À la Une : l’art de prévoir

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, l’art de prévoir.

"L’alerte orange a bien sonné, mais certainement pas suffisamment." C’est Yann Marec dans Midi Libre qui fustige ce qu’il appelle "un gros raté en matière de prévision. Ces alertes ne semblent plus avoir de résonance dans l’opinion, dit-il.  Seule la rouge reste dissuasive." Et d’en appeler au gouvernement "qui n’échappera pas à une refonte du système." Parce que "prévoir", c’est une chose, mais "bien se faire comprendre", visiblement, s’en est une autre. "Edition spécial neige" donc dans Midi Libre, qui titre en Une sur le "chaos blanc" ; "Comme annoncé par Météo France, écrit le journal, près de 20 centimètres sont tombés, c’était Apocalypse Snow sur Montpellier" : "autoroutes en difficultés, aéroports à l’arrêt, transports en commun perturbés et retard de trains !", "la grande paralysie", note le journal qui raconte aussi l’autre effet "neige" : "ce couple qui dévale la très pentue rue de l’Université sur un matelas gonflable, deux snowboardeurs qui ont sortis les planches, d’autres qui ont transformés les poubelles en bobsleigh ou les tapis de yoga en luge. Mais surtout, conclu Maïlys Breteau, ce que ce manteau neigeux a apporté, c’est le calme, une chose rare à Montpellier."

Ça c’est pour l’Hérault, mais d’autres ont également été surpris : La Nouvelle République qui fait sa Une sur "la Vienne qui patine", La Dépêche du Midi, qui titre sur "la région paralysée". Et puis la République des Pyrénées avec 14 pages spéciales sur la "pagaille semée par la neige". Sans trop s’avancer, on peut prédire le même genre de Unes pour demain.

Et puis un chiffre que visiblement personne n’avait prédit : celui de la croissance à 2%.

Et oui, en Une du Figaro Eco : "pour la troisième fois en un an, l’Insee a révisé à la hausse son estimation pour 2017, elle semble avoir finalement atteint la barre des 2%, écrit, incrédule, le journal. Un résultat inespéré, une première depuis 2011." Alors on pourrait se dire que, quand il n’y a pas de croissance, légitimement, on s’alarme et que lorsqu’elle revient on se réjouit. Mais non. "Parce que certes, la reprise est là, écrit Anne de Guigné, mais les français n’en ressentent pas les effets. Au contraire (…) les ménages se déclarent inquiets quant à leur futur niveau de vie."

Même prudence dans le Télégramme où Hubert Coudurier liste les craintes : "des grèves qui s’enkysteraient, une consommation qui marquerait le pas, sans compter, l’endettement du pays et la dérive du commerce extérieur." Dans Libération, Laurent Joffrin  juge que "s’il y a une amélioration, elle touche surtout les plus hauts revenus". Analyse reprise par Marianne qui fait sa Une cette semaine sur "la France ISF contre la France Nutella". "Les deux France sont toujours là, résume le directeur de l’IFOP, Jérôme Fourquet, parce que l’opinion ressent un décalage entre les annonces et la réalité en terme de pouvoir d’achat."

Justement, dans le quotidien l’Opinion, il y a cet appel à l’adresse des français les plus fortunés.

"Millionnaires, soyez généreux et montrez-le !"C’est le président d’Axa, Denis Duvergne qui en est l’auteur : il veut "inciter les super-riches, écrit le journal, à faire des dons, comme l’ont fait aux Etats-Unis Warren Buffett et Bill Gates". Alors on parle de donner à des associations caritatives, ou en tout cas à promettre de céder une partie de sa fortune de son vivant ou après sa disparition.

"Aux Etats-Unis, précise l’Opinion, l’opération s’adresse aux milliardaires, mais vu qu’ils ne sont que 39 en France, il ne faut pas s’y limiter : "les millionnaires sont beaucoup plus nombreux, explique Denis Duvergne, ce sont eux qui nous intéressent, des gens qui ont 20, 50 ou 100 millions d’euros (…) S’ils donnent un quart de leur fortune, c’est déjà très bien, d’autant que, toute donation ouvrant droit à une réduction de 66% au titre de l’impôt sur le revenu, les donateurs pourraient aussi ajouter le montant de cet avantage fiscal à leur don". "L’idée a-t-elle des chances de prospérer en France ?", s’interroge l’Opinion. Prudent, le journal ne tente aucune prédiction.

Et puis l’autre appel qui fait débat ce matin, c’est celui des 156 députés qui réclament au gouvernement une loi sur la fin de vie.

Oui, "euthanasie : allons plus loin", une tribune publiée dans le journal Le Monde. "Parce qu’aujourd’hui, il est impossible de choisir sa fin de vie, écrivent les députés, il manque une liberté, un droit au choix. Un progrès humaniste demandé par les français, disent-ils, 89% des personnes interrogées dans un récent sondage considèrent important de légaliser l’euthanasie ou le suicide assisté."

Prévoir sa propre mort peut-il devenir un droit ?

La question fâche La Croix qui y voit "un nouvel assaut, une offensive des partisans de l’euthanasie". Et c’est "grave", écrit Guillaume Goubert dans son édito, "introduire la possibilité de l’euthanasie, c’est dire à tous ceux dont la mort approche : votre vie ne vaut plus d’être vécue, elle ne justifie plus les soins que vous souhaitez. Ce droit n’est pas une liberté, il exerce au contraire une pression insidieuse sur ceux qui veulent vivre leur vie jusqu’au bout."

"Pourtant la logique doit conduire à la liberté de choix du patient, répond Bernard Stéphan dans La Montagne en dénonçant "l’hypocrisie qui prévaut, puisqu’on estime à 3000 le nombre de personnes qui, chaque année, reçoivent une aide active à mourir sans encadrement légal".

Arrêtons l’hypocrisie, c’est aussi le point de vue de Jean-Marcel Bouguereau dans la République des Pyrénées : "qu’est ce qui nous distingue des animaux ? Si peu de choses, mais tout de même, dit-il, l’animal n’est mu que par l’instinct de conservation, tandis que, décider librement de sa mort, c’est humain. Le suicide, dit-il, est notre ultime liberté". Un débat brûlant, parce qu’il nous parle de liberté, d’empathie et d’humanité, et puis parce qu’il donne de l’écho aux états généraux de la bioéthique qui se tiennent en ce moment autour du thème : "quel monde voulons-nous pour demain ?"

Et justement, "futur" et "monde de demain", c’est la Une de l’Obs cette semaine.

Oui, avec en couverture, l’omniprésent Cédric Villani, qui prédit que bientôt "l’intelligence artificielle sera partout".  Dans les transports, avec les voitures intelligentes, le commerce, où l’on pourra prédire les besoins individuels des consommateurs, les foyers, avec la présence des assistants personnels, mais aussi en matière de défense, où l’intelligence artificielle "peut prédire, nous dit l’Obs, les risques de conflits armés." Et puis dans le domaine de la santé, avec en autre des détections de maladies plus précises que celle des médecins.

La santé du futur donc, qui est aussi en couverture du Point cette semaine, autour d’une autre révolution : celle des ciseaux moléculaires, CrispR Cas 9. Cet outil qui permet de retirer d’une séquence ADN les gènes porteurs de maladie. Interview d’Emmanuelle Charpentier, la chercheuse française qui les a co-inventés, elle prédit "une démocratisation du séquençage des génomes d’ici à 50 ans." Pour de meilleurs soins ? Ou pour un retour de l’eugénisme ? De quoi le futur sera fait ? C’est au présent qu’on en décide. Et comme il y a quand même deux ou trois choses qu’on peut prévoir : pour aujourd’hui, sortez les bonnets, les gants, les écharpes. Histoire de vous prémunir d’un avenir grippé et fiévreux.