le Canada. Bref, un président « ni écolo, ni anti-écolo, conclu Libé, mais juste "a-écologique"".

Mais, peu importe le costume, ce n’est pas l’image qui compte.
"La défense de l’environnement s’épuise de trop d’espoirs déçus, résume lassé Jean-Francis Pécresse dans Les Échos (…) Le climat est entré dans l’âge du faire. Ce ne sont pas des engagements mais des actes que l’on attend".

Enfin, lui aussi veut maintenant passer aux actes, c’est Yann Arthus-Bertrand.

Oui, interview à lire dans le supplément "rétrospective 2017" du magazine Socialter. Le photographe et réalisateur raconte ses prises de consciences.

L’écologie bien sûr, mais aussi le lien évident entre la dégradation de l’environnement et la pauvreté. Et il semble parfois très résigné.
"Parce que, malgré tout ce qu’on sait, on vit dans le déni… cette espèce d’ignorance, ça me fait pleurer, dit-il".

"Arrivez-vous à rester optimiste ?", s’inquiète la journaliste Sophie Lauth.
"Il est trop tard pour être pessimiste, lui répond Yann Arthus-Bertrand, la question à se poser, c’est quelle est notre mission ? Parce que, le problème aujourd’hui, c’est que les gens qui croient au changement climatique et ceux qui n’y croient pas vivent de la même façon. On a tous un peu de Trump en nous ! Par exemple, tous les écolos devraient arrêter de manger de la viande, l’élevage est en train de détruire la planète", dit-il, précisant qu’on déforeste tous les ans l’équivalent de la Belgique pour cultiver les céréales destinées à nourrir les animaux.

Il dit qu’il faut "apprendre à vivre avec moins", que quand il va dans un supermarché, il a "envie de vomir". "À quoi ça sert d’avoir 50 sortes de sauces tomates différentes ? On a un vrai problème de surabondance".

Arthus-Bertrand qui donne un peu des leçons, tout en s’en voulant de le faire : "dans mes émissions, dit-il, on culpabilisait les gens, on leur disait "faites pas ci, faites pas ça", mais en fait, ça ne sert à rien. À la fin, ce qui est important, c’est la responsabilité personnelle, c’est l’éthique. On peut tous essayer de changer à son échelle, en partageant un peu plus. Ce n’est pas ridicule. C’est comme ça qu’on peut changer le monde".

Un point de vue à lire dans le supplément du Magazine Socialter et que n’auraient probablement pas renié l’humaniste François-Régis Hutin.