À la Une : le glyphosate en sursis

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Ce matin, le site de l’AFP Photo, "Making-of" s’interroge sur "le sens des mots"

"Certains mots perdent leur sens si on les utilise trop fréquemment, écrit la rédaction. Une fois qu’on a écrit et lu cent fois les qualificatifs "dévasté" et "détruit", leur force s’étiole". Alors pour ne pas oublier trop vite, les photographes de l’AFP, plusieurs semaines après avoir couvert les ouragans Irma et Maria racontent les coulisses de leur reportage. Par exemple, Ricardo Arduengo, photographe Portoricain qui en a vu d’autres des catastrophes, "mais certainement pas chez moi, dit-il, j’ai donc essayé de bloquer ce que je pouvais ressentir". "Pour ne pas gêner" son travail, il a attendu trois jours avant d’aller voir l’état de la maison de sa famille. Et puis il y a aussi Hector Retamal, photographe à Haïti, qui ne compte plus les catastrophes immortalisées avec son objectif : "j’ai eu le temps de m’habituer, dit-il, les drames, les maisons détruites, la quête d’eau potable, les femmes qui cuisinent à la lumière de lampe de poche la nuit", c’est souvent. Il dit qu’il essaye de trouver des histoires positives, mais que "ce n’est pas facile en Haïti". Sous son témoignage, on retrouve la photo qu’il a prise d’une femme, essuyant ses larmes dans les plis de son t-shirt. Des photos à retrouver sur le site Making Of de l’AFP, qui sont paradoxalement très belles, très esthétiques dans leur illustration de la "destruction" et de la "dévastation". "Mais c’est la seule chose que nous pouvions faire, écrit un photographe, raconter l’histoire des victimes". Pour ne pas oublier, pour que ces mots, tant de fois répétés, aient encore toute leur force…

Et dans la presse ce matin, le mot du jour est "glyphosates".

Lui aussi, tant de fois répété, menaçant, douteux, polémique. "Le glyphosate en sursis" titre le Télégramme, "SOS !" lance en Une l’Écho de la Haute-Vienne. Pour la Voix du Nord, c’est "L’union européenne qui est sous pression, et qui devra choisir entre protéger l’environnement ou contenter les lobbys".
Des journaux dans lesquels on donne aussi la parole aux agriculteurs. Jean-Nicolas Rousseau, céréalier en Seine-Maritime, explique dans Le Figaro qu’il n’est "pas question d’abandonner l’herbicide : c’est comme si on disait aux français de revenir à la médecine des années 50 et de se soigner à base d’orties". Dans Les Échos, le président de l’Association des producteurs de blé ajoute qu’il "ne connais personne qui accepterait d’arracher le chardon à la main". Et puis Le Parisien a interrogé deux agriculteurs normand : Matthieu, 40 ans, cultivateur à Saint-Aignan-sur-Ry : "je n’aime pas traiter avec des produits chimiques et vous ne trouverez aucun paysan qui aime ça, mais moi je mets une journée à traiter mon champ, là où mon voisin met une semaine".
Son voisin c’est Olivier, 60 ans, qui est passé au bio il y a 10 ans : "Oui, ça me demande beaucoup de travail, dit-il, mon rendement est moindre, mais je vends plus chers mes produits bio et ma terre ne meurt pas à petit feu". Témoignage qui fait écho à la Une de Libération : "oui, on peut s’en passer", titre le quotidien qui, lui aussi, donne la parole aux convertis. Un débat dans lequel un hebdomadaire joue les poils à gratter : c’est Le 1 qui demande : "le bio a t-il tout faux ?", suggérant que derrière les labels, il n’y aurait surtout une course aux profits effrénée.
Comme dirait l’autre, il y a débat.

Il y a débat aussi sur le dossier des travailleurs détachés.

Comment qualifier l’accord auquel sont parvenus les ministres du Travail de l’Union européenne hier ? En Une de son cahier Éco et Entreprise, Le Monde parle d’une "victoire" pour Emmanuel Macron. Une « petite victoire », nuance Challenges. "Un premier succès", proposent Les Échos. À l’inverse, L’humanité fustige un "accord de tartuffe" : "la lutte contre la fraude, oui, mais avec quels moyens ? (…) Quant au détachement réduit à 18 mois, là aussi on est dans l’affichage, affirme le responsable de la CGT Construction, la durée des détachements n’est que de quelques semaines, donc tout ça ne gênera en rien les pratiques en cours". En parallèle, L’Opinion s’interroge : "Emmanuel Macron n’a-t-il pas promis autre chose pour arracher le vote de certains pays ? Sur quelle autre directive ? Sur les quotas migratoires par exemple ?". Mystère et persiflage. Sinon, il y a cette précision, trouvée dans La Croix, qui rapporte que "les experts attendent surtout la version définitive du texte pour l’analyser précisément". 

Enfin, il n’y a pas que des débats polémiques dans la presse.

Non, il y a aussi des récits, des anecdotes, pour vous divertir, pardon, vous donner à voir autrement le gouvernement. Puisqu’on parlait des mots, s’il y a bien un secteur qui s’en soucie, c’est le pouvoir politique. Alors en Une de Gala, on vous rappelle que Brigitte et Emmanuel Macron fêtent leurs dix ans de mariage. Gala qui note en fin d’article que "le couple présidentiel a fait de son duo atypique un élément de storytelling médiatique". Et puis, storytelling ou pas, Le Monde propose un portrait de la Ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Où l’on apprend qu’elle écoute du Chopin et du Mozart, mais qu’elle adore les rockeurs de Linkin’ Park. Qu’à 16 ans elle a traversé New York sur un chopper. Qu’avant de passer 25 ans dans les hôpitaux, elle a grillé tous ses jeudi après-midi d’adolescente au bloc opératoire avec son père. Enfin, il y a Vanity Fair, qui revient sur ce détail relevé par le JDD : Édouard Philippe portant des boutons de manchettes avec l’inscription "may the force be with you", "Que la force soit avec toi", réplique culte de Star Wars. Pour comprendre, Marion Van Reterghem est allé enquêter à Matignon : "L’information méritait d’être vérifiée, dit-elle, et le conseiller en communication d’Édouard Philippe, aussitôt convaincu de l’urgence de la chose m’a accordé un entretien à la première heure, la loi travail est un petit sujet à côté de cette affaire". Conclusion : "l’épisode préféré d’Édouard Philippe est "la Menace Fantôme". Dans les hautes sphères, les fans de Star Wars sont nombreux : "généralement les garçons plus que les filles, et davantage les 35-50 ans. En plein dans la génération Macron ! Luke Skywalker serait-il un héros macronien ?", s’interroge Vanity Fair. "Dans Star Wars, on contrôle le monde par l’esprit, explique le philosophe Ollivier Pourriol, il suffit de vouloir pour obtenir son but. Ça, ça parle à tout le monde". Oui, et sans doute plus particulièrement à l’exécutif et à son service com’.