À la Une : le changement de nom du Front national

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Ce matin la presse revient largement sur le changement de nom du FN, changement qui, de l’avis général, ne change pas grand-chose.

C’est le "ressemblement national", néologisme choisi par Libération, où un gros "E majuscule" rouge a été sur-imprimé sur le "a" de rassemblement.
"Le FN prétend à un nouveau visage", juge en Une la Nouvelle République.
Là où, dans le Figaro, Guillaume Tabard pointe une "simple opération marketing".

"C’était donc la faute du nom !", écrit Yann Marec dans Midi Libre
"Tout ça pour ça !, moque Bruno Dive dans Sud-Ouest, il n’est d’ailleurs pas certain que ce changement soit très heureux, dit-il, puisque "Rassemblement national" évoque fâcheusement le "Rassemblement national populaire" de Marcel Déat, aux pires heures de la collaboration".

Marcel Déat donc… Jean-Louis Tixier Vignancourt aussi… C’est Valeurs Actuelles qui le relève sur son site : "Rassemblement National n’est pas une nouvelle formule, explique le magazine, elle a déjà utilisée par l’avocat d’extrême droite en 65".

"Bref, ce week-end, on a grossièrement repeint l’enseigne, tout en ressortant les vieilles recettes de l’arrière-boutique, ajoute Pascal Coquis dans les Dernières nouvelles d’Alsace, mais en creux c’est surtout de la survie de la responsable du FN dont il était question".

Dont "il sera" question à l’avenir serait-on tenté d’ajouter en lisant l’édito des Échos, "parce qu’après deux campagnes présidentielles, écrit Cécile Cornudet, Marine Le Pen parait usée, certes elle a été réélue à la tête de son parti avec 97% des voix, mais c’était faute de challenger.
En attendant, Marion Maréchal Le Pen était dans toutes les têtes, et, des deux Le Pen, c’est bien la ligne défendue par la plus jeune qui a été validée ce week-end", conclu le journal.
Autrement dit, le retour aux fondamentaux idéologique. À commencer par le thème qui a fait gagner tous les partis d’extrême droite en Europe ces derniers mois : l’immigration.

Autre titre ce matin : Xi Jinping qui, lui, a réussi à faire changer la Constitution chinoise.

Il s’offre "une présidence à vie", titre le Figaro, qui parle de lui comme du "nouvel empereur de Chine".
"Ce fut une journée historique, écrit le correspondant à Pékin Cyrille Pluyette, mais il est encore difficile de mesurer à quel point elle changera le destin du pays. Par 2.958 voix "pour" et deux "contre", les députés ont plébiscité hier la suppression de la limite de deux mandants de cinq ans. Une vague de réactions acerbes a bien déferlé sur l’internet chinois, mais, note le journaliste, les messages ont rapidement été effacés par les censeurs.
Cyrille Pluyette qui a tenté d’interroger quelques "personnes dans les rues de Pékin", mais sans grand succès, la plupart dit "ne pas s’intéresser à la politique". Trop dangereux sans doute de parler politique.

D’ailleurs, à trop insister pour avoir l’avis des habitants, la correspondante de RFI, Heike Schmidt a fini au poste de Police et a été forcée d’effacer ses interviews. C’est le Monde qui rapporte cette arrestation, parlant "d’un incident révélateur de la paranoïa qui règne à Pékin".

Mais le plus frappant, note Thomas Cantaloube dans Médiapart, c’est l’indifférence générale, le silence qui a accueilli cette modification constitutionnelle a été proprement assourdissant, dit-il, aucune réaction du Quai d’Orsay, de l’Élysée, rien non plus au niveau de la Commission Européenne.
Les démocraties, affaiblies, "se taisent" conclue Médiapart qui dresse sa petite liste "maison" des "autocrates à vie dans le monde" : de la famille Kim en Corée du Nord au Congolais Denis Sassou-Ngesso, manière de dire que Xi Jinping est loin d’être seul.

Et dans la liste il y a aussi Vladimir Poutine, qui fait encore quelques Unes ce matin.

Oui celle de Ouest-France qui nous dit que "les Russes sont prêt à le réélire". Pas de surprise pour le scrutin prévu dimanche, explique le journal, au pouvoir depuis 1999, "il est quasi sûr d’être réélu".

"Peut-on imaginer la Russie sans Poutine ?", s’interroge le Télégramme qui s’inquiète "des conséquences d’une trop grande longévité au pouvoir".

Xi Jinping et Vladimir Poutine. Deux cas de toute puissance organisée qui d’une certaine manière viennent relativiser nos gentilles petites préoccupations de démocrates.

De quoi s’inquiète-t-on ce matin ?
Eh bien des réformes, trop nombreuses.
C’est la une du Parisien : "Macron : la stratégie du rouleau compresseur, il ne veut pas ralentir le rythme mais combien de temps va-t-il tenir ?" s’interroge le journal.
Et puis dossier également dans le quotidien l’Opinion, précisément sur la réforme des institutions. Où les députés La République en Marche fustigent sans détour mais anonymement bien sûr les impératifs de la démocratie à l’Assemblée Nationale.
"On a quinze fois d’affilé les mêmes débats", dit l’un.
"On est trop nombreux" ajoute un autre, "on passe notre temps à faire des choses qui ne servent à rien". "Le débat dans l’hémicycle n’apporte rien de plus que le travail en commission, si ce n’est le côté grandiloquent" dixit encore un anonyme, toujours LREM et toujours dans l’Opinion.
"Le débat dans l’hémicycle n’apporte rien" donc.

C’est vrai que c’est compliqué la démocratie, c’est long, c’est lent. Mais enfin ça permet quand même à chacun d’apporter sa voix et ce, sans recourir, contrairement à d’autres pays, à l’anonymat.

Enfin, comment garder le pouvoir sur soi-même ? Réponse avec cet appel en Une du Figaro : "il faut écouter sa voix intérieure".

Et la voix intérieure, c’est celle qui vous dit "si tu ne prépares pas tes affaires tu vas être en retard" ou, plus grave, "si tu ne ralenti pas, tu fonce droit vers la dépression".

Comment parvient-on à écouter sa « voix intérieure », eh bien ça dépend de chacun, écrit Pascale Senk, pour certains cela passe par savoir se mettre en retrait, savoir passer du temps seul avec soi-même, pour d’autre ce sera la médiation, ou un atelier relaxation ou, tout l’inverse, des cours de zumba.
Mais attention précise une coach au Figaro : "il ne s’agit pas de laisser s’exprimer son petit ego, malheureusement nous n’écoutons notre voix intérieure que lorsqu’elle s’impose à nous de manière autoritaire, "fais ceci" ou "sois cela", alors qu’en réalité, prendre le temps de s’écouter doit servir à prendre conscience de sa valeur ajoutée".

Bref, écouter sa voix, c’est faire taire l’autocrate en soi.
C’est à lire dans le Figaro. Évidemment, toutes ressemblances avec les deux personnes en Une du journal, Marine Le Pen et Xi Jinping, est purement fortuite.