À la Une : le bonheur

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, le bonheur en question

"Existe-t-il une formule pour être heureux ?", c’est l’Express qui s’interroge et fait sa couverture sur "la science du bonheur".

Alors on cherche des réponses du côté, évidemment, des neurosciences et de "la chimie du bien-être dans nos cerveau". Il y a aussi "la formule magique de Mo Gawdat, haut cadre de Google : "si nous ressentons de l’inquiétude, de la peur ou de l’anxiété, dit-il, dans 99% des cas, c’est parce que notre cerveau buggue." D’après lui, il s’agit donc de faire une mise à jour de notre logiciel interne, parce que "ce ne sont pas les événements qui nous rendent malheureux, dit-il, mais la perception que nous en avons". Une théorie qui plait visiblement puisqu’il a vendu 200.000 exemplaires de son livre.

Autre message, autre approche dans le numéro mars-avril du magazine Happinez, qui nous dit que le bonheur naît du "sens que l’on donne à sa vie". Encore faut-il définir "le sens". Entre autres réponses, celle de la psychologue Emily Esfahani Smith : offrir son aide aux autres et donner de soi gratuitement.

Et puis, le bonheur, c’est aussi un marché. Le magazine Society a mené l’enquête.

Oui, au sujet de l’engouement pour le développement personnel. "Une façon de vivre qui séduit de plus en plus de cadres et d’entrepreneurs, écrivent François Blet et Thomas Pitrel". Pour trouver le bonheur, on se fait coacher. Par exemple "Emmanuelle, présidente d’une agence de communication parisienne, elle est allée jusqu’à dépenser 2.000 euros en un an pour s’offrir les services de coachs, pourquoi ? "Parce qu’on sait tous plus ou moins ce qu’il faut faire, dit-elle, mais si personne ne nous pousse, finalement, on ne fait rien".

En 20 ans, explique Society, on est passé d’une seule école de formation au coaching en France, à 100 aujourd’hui. 20.000 personnes le déclarent comme étant leur activité professionnelle, et dans les librairies, le rayon "développement personnel" fait 53 millions de chiffres d’affaires. En septembre dernier, le livre de Raphaëlle Giordano, "ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une" a même dépassé le million d’exemplaires vendus.

Une mode qui va peut-être passer, mais la quête de sens, elle, n’est pas prête de disparaître : "parce que nos sociétés n’ont plus d’objectifs collectifs, conclu le philosophe Yannis Constantinidès, il n’y a plus de grands discours politique, plus de religion, plus de famille, et surtout pas de définition du bien général, du bien commun." Enquête à lire sur "le filon du bonheur" dans Society.

Et en jetant un œil sur les quotidiens, on trouve quelques modestes raisons de se réjouir.

Oui, par exemple, les deux milliards d’euros investis par Disney dans l’agrandissement du parc de Marne-La-Vallée, c’est la bonne nouvelle du jour : en Une des Echos, qui y voient la "création de plusieurs milliers d’emplois", mais aussi de l’Opinion qui salue "le beau cadeau de Mickey et Minnie à Emmanuel Macron", "oui ! La France redevient attractive" se réjouit le Courrier Picard. Longue interview également du PDG de Disney dans le Figaro : "c’est un vote de confiance vis-à-vis de la France", affirme Bob Iger.

Et puis autre thème en Une de Libération où l’on se réjouit de la fin de la loi du silence en matière de violences sexuelles : "actrices, cinéastes, humoristes : elles s’engagent", nous dit le journal, qui publie l’appel signé à trois jours de la cérémonie des Césars par Sandrine Bonnaire, Isabelle Carré, Virginie Effira, Julie Gayet, Agnès Jaoui, Diane Kruger, Vanessa Paradis, Sonia Rolland ou encore Murielle Robin. Six pages pour revendiquer un "présent plus doux pour celles qui souffrent et un avenir apaisé pour nos filles et pour nos fils."

Un sujet qui est aussi en Une des Inrocks sous ce titre "l’espoir féminin".

Et puis il y aussi cette annonce, venue d’Allemagne, où la justice contraint les villes de Stuttgart et Düsseldorf à interdire les véhicules diesel les plus polluants.  "C’est un symbole qui trouvera forcément de l’écho, écrit Didier Rose dans les Dernières Nouvelles d’Alsace, peut-être même jusqu’à Paris", dit-il.

Parce qu’effectivement, "en France aussi, l’étau se resserre, notent les Echos, qui rappellent qu’une trentaine de recours déposés par des particuliers sont en attente de jugement, en cause : l’immobilisme de l’Etat face aux pics de pollution". Un reportage qui contraste avec l’édito de David Barroux, très remonté, contre "le lobby écolo".
Eh oui, la puissance du lobby écolo "qui peut crier victoire, mais, quand nos sociétés font des choix si tranchés sans débattre, la planète est-elle gagnante ?", demande-t-il.

La planète est-elle gagnante ? Les poumons de nos enfants sont-ils gagnants ?

Reportage dans le dernier numéro de Science & Avenir, direction les Alpes, avec cette photo saisissante prise en surplomb de la ville de Chamonix, ville que je n’ai pas vue d’ailleurs au premier coup d’œil puisque ce qui ressort c’est précisément l’épais couvercle de pollution maronnasse qui la recouvre : "Non, il ne fait pas bon respirer au pied du Mont Blanc", titre le magazine qui parle "d’urgence sanitaire, premier responsable : le trafic routier et les 600.000 camions qui empruntent le tunnel chaque année, étouffant en azote et particules fines les 160.000 habitants de la vallée". D’après une enquête de Santé Publique France, cette pollution est responsable de 8% des décès dans la vallée, soit 85 personnes par an. Dossier à lire donc dans Science & Avenir.

Enfin, il fait toujours la Une, c’est le Salon de l’agriculture.

Oui, on passe de "bien respirer" à "bien manger". Où chacun met en avant ses héros locaux. "La région, reine du salon", titre la Voix du Nord, même chose dans l’Alsace. Pour le Républicain Lorrain, "c’est le Grand Est qui fait saliver les visiteurs", personnellement c’est en lisant la double page de l’Est Républicain et son jarret braisé que j’ai eu un petit creux tout à l’heure sur les coups de 2h30-3h. Le "bien manger" en Une de l’hebdomadaire Le 1 avec des pistes pour "manger local". Et puis, c’est aussi le thème du hors-série de l’Humanité : "cuisinons l’époque". En couverture, le chef Thierry Marx : "un Marx et ça repart". Et à l’intérieur, 30 recettes pas chères et anti-gaspi.

Bien manger donc, un de ces "bonheurs simples" dont parle l’anthropologue Marc Augé dans le dernier numéro de l’Express que je vous citais tout à l’heure.
"Parce que le bonheur, dit-il, c’est quelque chose qui résiste à l’époque, à nos terreurs, à l’âge ou à la maladie, c’est ce que je nommerai des bonheurs malgré tout. Mais alors me direz-vous, quels sont donc ces bonheurs malgré tout ? Eh bien c’est à vous de les définir, car ce sont des bonheurs privés, des joies personnelles, individuelles. Pour peu que vous y pensiez un peu franchement, conclu Marc Augé, vous les verrez se dessiner sur l’écran de votre mémoire".