À la Une : la pression monte autour de la question Corse

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, la pression monte autour de la question Corse.

Et celui qui est sous pression, c’est le chef de l’État, en témoigne le titre de Une du Figaro : "Macron sous la pression des nationalistes".

Des nationalistes donc, mais aussi des éditorialistes puisque du Nord au Sud, chacun a son petit mot à dire. Avec plus ou moins de pincettes.

Yann Marec dans Midi Libre par exemple plaide pour que le président "entende le message d’une Corse émancipée" : "au nom du principe "la République est une et indivisible", le chef de l’État ferme les yeux sur le statut de résident et n’écoute pas l’argument de la langue", dit-il.

Radicalement différent, Rémi Godeau dans l’Opinion : "Emmanuel Macron ferait mieux de prononcer un discours sur la République, dit-il, à l’adresse de tous les Français, et non pas une allocution sur la Corse pour les Corses. Car rien ne justifie que le seul cas de l’île entraine une réécriture de la constitution, pour l’unique bénéfice d’une région".

"Certes, les discussions porteront pour l’essentiel sur le politique et le symbolique, ajoutent Les Échos, mais l’arrière-plan économique ne doit pas être négligé".
La Corse c’est avant tout "un territoire pauvre en mal de développement économique", résume Jean-Marc Rafaelli : un taux de chômage des jeunes à 28%, un cout de la vie élevé, et une précarité grandissante : une famille sur cinq vit avec un revenu mensuel inférieur au seuil de pauvreté.

"Il existe une forte précarité qui reste tabou, explique également dans Le Parisien, Lauda Giudicelli, conseillère exécutive en charge de la jeunesse, la réalité est dure", dit-elle.
Pour preuve, les trois témoignages recueillis par le journal : "avoir 20 ans en Corse", où Martinu, Léa et Mattea ne s’interrogent pas tant sur la langue que sur leur avenir professionnel.

Autre titre pour lequel la pression monte : le procès de Salah Abdeslam qui débute aujourd’hui à Bruxelles

"Abdeslam, le terroriste qui ne parlait pas", c’est le dossier de Libération ce matin, qui s’interroge : qu’attendre d’un tel procès lorsque "la justice est à l’épreuve du silence".
"L’Europe entière, si ce n’est le monde, sera pendue à la parole de cet homme, seul survivant des commandos du 13 novembre, écrit le journaliste Willy Le Devin (…) encore faut-il, après deux ans de mutisme, qu’il accepte de se livrer"
Parce que le plus probable effectivement, c’est qu’il reste silencieux.

Et Libération raconte comment son frère ainé Mohamed Abdeslam "profite de son temps de parloir hebdomadaire pour le convaincre : "je tente d’installer une relation de confiance pour qu’il s’exprime, dit-il, les victimes en ont besoin, et si Salah ne fait pas preuve de rédemption, moi-même je n’irai plus le voir".
Même attente de la part de son avocat, maitre Sven Mary, dont l’attitude « entre provoc et mépris", écrit Jean Quatremer, laisse tout de même perplexe.

"Abdeslam, c’est un petit con de Molenbeek, confiait-il en 2016, il a l’intelligence d’un cendrier vide, il est d’une abyssale vacuité. Il n’a lu du Coran que des interprétations sur internet. Le web, c’est le maximum qu’il puisse comprendre… Il est l’exemple parfait de la génération GTA, (Grand Theft Auto), cette génération, disait Swen Mary, qui croit vivre dans un jeu vidéo".

Un entretien déroutant où l’avocat n’avait pas caché "son envie de lâcher" Abdeslam, un client qui aurait pu lui faire "une bonne publicité, disait-il, mais qui finalement ne lui rapporte rien, si ce n’est des emmerdes".

Revue des enjeux et impasses à venir, à lire donc dans Libération.

Toujours à Bruxelles mais sur un tout autre sujet : la commissaire européenne à la concurrence accorde un entretien "exclusif" à l’Opinion ce matin.

Margrethe Vestager, 49 ans, "celle qui a inspiré la série télé Borgen", rappelle dit l’Opinion, donne ses priorités : défendre l’intérêt des consommateurs face aux géants de la mondialisation, protéger nos données personnelles et surtout lutter contre les avantages fiscaux accordés par certains États membres aux grandes multinationales.
Souvenez-vous : la pression sur Apple, sur Amazon, Google, Gazprom ou encore Starbucks, c’est elle. Au total, Margrethe Vestager a infligé plus de sept milliards d’euros d’amende à des sociétés américaines et européennes.
"Parce que lorsque les citoyens, qui ont acceptés de lourds efforts, se rendent soudainement compte que certaines entreprises ne payent pas d’impôts, cela ajoute l’insulte à la douleur", dit-elle en précisant toutefois que depuis 2012, "de nombreuses failles ont été comblées".

Sauf qu’au sein de l’Union européenne, pendant que certains comblent les anciennes failles, d’autres en ouvrent de nouvelles ailleurs.

"L’Europe s’apprête à brader sa filière élevage au bénéfice de ses exportations industrielles".
C’est ce que détaille Marie-Noëlle Bertrand dans l’Humanité, à propos d’un accord de libre-échange qui en passe d’être signé avec le Mercosur, l’alliance économique des pays sud-américain.

Objectif : autoriser l’Argentine, le Paraguay, le Brésil ou encore l’Uruguay à exporter leur bœuf en Europe sans aucune taxe.
En échange, nos cosmétiques, nos produits pharmaceutiques, nos voitures et pièces détachées atterriraient en Amérique Latine, sans frais de douanes.
"Selon plusieurs sources, écrit le journal, la commission aurait fait une offre d’importation de 99.000 tonnes de bœuf par an". Par comparaison, le Ceta, l’accord avec le Canada, prévoit lui 60.000 tonnes.

Sachant, qu’on produit déjà du bœuf en Europe, que le prix au kilo a encore baissé l’année dernière, et qu’il est même passé en dessous du cout de production pour les éleveurs.

Un article à désespérer de la préservation d’une agriculture à taille humaine et respectueuse de l’environnement, à lire dans l’Humanité.

Et puis, on parlait de pression, ceux qui l’ont ce matin, ce sont les aspirants étoilés du Michelin.

Et oui puisque l’édition 2018 du guide sort aujourd’hui, et les attentes dans chaque région sont très fortes : par exemple, en Une de la République du Centre : "Orléans table sur davantage d’étoiles".

"Michelin : le fumet et l’angoisse", titre également le Républicain Lorrain.
À voir la tête des chefs sur la photo de Une, c’est surtout l’angoisse !

"Angoisse" aussi dans l’Est Républicain.
"Parce qu’une étoile, explique la cheffe Françoise Mutel, c’est 30% de chiffre d’affaire en plus, c’est comme une épée de Damoclès, on se donne tellement de mal pour la conserver… la perdre serait dramatique".
Un autre, Christophe Dufossé, "préfère ne plus en parler, par superstition".

Parce que, lorsqu’on perd une étoile, tout s’écroule. C’est ce qu’a vécu Georges-Victor Schmidtt, étoilé pendant 28 ans, jusqu’en 2016 : "on se dit qu’on n’est plus bon, la perte de fréquentation est énorme et il faut baisser les prix de moitié pour tenir".

On comprend mieux la crispation sur les visages.
Alors, en attendant, le verdict, il y a ce conseil dans les pages Santé du Parisien : pour faire retomber la pression, "faites des étirements".
C’est ce que suggère le cardiologue Olivier Hoffman.

Pas d’étoiles à la clé, bien sûr, mais une baisse des maux de tête et du stress. Ce qui, dans un monde où l’on vous dit chaque jour que vous êtes sous pression, n’est déjà pas si mal.