À la Une : le retour la croissance en question

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, le retour la croissance en question.

Puisque qu’avec 1,9% d’après l’Insee, "elle est au plus haut depuis six ans" nous dit Le Monde.
Les Échos, eux, font leur Une sur "les promesses de la croissance retrouvée".
Que du "positif" en page 2 et 3 avec des graphiques aux courbes bel et bien ascendantes.

Il y a comme un "ouf" de soulagement.
Ça fait quand même des années qu’on nous dit que la reprise économique dépend du retour de la croissance. On écoute, on est attentif, on retient.

Sauf que, en fait, c’est plus compliqué. On ne peut pas forcément se fier à ce seul indicateur.
En témoigne la Une de l’Opinion : "urgent : croissance cherche emploi", titre le quotidien qui s’arrête ce matin sur "le point noir" qu’est le chômage.

"Est-ce le bout du tunnel ?" se demande également La Croix, "la France est-elle vraiment sortie de la crise ?".
Eh bien non, à en croire le journal, on n’y est pas encore : certes, la croissance, les investissement et les créations d’entreprises sont en hausse, mais le taux de chômage (on le disait) reste élevé, le déficit est proche des 3%, les exportations ne cesse de baisser et surtout la dette est abyssale : 2.200 milliards d’euros, "soit à peu près autant que toute la richesse produite en un an par le pays", dit La Croix qui précise que la France emprunte un demi-milliard par jour pour la rembourser.

La menace de la dette. De quoi relativiser la question posée par Florence Chedotal dans l’édito de La Montagne : "comment redistribuer les fruits de la croissance ?".
Question pourtant brulante, si l’on regarde l’actualité : les prisons, les hôpitaux, les maisons de retraites ou encore les écoles.

L’autre titre ce matin, ce sont les aveux de Jonathann Daval qui a reconnu avoir tué sa femme Alexia il y a trois mois.

"Aveux", c’est le mot qu’on retrouve partout.
En Une de la Dépêche du Midi, des Dernières Nouvelles d’Alsace, du Dauphiné.
Des aveux "terribles" pour la Nouvelle République.
"Effroyables", pour Midi Libre.
"Pourtant ses larmes avaient ému la France", note Var-Matin.
"Depuis la disparition de sa femme, il apparaissait toujours fragile, ajoute Sud-Ouest, toujours en larmes".
"Il a pleuré devant les caméras sans s’arrêter", insiste une psychiatre dans le Parisien..

Mais peut-on se fier aux larmes ? Ou plutôt, témoigne-t-elle de quelque chose ?
"D’une personnalité plutôt immature", répond la psychiatre Geneviève Reichert-Pagnard.
Les larmes n’avouent pas grand-chose..

Pourtant, c’est encore ce que l’on met en avant, dans le Progrès et dans Parisien concernant une autre affaire : "les larmes de Cécile Bourgeon".
Parce que Cécile Bourgeon, la mère de Fiona, cinq ans, disparue en 2013, a elle aussi pleuré hier à son procès : "elle a montré ses émotions", juge Aujourd’hui-en-France.
Dans le corps de l’article, la journaliste Louise Colcombet relativise : en fait de larmes, "on devine des pleurs, écrit-elle, se demandant si ces larmes ne sont pas simplement utilitaires, un peu comme celles qu’elle avait versées devant les caméras en prétendant que sa fille avait disparu".

Que veulent dire les larmes ? "Je veux tourner la page… Je veux vivre", explique l’accusée qui ne se souvient toujours pas où elle a pu enterrer le corps de sa fille, "j’aimerai essayer de me rappeler", dit-elle, mais elle n’essaye toujours pas.

Et puis, peut-on se fier au classement du guide Michelin ? Un chef étoilé disparait, à sa demande, de l’édition 2018.

Oui, Sébastien Bras, 46 ans, et trois étoiles tout de même.
C’est le "visage du jour" choisi par la Voix du Nord qui explique que sa demande, formulée en septembre, a été exaucée par le Guide de référence.
"C’est une trop grande pression", avait-il dit.

Et à lire la presse, le mythe de "l’épanouissement dans la performance" a du plomb dans l’aile.

Dans Elle par exemple : "Fuck l’ambition", c’est le titre du dossier psycho.
Où l’on donne la parole à ces femmes qui refusent "l’injonction à la performance".
"J’ai refusé un poste de direction, raconte Julie, 37 ans, peut être que je me suis mise hors-jeu, mais ça ne m’intéresse plus". Pareil pour Sarah qui dit s’être "rendue compte que chaque échelon gravi dans l’entreprise ne la rendait pas heureuse".

Des témoignages à rebours du modèle des premiers de cordée qu’on retrouve aussi dans le quinzomadaire Society.

Reportage dans "l’univers happy-toyable des start-up". Vous aurez noté le jeu de mot.
On y apprend qu’un nouveau métier est né : celui de CHO, Chief happiness officer. En français, chef du bonheur.
Une sorte d’agent d’ambiance chargé d’installer des consoles de jeu, d’organiser des batailles avec des pistolets en plastique, des cours de yoga ou de rire dans les bureaux. Sans compter les apéros "fun et cool".

Pourquoi tout ça ? "Parce qu’un salarié heureux est un salarié 31% plus productif", explique une cheffe du bonheur.
Pourtant, ça ne marche pas pour tout le monde. "Moi j’ai vite déchanté, raconte Mathilde Ramadier, on m’a identifiée comme la rabat-joie, celle qui ne sautait pas de joie dans l’open-space lorsque le cappuccino était offert".
"Au pays des start-up, explique Society, tout le monde se doit d’être heureux au travail, même contre son gré".

Enquête surprenante sur la mode du bonheur obligatoire à lire donc dans le magazine Society.

Justement, "le plaisir est l’ennemi du bonheur" : c’est la thèse développée par un médecin américain dans le supplément Science & Santé du journal Le Monde.

Oui, "dans notre société, le cerveau est devenu otage du plaisir immédiat", explique Robert Lustig, pédiatre et neurologue à l’université de San Francisco. Il dénonce une confusion entre plaisir et bonheur, et surtout la façon dont la promesse de les obtenir est utilisée pour vendre des produits.

"Le plaisir et le bonheur sont localisé dans deux zones différentes du cerveau, dit-il, elles mobilisent des neurotransmetteurs différents : celui du plaisir, la dopamine, génère de l’addiction, alors que celui qui est impliqué dans les sentiments de plénitude et de contentement, la sérotonine, ne créé pas d’addiction".
Or, aujourd’hui, tout concourt à nous faire produire de la dopamine, justement parce qu’elle rend accro : de la course aux "j’aime" sur Facebook à la consommation de produits sucrés, "parce qu’il faut se faire plaisir".

Bref, conclue Robert Lustig, "le stress chronique et la production de dopamine, voilà ce qui a le plus changé dans les sociétés modernes au cours des quarante dernières années".

Le plaisir, c’est bien mais à petite dose.
Quant à la clé du bonheur, malheureusement, le chercheur ne la donne pas. Mais peut-être faut-il comprendre qu’elle est justement dans l’abandon de cette course au plaisir furtif… Ou comment poursuivre un débat vieux comme Epicure.