À la Une : le discours d’Emmanuel Macron devant les étudiants à Ouagadougou

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

A la Une de presque tous vos journaux ce matin, le discours d’Emmanuel Macron devant les étudiants à Ouagadougou.

Oui, en première page du Figaro, de Libération, ou encore de La Croix. Et, une chose est sure, à part l’Humanité qui y voit "le nouveau masque de la Françafrique", le président a plutôt convaincu les éditorialistes.

"Afrique : Macron tourne la page", résume la Dépêche du Midi.
"C’était un discours d’une rare franchise" pour Sud-Ouest, et "la fin des vieux réflexes"
"Il casse les codes", ajoute le Journal de la Haute-Marne.
"Ni ingérence, ni indifférence, ni connivence, ni condescendance, juge Rémy Godeau dans l’Opinion qui parle d’un grand oral plutôt réussi"

"Réussi", c’est le mot qu’on retrouve aussi dans le sous-titre de Une de Libération. Pour le démontrer, le journal fait intervenir le politologue Stéphane Rozès : "il y a chez le président une foi dans la dimension performative de la parole, dit-il, le seul fait d’installer le dialogue, fût-il tendu, c’est une forme de reconnaissance".

La forme ferait donc le fond. Oui, "il faut reconnaitre, écrit la Charente Libre, qu’il a un certain talent pour convaincre son auditoire".
L’auditoire serait donc convaincu ?
Pas si sûr à lire le compte rendu d’Ava Djamshidi dans Le Parisien : ""C’était un bon discours, lui raconte Hélène, 21 ans, mais les maux (m.a.u.x) sont enracinés. À cause de la visite de votre président, nos écoles sont fermées pendant deux jours. Vous feriez ça, en France, si notre président venait chez vous ? Vous ne trouveriez pas ça bizarre qu’il fasse un grand discours à votre jeunesse ? ", signe, conclue la journaliste, que cette histoire ambivalente n’est pas tout à fait finie".

Enfin, pour mettre des mots sur l’ambivalence en question, il y a cette interview sur le site de Médiapart du penseur camerounais Achille Mbembe.

"Il ne faut s’attendre qu’à ce que l’on créé soi-même, dit-il, c’est à nous de prendre soin de nous-mêmes, tout est entre nos mains. Les Africains ne peuvent pas d’un côté refuser le rapport colonial et, de l’autre, nourrir des attentes à l'égard de la France. Si tant est que nous avons des intérêts, c’est à nous de les défendre avec intelligence, adresse et acharnement".

Interview à retrouver sur le site de Médiapart.
Et puis justement, à propos d’intérêts à défendre en Afrique, il y a ce papier dans Charlie Hebdo intitulé "au Nigéria, ça ne sent pas la rose".

Oui, cette fois, on ne parle pas de la France mais de la Chine et du pillage des ressources au Nigéria. En l’occurrence, le trafic de bois de rose, issu d’un arbre pourtant classé comme variété protégée.
Papier de Fabrice Nicolino donc qui donne une illustration de ce qu’est la corruption au plus haut niveau d’un État.

"La vice-secrétaire générale de l’ONU, Amina Mohammed, ancienne ministre nigériane, est accusée d’avoir couvert un gigantesque trafic", écrit Charlie Hebdo. C’est ce qui ressort du dernier rapport de l’EIA, l’Agence d’investigation environnementale, qui a enquêté pendant deux ans sur le sujet et révèle l’existence d’un réseau de corrupteur chinois et de corrompu nigérians, entre lesquels circulent, au milieu de tonnes de bois de rose, des valises de billets".

Le circuit est le suivant : le bois est coupé sans autorisation, puis transporté jusqu’en Chine, où, pour le rendre légal, la ministre nigériane aurait signé "rétroactivement" 4.000 permis aux autorités chinoises. Des permis qui assurent que le bois de rose a bien été coupé avant que l’espèce n’ait été classée protégée".
Un trafic évalué à plusieurs centaines de millions d’euros à cause duquel la forêt se meurt : elle a perdu 40% de sa superficie depuis les années 80.

La faute à qui finalement ? "Eh bien à tous les chantres de la croissance sans fin, conclu Fabrice Nicolino, politiques, économistes, grands patrons.
Sans le soutien de tant d’entre nous à la mondialisation, sans notre appétit démentiel, le bois de rose serait sans doute à sa place, au milieu des forêts vivantes".

Un papier remonté donc, à lire dans Charlie Hebdo.

Autre titre ce matin, le glyphosate, l’herbicide qui divise au sommet de l’État en Allemagne.

Oui puisque lundi, le ministre Allemand de l’agriculture a voté « pour » le renouvellement du glyphosate, contre l’avis de son gouvernement.
"Hier Angela Merkel l’a donc tancé, rapporte Les Échos, "j’espère qu’un tel évènement ne se reproduira pas", a prévenu la Chancelière".
C’est ce qui s’appeler "tancer" très gentiment.

Mais au-delà des représailles, le vrai sujet, interrogent Les Échos, c’est "pourquoi le ministre a-t-il outrepassé ses compétences ? La réponse tient au vide politique qui règne à Berlin, répond le journal".
Même analyse dans Le Monde, pour qui ce retournement ouvre une crise politique à Berlin au moment où SPD et CDU-CSU s’apprêtent à discuter d’une nouvelle coalition".

Et puis, il a peut-être aussi l’influence des lobbies, omniprésents à Bruxelles.
Enquête à lire sur le site d’information Les Jours qui rappellent que l’Allemagne est le pays du géant de l’agrochimie Bayer, que Bayer est en train de finaliser son rachat de Monsanto, et que Monsanto commercialise le glyphosate.

Enfin, elle s’était invitée justement chez Bayer et fait ce matin la Une des Inrocks c’est Elise Lucet.

Avec un portrait photo totalement christique, halo lumineux autour du visage et chemisier immaculé, le tout sous ce titre "sacrée journaliste". "À force de sujets retentissants, elle a gagné la réputation d’être la plus pugnace des journalistes de ce pays, écrivent Fanny Marlier et Julien Rebucci, elle n’a toujours eu qu’une ambition : faire du journalisme d’investigation".

L’hebdo raconte, son premier scoop, à 21 ans, sur "un numismate véreux soupçonné de trafic de faux louis d’or", son premier poste au JT qu’elle ne voulait pas vraiment : "moi je n’avais pas envie d’être présentatrice, dit-elle, je voulais être Joseph Kessel !". Ses premières émissions d’investigation aussi, Nimbus sur France 3, où elle parle centrales nucléaires, pesticides, uranium, perturbateurs endocriniens sans compter le scoop de la cassette Mery, ça aussi, c’est elle.
Tout ça jusqu’à Envoyé Spécial et Cash investigation, les enquêtes sur l’huile de palme, la fabrication des portables, le diesel, les conditions de travail chez Lidl, ou dernièrement, puisqu’on parlait d’Afrique, sur le business opaque de la multinationale Glencore qui exploite pour des sommes dérisoires les mines de cobalt au Congo.

Un portrait à mettre en parallèle avec cette tribune signée par la société des journalistes de France 2 dans Le Monde qui dénoncent les coupes budgétaires prévues à France Télévisions : "l’information doit rester la priorité, écrit le collectif, parce que ce n’est pas uniquement notre affaire, mais celle de tous les citoyens".