À la Une : Johnny Hallyday, on entretient la flamme !

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, on entretient la flamme.

C’est bien simple, tous, absolument tous vos journaux affichent en Une leur Johnny, en noir et blanc ou en couleur, sur scène ou prenant la pose. 30 pages spéciales pour Le Parisien, 23 pour Nice-Matin, 16 pour La Voix du Nord et Le Figaro, 18 pour Libération. Libé qui remporte deux palmes : celle de l’édito qui sonne faux, Laurent Joffrin parlant d’un "notable du rock" qui "n’a rien créé et tout imité". Et, paradoxe, la palme du plus beau clin d’œil en Une : "Salut les copains" avec cette photo prise par Raymond Depardon en 67, un Johnny s’égosillant dans le micro, torse nu, yeux fermés et veines du cou hyper saillantes.
Il y a aussi Les Échos qui précisent que "l’article le plus lu" sur leur site hier s’intitule : "Johnny, une histoire compliquée avec l’argent". L’Opinion qui publie un dessin de Kak représentant le chanteur allumant le feu sur France Télévisions. Cherchez pas, y’a pas de rapport. Même l’Équipe y va de son clin d’œil. Le quotidien sportif qui titre "rallumer le feu", pour parler du PSG. Hommage présent en filigrane à toutes les pages pour celui, disons-le, qui enflammé tous les stades de France : "oh Emery si tu savais", "optique 2018", "Monaco, noir c’est noir" ou encore "l’envie d’avoir envie" pour le rugby. Johnny qu’on retrouve, au-delà du jeu de mot, en page 34 pour un retour sur sa participation au Dakar en 2002. Enfin, on peut citer L’Humanité qui ressort un texte d’Elsa Triolet, "première écrivaine à être atteinte du virus Johnny", écrit le journal, "oui, je fais partie des fans, affirmait-elle en 64, vous trouvez ça grotesque ? Eh bien vous avez tort, car à mon âge, si l’on n’est pas un monstre, on aime ce qui est en devenir".

Johnny Hallyday qui sera aussi à la télé ce soir.

Oui, les chaines "bouleversent leurs programmes", nous dit Le Monde qui signale notamment le documentaire inédit qui sera diffusé sur France 2 :
"La France rock’n’roll", un entretien avec Daniel Rondeau et Jean-Christophe Rosé, dont la programmation a été avancée et remplace un autre documentaire, exclusif lui aussi, sur les viols dans les prisons en Syrie. En prévision de cette diffusion, le journal Le Monde a publié mardi un témoignage bouleversant, celui de Hasna Al-Hariri, victime de la folie du régime Assad. Article que vous avez peut être vu passer, puisqu’il a été partagé plus de 5000 fois sur les réseaux sociaux et où cette femme raconte à Annick Cojean "l’enfer". Ces interrogatoires, dès 2011, où elle est déshabillée, battue, électrocutée, ce soldat qui la viole : "J’ai hurlé et lui ai dit "je pourrais être ta mère", mais le viol était partout, dit-elle… Ils me faisaient entrer dans des salles où des hommes nus se faisaient violer, ils me disaient : "regarde, c’est ce qui va arriver à tes fils, on vous violera tous"". Il y a les hommes, il y a les femmes, de 13 à 55 ans, "prise une par une, des viols quotidiens, commis par cinq ou dix hommes". Certaines en meurent, d’autres tombent enceintes, et les bébés disparaissent. « Alors qu’on ne me parle pas de l’Onu, ni des droits de l’homme !, lance-t-elle, Ça n’existe pas. Le monde nous a laissé tomber. (…) Je veux qu’on sache jusqu’où Bachar el-Assad est allé dans l’horreur. Et surtout, je veux confondre ce despote et tous les salauds à sa solde. Car ils seront jugés un jour, conclue Hasna al-Hariri, je veux être la première à témoigner. C’est ça qui me tient debout". Un témoignage recueilli par Annick Cojean et disponible sur Lemonde.fr.

Autre titre dans toute la presse ce matin, l’annonce faite par Donald Trump de déménager l’ambassade des États-Unis en Israël de Tel Aviv à Jérusalem.

Et pour en parler, vos journaux utilisent quasi-unanimement le champ lexical de l’incendie. "Trump jette de l’huile sur le feu", écrit Jean-Dominique Merchet dans l’Opinion. "Il joue avec les allumettes", juge la Voix du Nord.
"Il met le feu aux poudres", pour La Charente Libre. Ouest-France parle "d’un pyromane" et Les Dernières Nouvelles d’Alsace craignent "une flambée de violence". Il y a aussi la Une de La Croix : "Trump souffle sur les braises". Pourtant, hier, c’est la pluie, bien réelle, qui a temporairement douché le brasier qu’on vous prédit. Reportage de Salomé Parent à Ramallah où, "malgré l’appel des dirigeants palestiniens à entamer trois jours de colère, (…) le mauvais temps semble avoir eu raison de la motivation des habitants. Sally, 26 ans, a préféré rentrer chez elle plutôt que d’affronter des trombes d’eau, "mais ça ne veut pas dire qu’on ne se sent pas concernés !"". C’est aussi ce que dit avec fatalisme Mahmoud, au Figaro : "l’Arabie Saoudite et les autres pays arabes nous ont lâchés. Hormis la Turquie, nous n’avons plus personne pour nous défendre, mais nous n’avons pas dit notre dernier mot. Notre peuple sera bien obligé de résister". En Israël, le quotidien Haaretz constate que "les attentes des palestiniens sont tellement basses que plus rien ne semble les choquer". Le journal qualifie l’annonce américaine de "dramatique", mais il est bien le seul. En Unes des autres quotidiens Israel Hayom et Yediot, on trouve par exemple ce même titre : "Thank You", "merci président Trump".

Enfin, il y a bien une couverture sur laquelle n’apparaissent ni Johnny, ni Donald Trump, et qui fait parler d’elle depuis hier.

Oui, c’est celle du magazine Time, l’hebdomadaire américain qui sacre personnalité de l’année les "silence breakers". En couverture, cinq femmes qui ont brisé le silence. On parle des violences sexuelles mises en pleine lumière avec le mot-clé #MeeToo, devenu #BalanceTonPorc en France. Il y a d’abord Ashley Judd, l’actrice par laquelle est venu le scandale Weinstein..
Mais aussi Taylor Swift, la chanteuse pop qui vient de gagner son procès pour harcèlement sexuel contre un DJ. Isabel Pascual, une ouvrière agricole qui a dévoilé les agressions qui se déroulent dans les champs. Susan Fowler, ingénieure, harcelée chez Uber. Et enfin, Adama Iwu, lobbyiste et fer de lance du mouvement #MeeToo en Californie. Cinq femmes qui posent tête haute, déterminées, fixant intensément l’objectif. L’air de dire que, dans ce monde où une information en balaye une autre en moins de 24 heures, où ce qui nous choque périme inexorablement de plus en plus vite, ce mouvement n’est pas l’affaire de quelques tweets éphémère mais bien le début d’un changement sociétal profond.