À la Une : l’attractivité de la France en question

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, l’attractivité de la France en question.

Puisqu’à la veille du forum de Davos, l’Élysée invite 140 dirigeants de grandes entreprises étrangères à Versailles. Un mini-sommet dont le titre est en anglais "choose France", choisir la France.
Le Figaro parle "d’une opération séduction".
"La France est de retour", écrivent Les Échos selon lesquels, l’attractivité de la "marque France" est en jeu.
Alors au premier abord, on aurait pu se dire "Versailles + patrons" = levée de bouclier contre le "président des riches".
Eh oui, mais non, trop 2017 comme expression.
En 2018, c’est fini, c’est terminé.
C’est ce que relève Dominique Garraud dans la Charente Libre : exit le "dossier à charge de "président des riches"", "le chef de l’État peaufine son image de PDG hyperactif de l’entreprise France".
Le HuffingtonPost voit même en lui "le porte-voix d’une mondialisation équitable".

 Emmanuel Macron qui disait ne plus vouloir de "Cassandre" ni "d’esprits chagrins" est exhaussé.
Sauf ! Sauf au sein de cette poche de résistance rebelle qui ne s’en laisse pas conter et qui ce matin porte la plume dans la plaie, en l’occurrence le journal libéral l’Opinion : "Depuis mai, écrit Olivier Auguste dans son édito, les critères de décision des patrons n’ont pas changé : s’ils implantent une filiale dans un pays, c’est parce qu’ils pensent y trouver des collaborateurs de talent, des infrastructures de qualités et des prélèvements leur permettant d’être compétitifs, pas parce qu’ils ont profité de la visite privée d’un château ! Certes, avec la flat tax ou la réforme de l’ISF, Emmanuel Macron ne s’est pas contenté de jouer les agents d’ambiance. Mais il lui reste tant à faire !"
Et d’égrener les taxes sur la production, "l’hypertrophie des dépenses publiques", "les lacunes du système d’éducation, d’orientation, de formation !"

Les patrons étrangers ne se rendent pas compte, ils mettent les pieds dans un pays en pleine déliquescence.
Sinon, pour se faire une idée générale, ils peuvent toujours jeter un œil aux autres Une de la presse.

Disons que ça donne une certaine photographie de la France.
En lisant le Parisien, par exemple, ils apprendront que "le marché de l’emploi se porte bien", le journal dresse d’ailleurs un palmarès des métiers les plus recherchés : conducteur routier, manutentionnaire, chef de chantier, couvreur, agent d’entretien, agent de sécurité, chef de rayon, vendeur ou encore expert-comptable…
Mais pas sûr que ça rassure les investisseurs parce que, si ce sont les métiers les plus recherchés, ça veut dire qu’il y a peu de candidats.
D’ailleurs, la Charente Libre les prévient : "recrutement : les entreprises font face à un casse-tête".

En France, on peine à recruter. Mais il n’y a pas que ça.
En lisant La Croix, les grands de ce monde apprendront que nos prisons sont pleines et gangrénées par la violence.
Le Figaro leur dit qu’en Corse, "face aux exigences des nationalistes", l’autorité de notre président "est à rude épreuve".
En parallèle, L’Humanité leur affirme qu’en France "on trie les étudiants à l’université".
Et Libération prévient : à Calais, "le président laisse perpétrer des actes criminels contre les exilés". C’est l’écrivain et réalisateur Yann Moix qui le dit dans une tribune : "je l’ai vu, je l’ai filmé, écrit-il, j’affirme que des fonctionnaires de Police frappent, gazent caillassent, briment et humilient des adolescents, des femmes et des hommes dans la détresse et le dénuement".

S'il a un peu de 4G à Versailles, le PDG étranger pourra aller sur le site de Libération et jeter un œil à la vidéo tournée par Yann Moix. Certes, c’est en français mais la plus grosse partie, filmée en caméra cachée ne nécessite pas de traduction : ce sont des images de poursuites, de jets de gaz lacrymogènes, de toux nauséeuses et de cris. Un film intitulé "Re-Calais"" et qui sera diffusé au printemps sur Arte.
En attendant, Yann Moix dénonce "l’irresponsabilité" d’Emmanuel Macron, ses "mensonges éhontés" et "un protocole de la bavure" qui "insulte les valeurs de la France".

"Vous pouvez porter plainte contre moi pour diffamation, conclue Yann Moix, la postérité portera plainte contre vous pour infamie".
Tribune publiée donc dans Libération.

Et puis il y a une information ce matin qui s’adresse précisément aux 140 invités de Versailles.

Oui, puisque comme le résume Le Monde "un rapport de l’ONG Oxfam interpelle les élites de Davos face à l’explosion des inégalités".

Information qu’on retrouve également dans Les Échos qui publient deux graphiques aux courbes parfaitement ascendantes :
- la fortune totale des milliardaires d’abord, qui est passée de 1.000 milliards à 8.000 milliards en 17 ans.
- Et puis le nombre de milliardaires, qui lui a quadruplé.
"Selon Oxfam, écrivent les Échos, 42 milliardaires détiennent autant que les 3,7 milliards de personnes les plus pauvres".

42 pour 3,7 milliards. Effectivement, c’est "inégal".
"Oui, mais après tout, se demande ironiquement La Croix, ne serait-ce pas là le signe d’une économie florissante ? Finalement, la richesse, c’est la récompense du talent créatif et du travail !".
Eh oui ! Mais non, écrit le journal, "le rapport de l’Oxfam montre que loin d’être le seul résultat du mérite, les grandes fortunes sont bien souvent "le produit d’un héritage, d’un monopole ou de relations de connivence entre intérêt privé et puissance publique"".
La Croix qui rappelle que "plus de la moitié de la population mondiale vit avec moins de huit euros par jour".

De quoi alimenter les débats au forum de Davos dont le thème, cette année, est "construire un avenir en commun dans un monde fracturé".

Justement, "comment va le monde ?" : question en couverture de la Revue Sciences Humaines.

Oui, Sciences Humaines qui fête son numéro 300 et ses 27 ans d’existence, en essayant de prendre un peu de hauteur.
"Le premier numéro est paru en 1990, écrit Jean-François Dortier, et tant de chose se sont passée depuis !
Un milliard de pauvres en moins, une violence qui tend à décliner malgré des îlots d’ultra-violence, un bond en avant de la santé, de la longévité, de l’éducation aussi…. Et puis l’émergence de pathologies nouvelles, comme le stress ou l’obésité, sans compter des phénomènes inquiétants qui témoignent du dérèglement climatique en cours".

Alors faut-il être optimiste ou alarmiste ? Les deux, répond Sciences Humaines pour qui "une pensée vivante doit se nourrir des contraires".
"ni rire, ni pleurer, mais comprendre", les mots de Spinoza à se remémorer sans modération.