À la Une : le début des soldes

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
Partagez sur :

Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, les soldes.

Eh oui, c’est banal mais ça marche toujours.
En Une par exemple du Huffington Post qui vous dit "comment choisir le jour et la semaine pour trouver les meilleurs prix".
Réponse : "évitez les jeudis, foncez les mardis et sachez que "les prix les plus bas sont affichés à partir de la troisième semaine".

Mais, mis à part cet article-là, on sent en lisant les autres une petite lassitude. Comme dans Le Figaro qui parle d’un secteur de "l’habillement (coincé) dans la spirale des soldes et des promotions". Graphique à l’appui, on voit bien que depuis l’an 2000, la part des vêtements vendus au rabais a plus que doublé dans le total des ventes.
En cause, la multiplication des "journées privilèges" et autre opération de type Black Friday. Tout ça sans que le chiffre d’affaire suive, bien au contraire.
"Cela fait maintenant 10 ans que les ventes reculent, écrit Anne Sophie Cathala, le marché a chuté de 2,8% en 2008, et depuis, il n’est jamais repassé dans le vert".

Visiblement, trop de rabais tue le commerce, "il faut donc réduire les soldes".
C’est la solution avancée par la secrétaire d’État à l’Économie, Delphine Gény-Stephann, qui annonce dans le Parisien que leur durée va passer de quatre à six semaines en 2019. "L’idée, c’est de créer plus d’urgence et d’envie chez le consommateur", dit-elle.

"Urgence d’acheter, envie de consommer".
Et si le nœud du problème était ailleurs ? "Et si la question n’était pas plus largement de changer de logiciel ?"

C’est en tout cas le point de vue développé en Une de Ouest-France qui y voit l’occasion "d’interroger le sens que nous donnons à nos achats. Nous pourrions repenser notre rapport à la consommation, écrit Patrice Moyon dans son édito, nous interroger sur les conséquences sociales du low-cost (…) prendre en considération les émissions de gaz à effets de serre dans nos achats".
Mieux (ou pire c’est selon), "ne plus acheter du tout, dit-il, ou le moins possible, louer plutôt qu’acheter, limiter le gaspillage, prendre de nouvelles habitudes, ne plus accumuler, être plus frugal. La préservation de la planète n’a pas de prix, conclue l’éditorialiste de Ouest-France, on ne peut pas prendre le risque de la solder".

À ce sujet, on peut d’ailleurs citer le petit trimestriel Up dont la couverture pose justement la question : "la mode peut-elle devenir éthique ?"
Avec, là aussi, la même réponse : la clé, c’est le comportement du consommateur. Tout le problème étant de savoir ce que l’on veut pour soi et pour la société.

En bref, les autres titres ce matin : on reste sur la vie quotidienne.

Oui, avec beaucoup de Unes qui reviennent sur la limitation à 80 km/h annoncée hier : de Sud-Ouest à Midi Libre, en passant par la République du Centre, chacun fait le compte du nombre de kilomètres de routes concernées dans sa région.

On parle aussi éducation avec ce dossier du Figaro intitulé : "neurosciences : la méthode Blanquer pour changer l’école". Interview du ministre qui installe aujourd’hui un conseil scientifique consultatif pour "améliorer les techniques d’apprentissage", en s’appuyant sur les récentes découvertes sur le fonctionnement du cerveau.

Et puis l’autre sujet qu’on retrouve un peu partout ce matin, c’est la sécurité, et précisément le mal-être chez les policiers.

"La violence, c’est un truc de dingue", témoignage d’un gardien de la paix publié en Une de La Voix du Nord. Alors que le ministre de l’Intérieur rencontre les syndicats aujourd’hui, le journal donne la parole à ceux qu’ils présentent comme "les flics de terrain", tous anonymes.
"C., par exemple, est policier depuis 20 ans, et comme beaucoup d’autres, écrit Sophie Filippi-Paoli, il dénonce une absurde politique du chiffre : "on nous demande de faire de la statistique, dit-il, du coup, ça pousse les collègues à ramener n’importe quoi. La dernière fois, c’était un homme arrêté parce qu’il avait un couteau à beurre… Une autre fois, quatre personnes ont été amenées pour possession de stupéfiants, il y a en avait tellement peu que la balance ne s’est pas déclenchée, mais peu importe, ça faisait quatre bâtons".
La bâtonite donc, la pression hiérarchique, une "parole des agents de terrain qui ne vaut rien", les collègues qui se suicident, le manque de moyens, et surtout "les contrôles, qui dégénèrent de plus en plus souvent en affrontement, explique un policier à la Voix du Nord, si tu ajoutes à tout ça tes problèmes personnels, alors forcément, tu pètes un câble".

Quand on "pète un câble" dans la police, il y a plusieurs options.
La Revue XXI s’est intéressée à l’une d’entre elle : la prise en charge des agents au centre de santé du Courbat, en région Centre-Val-de-Loire.
Reportage en bande dessinée avec des gendarmes et policiers qui tentent de sortir de la dépression, de l’alcoolisme, de la drogue parfois.
Et l’enquête en bande dessinée, eh bien ça a l’avantage de mettre des traits sur un environnement et une souffrance qui n’auraient pas forcément eu autant de relief avec un article classique. Sachant que le récit court sur 30 pages, donc la part belle est faite au détail, à la complexité des parcours et des situations endurées par chaque agent. 
Un reportage qui a d’ailleurs fait évoluer le point de vue du dessinateur, Cédric Liano, qui avait comme il le dit lui-même "la phobie des flics", mais qui conclue en disant : "en fait, on est pareil, on souffre des mêmes mots, bref, nous sommes tous des humains".

"Police secours", un récit graphique à retrouver donc dans la Revue XXI qui sort aujourd’hui.
Enfin en kiosque également ce matin, le dernier numéro de l’Express, avec ce titre en couverture : "ce que veulent les moins de 40 ans".

Et oui, les vingtenaires (si l’expression existe) et trentenaires, "ce continent méconnu, écrit le magazine, cette discrète moitié de France, qu’on entend jamais".

Avec l’institut de sondage IFOP, l’Express a questionné donc les moins de 40 ans sur la société qu’ils veulent : "il en ressort un tableau tout en paradoxes, écrit l’hebdomadaire : entre autres spécificités, sur l’économie par exemple, ils n’en pincent pas, mais alors pas du tout pour le capitalisme : 83% d’entre eux jugent que c’est un modèle qui fonctionne mal.
Sur les questions sociétales en revanche, ils affichent un libéralisme inédit dans le domaine bioéthique : PMA pour tous, mères porteuses et surtout euthanasie, 96% des personnes interrogées sont "pour". C’est assez clair.
Autre enseignement, le réchauffement climatique est "une préoccupation urgente" pour 70% d’entre eux.

Contrairement à leurs ainés, ils sont moins nombreux à penser que "la laïcité est en danger", moins nombreux aussi "à accepter une limitation des libertés pour garantir la sécurité", et enfin, dernière fracture générationnelle, à la question "l’école répond-elle aux attentes des parents ?", les moins de 40 ans répondent "oui" à 80%, contre 57% pour les plus âgés.

Comme quoi, les Français ne sont peut-être pas si grincheux, aigris et repliés sur eux-mêmes qu’on voudrait bien les décrire.

A ce propos, dans la même veine, Nord Eclair a demandé à ses lecteurs : que souhaitez-vous pour 2018 ? On trouve, pêle-mêle, des vœux de "tranquillité dans l’opinion", "qu’on ait moins peur les uns des autres", que chacun puisse "disposer d’un meilleur accès aux soins", ou encore que les petits commerces reviennent.
Enfin, il y a Jean-Luc, retraité de 70 ans près de Roubaix, qui voudrait "plus de sourire, de bonjour, d’entraide", parce que "c’est aussi ça le bonheur", dit-il.
Voilà, solidarité et bienveillance : ça fait rarement la Une mais finalement, c’est ce qui est le plus communément recherché en France et ça tombe bien, ça n’a pas de prix.