À la Une : la science en question

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, la science en question

"Faut-il croire les scientifiques ?", c’est le titre audacieux du dossier de couverture de la revue Books qui sort aujourd’hui.
À l’heure où l’on se bat pour trier le vrai du faux, où le Président de la première puissance mondiale accuse les scientifiques de produire des "fake news" et où l’on vous dit qu’un jeune sur cinq "pense qu’il est possible que la Terre soit plate", c’est audacieux.
Certains diront inconséquent, et pourtant il y a un vrai sujet.
Et ce sujet, c’est la prolifération exponentielle du nombre de publications scientifiques : "Chaque année, écrit Olivier Postel-Vinay dans l’édito de Books, chaque année, deux millions d’études scientifiques sont publiées dans le monde, et, c’est un fait désormais solidement établi : la plupart des articles publiés sont biaisés". Dans les domaines de la nutrition, de l’enseignement, de l’économie, l’épidémiologie et même le climat. Books raconte cette "course à la quantité, un cercle vicieux où, pour obtenir un poste, on regarde d’abord le nombre de vos publications et citations : autrement dit, les chercheurs ne sont pas incités à publier ce qui est vrai, mais ce qui compte pour leur carrière".
On produit trop d’études, on bâcle, et surtout "on exagère les résultats de recherche".
Mise en garde venue cette fois d’une autre revue, le trimestriel de l’Association des journalistes scientifiques, Sciences & Pseudo-sciences qui dénonce la multiplication des raccourcis dans la presse, du type "le lard donne le cancer", ou "le beurre augmente le risque de maladie cardiaque".
On simplifie, on déforme, on désinforme. "Tout devient binaire, résume l’édito de Science & Pseudo Science, le glyphosate, le changement climatique, le Levotyrox, les vaccins. Les discussions nécessaires sont étouffées par la dramatisation immédiate et l’impératif de décision : "il faut s’opposer, il faut interdire" à la fin, la science devient inaudible".
Justement dans Le Monde, il est question de science et précisément de l’efficacité scientifique de la politique de Jean-Michel Blanquer !

Le ministre de l’Éducation mise beaucoup sur les neurosciences mais "sont-elles un bon outil pour l’école ?", demande le journal.
Un débat qui "agite" les spécialistes de la question depuis des semaines.
Côté "pour", Olivier Houdé, professeur de psychologie du développement, pour qui "les neurosciences sont une révolution pour l’éducation" : "grâce à l’imagerie cérébrale, aux IRM, dit-il, on peut comprendre comment les enfants apprennent à lire, écrire, et compter, c’est ça qui est intéressant pour l’école. Or en 2018, on éduque encore en aveugle, c’est-à-dire en ne nous intéressant qu’au rythmes scolaires, au nombre d’élèves par classe, et aux examens, sans tenir compte des mécanismes du cerveau : la science ne doit pas faire la classe, dit-il, mais il faut des allers-retours féconds du laboratoire à la classe".
Une position qualifiée de "scientisme non dénué de danger" par le philosophe Yves Charles Zarka…
"Cette méthode n’a rien de scientifique", ajoute le psychiatre Gérard Pommier, "il n’existe à ce jour aucune preuve ni génétique, ni neuro-développementale, ni héréditaire, des difficultés d’apprentissage, lance-t-il. En revanche, il existe des preuves surabondantes pour démontrer que les difficultés scolaires sont liées aux questions familiales et sociales".
Voilà, c’est spécialistes contre spécialistes, avec des arguments très justes dans chaque camp.
Et c’est à lire donc dans Le Monde.

Au-delà de ça, sans avoir besoin de faire appel à la science, beaucoup d’information sont avérées dans la presse ce matin.

Oui, là, pas besoin de preuve scientifiques : "Angela Merkel est parvenue à sceller un accord avec les sociaux-démocrates", c’est avéré et c’est en Une des Echos et de l’Opinion.
Avéré aussi : "Emmanuel Macron qui est resté ferme face aux nationalistes Corses qui, eux, ne sont pas contents du tout", décryptage en page 2 et 3 du Figaro.
Et puis, c’est prouvé : il a neigé abondamment "et oui, nous dit le Huffington Post, Météo France avait anticipé", "les météorologues avaient tout calculé, tout prévu, tout annoncé".
D’ailleurs vu les Unes ce matin, vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas : l’Union, la République du Centre ou encore le Courrier Picard vous préviennent "gare au verglas", l’Yonne Républicaine alerte : "pas de transports scolaires aujourd’hui" et la Voix du Nord anticipe : "la neige est attendue demain vendredi sur l’ensemble du Nord-Pas-de-Calais".
Ce qui est prévisible est-il "évitable" ? Oui et non répond Le Parisien.
Quoi qu’il en soit, "évitons les excès, résume Patrice Chabannet dans le Journal de la Haute-Marne, il n’y a eu ni morts ni blessés, et la dramatisation met une pression énorme sur les services de météorologie, une pression qui pourrait générer le déclenchement d’alertes rouges plus souvent qu’à leur tour".
Oui, et il y a fort à parier qu’on finirait par se demander : "faut-il croire les météorologues ?".
Et puis plusieurs milliers de famille participent ce mois-ci à une expérience, non pas scientifique mais de "consommation".

Oui, "ils testent la vie sans supermarché", c’est ce que nous raconte Midi Libre ce matin.
Inspiré par un défi venu de Suisse, des internautes français ont lancé l’idée sur Facebook : essayer pendant un mois de consommer local, en circuit-courts.
"Dans le Gard, par exemple Caroline et son mari, vont désormais aux halles de Nîmes, écrit la journaliste Caroline Froelig, ils préparent leurs propres bocaux, font leurs yaourts, anticipent leur besoin en élaborant à l’avance des menus pour la semaine, ils utilisent aussi des applications, comme Too Good to go, une plateforme qui regroupe des commerçants qui refusent de jeter leurs invendus.
"Moi je vais chez le boucher, le primeur, raconte Mireille, 28 ans, j’ai arrêté d’acheter des sucreries et je ne jette plus rien à la poubelle donc, en terme de cout, par rapport à un caddie, c’est équivalent"".
D’autres reconnaissent que ce n’est pas simple et qu’ils continuent à passer au supermarché, pour les produits volumineux notamment. "Il ne s’agit pas d’un boycott, explique Leila Rolli, initiatrice du défi "Février sans supermarché", l’idée c’est de tester, de redécouvrir le marché près de chez soi, les producteurs".
Une démarche qui l’air de rien va totalement dans le sens du projet de loi sur l’Agriculture et l’alimentation que vient de présenter Stéphane Travers.
Témoignages et conseils à lire dans Midi Libre.
Enfin, retour à la science, avec cette interview dans Le Point du mathématicien Alain Connes.

"L’un des grands esprits mathématiques de notre temps, écrit Sophie Pujas, professeur au Collège de France, membre de l’académie nationale des sciences américaine, médaille Fields en 82, médaille d’or du CNRS en 2004 et auteur d’un roman d’aventure, "le Spectre d’Atacama", qui vient de paraitre chez Odile Jacob.
Une fiction dans laquelle il expose de manière ludique sa théorie : "la communication avec les extra-terrestre passe par les mathématiques".
"La vraie communication, ce n’est pas le langage verbal, explique Alain Connes, les maths sont un langage, le seul qui soit universel. Elles nous permettent d’expliquer les phénomènes physiques, de comprendre, de calculer les spectres des corps chimiques, et cette constatation n’est probablement pas le seul fait des terriens, elle existe surement ailleurs, dans d’autres civilisations, avec lesquelles les spectres seraient une manière de communiquer !".
Une hypothèse qui, faute d’avoir localisé des petits E.T. volontaires pour une expérimentation, est condamnée au stade de la théorie. Ce qui n’empêche pas, non pas d’y croire, mais au moins d’en débattre.