À la Une : le calcul

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, des calculs, des problèmes et des probabilités

Avec d’abord cette interrogation que l’on retrouve un peu partout : "Comment faire aimer les maths ?", c’est le titre choisi par la Voix du Nord pour détailler les 21 mesures dont vient de parler votre invité Cédric Villani, qui pose d’ailleurs en Une de Libération en qualité de "boss des maths", "Mais, derrière des premiers de cordée comme lui, écrit Dominique Quinio, combien y a-t-il de victimes du "je suis nul en maths" ? Combien s’arrêtent devant un calcul de pourcentage basique ?"
Bien sûr, Libé n’a pas compté. Mais, à retrouver ce même sujet dans les éditos et articles de Sud-Ouest, la Charente Libre, Midi Libre ou encore Ouest-France, on comprend que les espoirs de tout un pays reposent sur le rapport Villani. Et puis, on blâme le niveau des enfants, mais pour les plus téméraires d’entre vous, il y a aussi le hors-série de Science & Vie : "21 questions de sciences pour mieux se connaitre", avec notamment le test "êtes-vous chiffre ?" en page 12 et 13 : Séries, carré numérique, ou problèmes à résoudre 10 exercices sur lesquels, à vrai dire, j’ai totalement séché, jusqu’à un méchant mal de crâne. Mais c’est peut être comme ça que pousse la mythique bosse des maths. C’est en tout cas ce que confirma Rozenn Texier, enseignante-chercheuse à l’ENS de Rennes dans le Télégramme : "Les mathématiques, dit-elle, c’est comme la musique, c’est en travaillant que cela vient… Plus ou moins vite selon les personnes, certaines sont plus rapides que d’autres mais, une chose est sûre : tout le monde peut y arriver !" Le message est clair : gardez espoir.

Et au-delà du rapport Villani, la presse ce matin regorge de calculs en tout genre.

Par exemple le nombre de travailleurs détachés en France, qui inquiète Nicolas Beytout dans l’Opinion : "leur nombre a été multiplié par deux l’an dernier, dit-il, dépassant désormais le demi-million !" Bon, si le nombre augmente, c’est parce que beaucoup de travailleurs, qui étaient déjà là, ont été déclaré, "mais, il n’empêche, dit-il, les causes de l’épidémie (comprendre le travail détaché) sont toujours là." Et puis, il y a des équations qu’on peut faire en additionnant les articles. Je m’explique, Le Monde par exemple, nous apprend que la consommation de charbon est en hausse sur la planète. 5,4 milliards de tonnes extraites en 2017, c’est un point de plus que l’année précédente, écrit le journal. Conséquence, à lire cette fois dans le Figaro : pluss de charbon brulé, égale plus de CO² émis dans l’atmosphère. Et cette pollution, écrit Marc Cherki, lorsqu’elle retombe dans les océans les rend de plus en plus acides, ce qui risque, en bout de chaine, d’affecter les coraux. Moins de coraux, moins de poissons. Moins de poissons, moins de pèche. Et moins de pèche, moins de nourriture à faire cuire sur un barbecue au charbon. Equation hautement complexe et papiers très instructifs dans le Figaro et le Monde.

Et puis, le calcul polémique du jour, c’est surtout celui de l’héritage de Johnny Hallyday.

"Testament : le clan Hallyday se déchire", c’est le titre du Maine Libre qui en fait sa Une, tout comme Les Dernières Nouvelles d’Alsace et La Provence ou encore le Progrès qui reprennent tous la même expression. Le calcul est simple, aucune fraction : "l’ensemble du patrimoine du chanteur et ses droits d’auteur sont exclusivement transmis à sa femme Laetitia, résume le Parisien. Et en cas de décès de Laetitia, l’ensemble seraient transmis à part égale à ses deux filles, Jade et Joy. Rien, dans aucun cas, ni pour Laura Smet, ni pour son frère David Hallyday." Mais pour contester, écore faut-il savoir quel droit s’applique ? La loi française ou la loi californienne ? "Où Johnny payait-il ses impôts ? Quelle résidence principale a-t-il déclaré ? Dans quel pays ?" Au jeu des probabilités, Barbara Thomas-David, notaire à laquelle Le Progrès a fait appel, juge que "ça va être difficile pour Laura et David de récupérer la succession".  D’autant qu’il y a la jurisprudence Jarre, précise le site du magazine Capital : "lorsque Jean-Michel Jarre a voulu contester le testament de son père Maurice rédigé selon la loi américaine, mais qu’il a perdu". "Voilà qui va rassurer Laetitia !", titre, goguenard, le magazine "Il y a une évidente indécence à porter la question de l’héritage de Johnny sur la place publique, résume Laurent Bodin dans l’édito de l’Alsace, mais gardons-nous de trancher un débat moral et limitons nous à l’aspect juridique de l’affaire, qui, lui, est plein de rebondissements." Vu comme ça, c’est tout de suite plus décent.

Enfin, il y a des choses qu’on ne peut pas quantifier : le nombre de rats à Paris et à Marseille.

Non, on ne peut faire que des estimations, c’est ce qu’explique dans un reportage très fouillé le magazine Society. "A Paris, écrit le journaliste Thomas Pitrel, ils seraient entre 1 et 3 par habitants, quant à Marseille, certains vont jusqu’à évoquer le chiffre de 10 rats par habitants !" "Les gens aiment bien broder, répond une conseillère municipale chargée de l’hygiène, dix rats par marseillais, c’est n’importe quoi".

Au-delà de la querelle de chiffre, il y a bien un problème.  Alors à Paris, on diversifie les techniques d’éradication : "nous avons par exemple un nouveau piège, explique Georges Salines, chef du bureau santé et hygiène à la mairie, on attire les rats avec de la nourriture, ils tombent dans une cuve puis se noient dans un liquide alcoolisé." Autre technique, "à Aubervilliers : des détecteurs de présence dans les égouts qui décapitent les rats. Et puis il y a aussi un autre piège au formol, 110 rats tués en deux semaines" Bon, mais finalement, y en a-t-il plus qu’avant ? Pas spécialement d’après Society, qui note que les chiffres sont stables : 240 plaintes par an à Paris, pour 145 cas avérées de présence de rats. Enfin, sont-ils dangereux ? Là aussi le magazine se veut rassurant : tout ce qu’ils peuvent transmettre, c’est la leptospirose, d’après l’institut Pasteur, elle ne touche que 300 personnes par an et se soigne avec des antibiotiques. En revanche, ce sont bien les rats qui rongent les fils électrique gainés à l’amidon de maïs sous le capot des voitures à Marseille. "Des dégâts dont on devrait pouvoir se relever plus facilement que la peste", conclu le journal. La peste noire du Moyen-Âge, qui, pour finir sur un petit calcul, avaient décimé 30 à 50% de la population européenne, autrement dit 25 millions de personnes.