À la Une : "j'assume"

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, l’affirmation "j’assume" entonnée par plusieurs ténors politiques.

Oui, à commencer par la version Wauquiez. "Il assume !", on vous le dit, on vous l’imprime sur nombre de Unes. Celle de Ouest-France, celle du Progrès. "Il assume sa parole libre", pour l’Opinion. "Il assume et dénonce le cirque médiatique", précise Le Figaro.

"Assumer" donc, enfin jusqu’à un certain point puisqu’il annonce qu’il va quand même déposer plainte et saisir le CSA. Mais peut être que toute cette interview sur BFMTV n’était, comme il l’a dit lui-même aux étudiants de l’EM Lyon, que du "bullshit" pour plateau télé ? 

Globalement, peu d’éditorialistes sont dupes. "Il prétend assumer, mais il se garde bien de reprendre les même mots", note Denis Daumin dans la Nouvelle République qui juge que de toute façon les français ne l’écoutent plus, le bullshit, ils sont vaccinés", dit-il.

"D’autant que "parler vrai" n’implique en rien de verser dans le complotisme et de dégrader la parole politique, ajoute Florence Chédotal dans l’édito de la Montagne, assurément, dit-elle, on touche le fond".

Tout ça "ramène la politique avant tout à de la communication, et la communication avant tout à un art de la manipulation", analyse Brice Teinturier dans Libération : "Cela conforte l’idée qu’en politique, le cynisme fait loi, et cela va même au-delà : puisque ce que ce qu’il dit, c’est (…) qu’on ne peut être honnête qu’à micros fermés."

Et de "l’honnêteté à micro fermé" concernant Laurent Wauquiez, il y en a justement dans le Canard Enchaîné.

Oui, avec la retranscription de l’entretien téléphonique entre lui et Nicolas Sarkozy. Attention les oreilles, on est en plein dans le "parler vrai" : "beaucoup de monde me disait que tu n’étais qu’une grosse merde, aurait lancé l’ancien président, aujourd’hui je n’ai d’autre choix que de penser comme eux".

Comme dit le Canard "c’est bien plus rock’n’roll que le "j’en prends note" de la version officielle".

"Je l’ai pulvérisé, raconte Nicolas Sarkozy, il était piteux, je ne l’ai pas laissé en placer une (…) quand il demande aux élèves de ne pas reproduire ses propos sinon il ne sortira que le bullshit qu’il sert sur les plateaux télé, il indique que ce qu’il dit publiquement, c’est de la merde, et ça, ça qui légitime précisément le fait qu’étudiants et journalistes rapportent ses propos off (…) Bref, il est parti en vrille", conclu l’ancien président qui comme le rappelle l’hebdomadaire, "s’y connait plutôt bien en la matière".

Voilà, "parler vrai" et autres joyeusetés à lire, pour ceux qui arrivent encore à en rire, dans le Canard Enchaîné.

L’autre titre ce matin, c’est le projet de loi asile et immigration présenté aujourd’hui en conseil des ministres.

"Un texte qui divise le camp Macron", titre le Figaro. On est encore sur de la division et des petites piques, mais cette fois à propos d’un dossier de fond.

"Puisque deux dispositions cristallisent le malaise au sein de la majorité, écrivent Marcelo Weisfreid et Mathilde Siraud : d’abord la volonté d’allongement de la durée de rétention, qui passerait de 45 à 90 jours. Et puis, de l’autre côté, la réduction du délai de recours devant la Cour Nationale du Droit d’Asile, elle devrait passer de 1 mois à 15 jours seulement." Résultat : "ce sont les plus fragiles qu’on sanctionne", s’inquiète un député macroniste, une autre dit craindre "des mesures restrictives pour les libertés".

Et c’est cet angle justement qu’ont retenu Libération, La Croix, Le Monde ou encore l’Humanité : celui, non pas des divisions au parlement, mais de l’impact des mesures sur les demandeurs d’asile.

Enfin, en Une du Parisien, on trouve le ministre, Gérard Collomb, qui fait "une mise au point" sur sa loi, et se présente en un "réformateur assumé" : "Il n’y a pas de tout répressif, explique-t-il aux lecteurs du journal qui l’interrogent, simplement, le dispositif d’accueil est saturé, et il ne faut pas simplement accueillir, il faut accueillir bien".

Voilà, lui aussi assume. Même si, en off, comme le rappelle Libération, il avait fait part en décembre de son "ras le bol de passer pour le facho de service".

Et puis à propos de "politique qui assume", Jean-Marie Le Pen est lui aussi dans le Parisien et dans Le Point, tous deux publient les "bonnes feuilles" du premier tome de ses mémoires, "Fils de la nation".

Oui, où comme le dit Le Point "il persiste et signe". A commencer par la torture en Algérie" : "on a flétri ceux qui l’avait pratiquée, écrit-il, mais qu’est-ce que la torture, où commence-t-elle ? Tordre un bras, est-ce torturer ? Et mettre la tête dans un seau d’eau ? Oui, l’armée française a pratiqué la question, les coups, la gégène et la baignoire, mais rien qui touche à l’intégrité physique".

Allez, pour ceux qui s’interrogent, on peut renvoyer au livre d’Henri Alleg, la question, qui décrit, sans lésiner sur les détails, les "atteintes à l’intégrité physique".

Pour le reste, "Pétain n’a pas manqué d’honneur", juge Jean-Marie Le Pen, le Maréchal a permis à 40 millions de français de survivre". Et De Gaulle ? "De Gaule n’avait pas une tête de héros, il me parut laid, or un héros doit être beau, comme Saint-Michel ou le maréchal Pétain".

Autant de saillies qui font de "ce livre un événement, jugent les journalistes du Parisien Olivier Beaumont et Valérie Hacot, parce que Jean-Marie Le Pen a traversé trois républiques, qu’il a connu les plus grands, qu’il est toujours député européen, mais surtout, surtout ! Parce que le "diable de la République" continue d’alimenter régulièrement la chronique par ses provocations".

Voilà, vous reprendrez bien un peu de provoc’, un peu de "parler vrai", de parler cash comme dirait l’autre, des propos, qui plus est, totalement assumés.

Enfin, pour prendre un peu de recul. Quelques pistes sur l’art "de s’assumer" par Michel De Montaigne.

Oui, c’est l’historienne Arlette Jouanna, qui les donne dans Télérama. Elle publie chez Gallimard une biographie du philosophe, et explique à Gilles Heuré pourquoi "Montaigne est moderne". "Il est notre contemporain parce que nous sommes toujours confronté aux questions qu’il abordait au 16ème siècle, dit-elle, Montaigne invite ses lecteurs à ne pas se laisser emporter par tout ce qui projette hors de soi (…) il incite à s’étonner, à s’étonner de soi-même, c’est-à-dire de ses propres pensées : pourquoi est-ce que je pense ce que je pense ? Pourquoi ai-je telle ou telle certitude ?  

C’est le début de toute pensée philosophique, conclu Arlette Jouanna, une remise en question permanente comme idéal de grandeur, et c’est précisément cela qui reste, encore aujourd’hui, d’une audace folle."

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