À la Une : le plan stratégique de Carrefour

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, à la quasi-unanimité : la situation du groupe Carrefour.

"Carrefour : le plan pour se redresser", résume Ouest-France, "Un plan choc", pour le Figaro, "un plan de sauvetage" pour l’Opinion, "un plan face à la révolution Amazon", selon Le Monde. "Plan", c’est donc le mot-clé du discours du patron du groupe, Alexandre Bompard, largement repris dans vos journaux ce matin.

Si vous avez raté les éléments de communication, le Parisien propose d’ailleurs une "interview exclusive" de "l’homme qui veut révolutionner la grande distribution". "Révolutionner", "parce qu’il a une stratégie", écrit Nicolas Charbonneau, "une stratégie basée sur le numérique, mais aussi sur cette distribution responsable qui lui est chère, au plus près des acteurs, producteurs et consommateurs, dont il serait fou de s’affranchir", conclu le Parisien.

À lire la presse, on ne pourrait qu’approuver "le plan" Bompard.

"Parce qu’il faut briser les tabous", écrit David Barroux dans Les Echos, face à Amazon, le changement, c’est maintenant". Dans la Charente Libre, Maurice Bontinck pointe "l’obsolescence programmée des grandes surfaces". C’est inévitable donc. Et puis il y a ceux qui s’inquiètent du plan dans le plan, le "plan… de départs volontaires", note l’Humanité qui accuse Carrefour "de solder l’emploi". C’est ce que La Croix appelle "maigrir" et Le Progrès "dégraisser"…
Drôle de mot, "dégraisser", pour parler de 2.400 personnes…

Des salariés dont la parole est relativement absente ce matin.

Sauf, dans Libération, où Maïté Darnault est allé interroger les employés d’un Carrefour Contact à Grenoble.""Ça fait un peu peur", confie une caissière avant de s’effacer en voyant le responsable de magasin. Les consignes sont strictes, pas de commentaires. Mais un autre est plus direct : "ce qu’il faut dire, c’est que c’est dégueulasse, lance-t-il, parce qu’ils font des bénéfices". Le manager, lui, du haut de ses quinze ans d’ancienneté, n’est pas surpris, "quand on veut faire du bénéfice, dit-il, on vire les gens"".

Dans La Montagne, Florence Chédotal dénonce une "braderie sociale, un délestage à pleine brassée pendant que l’action, elle, retrouve les hauteurs boursières (…) S’il n’y avait pas tous ces salariés au bord de la route", écrit-elle, "on pourrait se réjouir de ce retour au charme de la p’tite boutique, de cet intérêt pour les poireaux bio, du small is beautifull… Mais on ne peut s’empêcher de frémir à l’idée que le business s’engouffre dans cette quête de sens du consommateur, tant il serait capable de tout piétiner".

À propos de grande distribution, l’autre titre ce matin, c’est le sucre.

Oui, où l’on vous invite là aussi, à vous en "délester" parce qu’il y a "danger". On commence à le savoir puisque les enquêtes sur le sujet se multiplient… Cette fois, c’est un documentaire, "SugarLand", qui sort en salle aujourd'hui et met en lumière les dangers de ce que le Parisien appelle "l’ennemi invisible : cette substance sournoise qui se cache jusque dans nos plats salés…". Bref, le film raconte l’histoire d’un type qui décide de manger l’équivalent de 40 morceaux de sucre par jour, via des produits transformés. Et c’est assez écœurant.

Ça fait peur, c’est alarmant, et le journal La Croix en fait sa Une, avec cette question : "Le sucre est-il vraiment un poison ?" Parce qu’à vrai dire, le sucre est indispensable à l’organisme. Le sucre "ou plutôt les glucides", écrit le journaliste Pierre Bienvault, et c’est là toute la différence : "les glucides simples n’apportent aucun élément favorable à l’organisme, alors que les glucides complexes, les sucres lents, constituent 50% des apports énergétiques journaliers".

D’où, pour faire la différence, l’importance des étiquettes.

Les étiquettes, l’honnêteté dans l’étiquetage des produits, c’est le combat de l’ONG FoodWatch. "Parce que le consommateur doit pouvoir décider librement de ce qu’il mange". Interview de Karine Jacquemart, la directrice générale de FoodWatch, dans la très belle revue gastronomique 180° Celsius. "Aujourd’hui, l’industrie agroalimentaire induit trop souvent le consommateur en erreur", dit-elle au journaliste Nicolas Grébert, "il faut traquer l’arnaque sur l’étiquette, par exemple, ces fruits qu’on retrouve dessinés sur l’emballage d’un produit qui n’en contient pas, ou la mise en avant de vitamines alors que les sucres ajoutés sont en surabondance".

Karine Jacquemart attaque le marketing, mais aussi le pouvoir des lobbies : "récemment", dit-elle, "l’industrie agro-alimentaire a réussi à bloquer au parlement européen un projet de logo nutritionnel obligatoire. Et puis, il y a aussi l’hypocrisie des codes, par exemple, celui de la charcuterie, validé par la DGCCRF mais écrit par… les industriels. Un texte qui stipule que, pour faire une terrine de quelque chose, il doit y avoir au moins 20% de ce quelque chose. Ce qui donne ce que nous avons dénoncé dernièrement : des terrines de canard avec 70%... de porc." Manière de dire que ce qui est légal n’est pas forcément légitime. Interview à lire donc dans la revue 180°C, une revue qui revendique "le bien-manger, indépendant et durable".

Enfin, un droit de réponse, celui du journaliste que vous avez cité hier parce qu’il a signé deux articles aux contenus légèrement différents sur Notre-Dame-Des-Landes, l’un dans Libé, l’autre dans Le Figaro.

Oui, Guillaume Frouin qui a publié hier un post sur son compte Facebook pour expliquer qu’il travaille pour une agence de presse locale dont le Figaro et Libération sont tous deux clients. "Je n’ai pas lues les versions finales parues dans ces journaux", écrit-il. "Je confirme simplement que certaines phrases parues dans la version du Figaro ("les zadistes font toujours la loi" et "l’État de droit à Notre-Dame-Des-Landes n’est pas encore respecté…") n’étaient pas dans la version originale du papier."

Si tel est le cas, ça s’appelle rajouter un agent de saveur, ce petit additif qui va donner le goût Figaro au reportage. Ou comment vous donner à lire non pas un simple compte-rendu, mais ce qu’on imagine être votre souhait de lecture. À la fin, c’est un peu comme les plats préparés : ça ne veut pas dire qu’il faut bannir tout sel, tout sucre et tout assaisonnement, cela signifie simplement qu’avoir la liste des ingrédients, c’est toujours intéressant…