À la Une : le bilan des six premiers mois d'Emmanuel Macron à l'Élysée

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, on fait le bilan.

À commencer par celui des six mois d’Emmanuel Macron à l’Élysée.
Le visage du président fait la Une notamment de Nice-Matin, du gratuit 20 Minutes mais aussi du quotidien Les Echos, qui lui consacre 4 pages d’analyse et deux éditos.
"En six mois, écrit Cécile Cornudet, le chef de l’État a déposé une marque de fabrique : respecter sa parole, faire, et faire vite : clairement, le macronisme est mouvement".
Conquise donc, conquis aussi son camarade Dominique Seux : "l’action publique a été mise en mouvement comme jamais, dit-il, Macron, c’est six mois utiles, (…) ce président n’est pas Jupiter, mais Vulcain, patron des forgerons de l’Olympe !".

La comparaison laisse rêveur mais, "force est de constater que le président a pour l’instant déminé une rentrée" qui s’annonçait compliquée. C’est ce qu’écrit Arnaud Bénédetti, professeur associé à la Sorbonne, dans une tribune à lire sur le site FigaroVox : "oui, Macron décomplexe le bourgeois, il libère les consciences embourgeoisées qui ne doivent pas avoir honte de leur statut, y compris dans le face-à-face avec le "populo"", eh oui "le chômeur doit "bosser pour se payer un costume"" écrit Bénédetti qui a l’air de se demander au fond comment tout cela peut bien passer sans réactions et en conclue que "les Français attendent, ils sont dans l’expectative".

Même le quotidien libéral L’Opinion se pose des questions : "mais où passée la gauche pro-Macron ?"

"Parce qu’aujourd’hui, écrit Jean-Jérôme Bertolus, c’est bien la droite qui domine de la voix dans la majorité". Plusieurs raisons l’expliquent.
- D’abord, d’après un proche de l’Élysée, "le Président fait le constat que la France est conservatrice".
- Ensuite, gouverner à droite, c’est "aussi une manière d’affaiblir par avance Laurent Wauquiez".
- Enfin, quoi qu’il en soit, il n’y a pas d’élection dans l’immédiat, Macron a donc tout le temps de se repositionner.

D’ailleurs, à entendre le socialiste Gilles Savary, pas de raison de s’affoler : "Macron démarre à droite, dit-il, mais il peut très bien terminer à gauche !".

Présenté comme ça, effectivement, on a le temps de voir venir.

En attendant, toujours à propos d’Élysée et de bilan, Paris Match propose sur son site un portfolio sur Brigitte Macron : six mois en 60 photos. Brigitte à vélo, Brigitte en selfies, Brigitte avec des enfants, Brigitte au bureau de vote ou encore Brigitte embrassant son président de mari.
Six mois sans un faux pas et auréolés "d’une popularité inédite", selon Paris Match.
Le conseil de la première dame ? "Pour être efficace, il faut être heureux", elle ajoute avoir elle-même "un certain talent pour le bonheur".
Voilà, derniers de cordée et esprits chagrins, prenez en de la graine.

Dans vos journaux, il n’y a pas qu’Emmanuel Macron qui a le droit à son bilan.

Il y a aussi Donald Trump, qui fête son premier anniversaire à la Maison Blanche. Mais là, pas de louanges. De l’incompréhension plutôt, à l’image de la Une de La Croix : "Trump déboussole le monde". Ou, plus sarcastique : "Pourquoi Donald nous rend dingo ?", question posée par l’hebdomadaire Le 1, qui sort en kiosque demain.
À lire notamment, l’analyse de la journaliste Aude Lancelin, pour qui "pointer la psychologie chaotique du personnage n’est qu’un paravent pour oublier qu’en réalité, il n’est pas sorti de nulle part, il est l’aboutissement d’une longue histoire, la manifestation la plus visible de la décadence d’une nation où l’injustice a été massifiée". Le directeur du Harper’s Magazine, John Mac Arthur ajoute d’ailleurs que « pour l’instant, Trump n’a ni Vietnam, ni Irak, ni Afghanistan. "Jusqu’ici, dit-il, il n’a rien fait de vraiment horrible".

Mais s’il est peut-être trop tôt pour condamner Trump, il n’est pas trop tard pour juger un évènement bien plus vieux : en l’occurrence, la révolution d’octobre 1917.
"Cent ans, jour pour jour après la révolution bolchévique, écrit Benjamin Quénelle dans Les Échos, les commémorations de ce mardi seront réduites à quelques colloques et expositions. Dans la Russie de Vladimir Poutine, Lénine n’a plus le statut de héros".
"Le mot révolution n’a pas bonne presse, ajoute le journal Sud-Ouest, pas question pour le Kremlin qui craint lui-même les révoltes d’en donner une image positive".

La révolution n’était pas si belle, pas si glorieuse ?

"Pas si communiste !", ajoute le philosophe Yvon Quiniou dans L’Humanité, "il faut arrêter de faire croire aux gens que cette révolution était bien communiste (…) le léninisme est définitivement périmé, écrit-il, c’est au prix de cette prise de conscience lucide et courageuse que l’idée communiste pourra reprendre des couleurs !"
Comme quoi, cent ans après, il y a encore un peu d’espoir.

Et puis, le visage du jour, c’est celui de l’écrivain Eric Vuillard, fraichement récompensé par le jury du prix Goncourt.

Oui vous le trouverez en Une du Figaro, de Ouest-France ou encore du Progrès.

Son livre, "l’Ordre du Jour", fait lui aussi un bilan et revient sur les horreurs du passé. Il décrit en 150 pages l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne et surtout l’implication des principaux patrons d’industrie dans l’avènement du nazisme, les Krupp, Opel, et autre Siemens qui ont accepté de financer les projets d’Hitler.
"C’est une leçon de littérature, mais c’est aussi une leçon de morale politique, explique Bernard Pivot au Figaro, un récit qui décrypte les mécanismes du mal".
Sur le site BibliObs, Vuillard précise que "c’est un roman sur la compromission, la façon dont on fausse les consciences".
Dans La Charente Libre, Maurice Bontinck fait le parallèle avec l’actualité : "à l’heure où le monde se cherche un avenir, la littérature l’éclaire sur ce qu’il est devenu. Éric Vuillard traque les connivences entre le monde de la finance et les nazis, "nous savons tous, dit l’écrivain, que ces compromissions du monde économique se produisent tous les jours, dans d’autres proportions peut être, mais elles sont là". Voilà pourquoi écrit Bontinck, pourquoi il faut continuer de « tremper la plume dans les plaies de l’histoire".

Une phrase qui fait écho à la "citation du jour" choisie par La Croix, elle est signée Albert Einstein : "les amères leçons du passé doivent être réapprises sans cesse". Encore faut-il commencer par les tirer pour pouvoir les apprendre.