À la Une : Il sera bientôt trop tard !

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

D’abord ce titre, en Une du journal Le Monde : "Il sera bientôt trop tard".

Cinq mots pour tenter, une énième fois, d’interpeller les dirigeants de la planète. En marge de la conférence Climat, 15.000 scientifiques, de 184 pays, signent une tribune pour "appeler l’humanité à changer radicalement de mode de vie (…) car notre trajectoire est vouée à l’échec, disent-ils, et le temps presse, nous devons prendre conscience que la Terre est notre seul foyer".

Pour traduire l’urgence, Le Monde publie une série de graphiques : la déforestation augmente, la surpêche aussi, tout comme les émissions de CO² et, inexorablement, la température. "Il y a aujourd’hui alerte rouge, lance Laurent Fabius dans Le Parisien, ce n’est pas fichu mais la fenêtre de tir est très réduite, après 2020, il sera trop tard". Les images d’embrassades et d’autocongratulation qui avaient suivi l’accord de Paris, validé il y a deux ans, semblent bien loin. C’est que "le monde est entré dans le couloir de la mort, écrit Jean-Francis Pécresse dans Les Échos, Or ce monde n’est déjà plus le nôtre, mais celui de nos enfants".

"Il sera bientôt trop tard, répète encore Bruno Dive dans Sud-Ouest, qui ajoute que pourtant, il est permis d’être un peu optimiste, car la prise de conscience se fait". Pour le démontrer, Sud-Ouest publie un dossier intitulé "voitures et centre-ville : le temps des adieux". Reportage à Bordeaux avec la fermeture du Pont de Pierre aux voitures, à la Rochelle où l’on réserve le cœur de ville aux piétons, mais aussi Pau, Agen, Mont-de-Marsan, "et les habitants, note le journal, n’ont pas l’air de s’en plaindre". Manière de dire que changer de modèle de société n’est pas forcément synonyme ni de sacrifice, ni de perte de confort.

Autre titre qui interroge notre modèle de société : l’attention et la place que l’on accorde aux personnes âgées.

Oui, à l’heure où l’on parle beaucoup de la détresse des personnels et des patients dans les EHPAD, le magazine Notre Temps lance cette semaine l’opération "viens, je t’emmène". "Cela consiste tout simplement à inviter une personne, un peu ou souvent seule, à sortir de chez elle. Il s’agit de rompre l’isolement, écrit Carole Renucci dans son édito, et de rappeler des valeurs non-négociables : la solidarité, la bienveillance, la gratitude".

Reportage à lire aussi dans Libération sur l’association Les Petits Frères des Pauvres qui organisent deux fois par mois, à Prémery dans la Nièvre, des "petits cafés" pour recréer du lien social. On joue au Scrabble, on partage des gâteaux, on rit aussi. "C’est simple, ça m’a sauvée, raconte Renée, 90 ans, j’étais seule dans ma maison, je commençais à parler à mes photos, à me raconter mes souvenirs. si je n’avais pas rencontré les bénévoles, j’aurais certainement quitté le monde des vivants". D’après les chiffres de l’Institut CSA, 300.000 seniors seraient en situation de "mort sociale" en France, l’équivalent, écrit Libération, d’une ville comme Nantes. Sachant que beaucoup de personnes âgées refusent de se plaindre. La politesse du désespoir. "Il faut être fort pour ne pas sombrer dans la dépression, conclue Marie-Françoise qui préfère ne pas donner son âge, alors ces petits cafés, ça empêche la solitude de nous rendre mabouls".

Un reportage d’Anaïs Moran, à lire donc dans Libération.

Et puis le titre qui fait la Une de beaucoup de journaux, c’est le nombre de suicides dans la police et la gendarmerie.

"Les forces de l’ordre sont en pleine dépression", titre La Nouvelle République. L’Alsace parle d’une "souffrance muette" et le Progrès d’un "malaise". Là aussi, c’est notre société qui est interrogée. C’est ce que dit Laetitia Nonone, militante associative, dans une tribune publiée par l’Humanité.
"Je suis la fille d’un flic, dit-elle, un flic en banlieue. Mon père était un bon policier, souvent félicité par sa hiérarchie. Mais être policier, c’est porter le poids de l’actualité sur le dos, l’angoisse et le stress alors mon père rentrait souvent de ses longues journées de travail épuisé, et, vers la fin, régulièrement alcoolisé. Il parlait de plus en plus agressivement de ce travail qu’il aimait tant. À l’époque, écrit-elle, je me demandais ce qui l’avait poussé à faire de multiples tentatives de suicide. Mais aujourd’hui, je sais que cette fonction a détruit mon père à petit feu".
Laetitia Nonone, qui milite pour la prévention de la délinquance, fustige à la fois l’augmentation du nombre de suicides et celle des cas de violences policières. "Nous devons libérer la parole des policiers, dit-elle, celle des familles de policiers et celle des victimes de bavures policières. L’État doit prendre en considération les retours de terrain, chercher à comprendre cette dynamique d’autodestruction… Il en va de la santé de notre démocratie et de ceux à qui nous demandons d’être les gardiens de la paix".

Une tribune publiée dans l’Humanité.

Enfin, ceux qui doivent aussi revoir leur modèle, ce sont les footballeurs italiens qui n’ont pas réussi à se qualifier pour la Coupe du Monde.

C’est ce que la Gazzetta dello Sports appelle sur son site "l’apocalypse".
En Une du Corriere Dello Sport, les joueurs allongés sur la pelouse, la tête dans les mains, et le taulier Buffon en larmes : "fuori tutti", "tout le monde dehors !" lance le journal.
Bref, "Un fiasco historique" d’après l’Équipe dont la correspondante, Mélisande Gomez, explique pourtant que "le scénario était prévisible, la scène attendue, les limites techniques sautant aux yeux. Un pays tout entier s’apprête donc à découvrir l’ennui, dit-elle, d’un mondial sans les Azzurri".

Peut-on s’en remettre ? Y a-t-il une vie après ?

On trouvera une proposition indirecte de réponse dans France Football, le magazine publie cette semaine une longue interview d’un retraité, un disparu, un oublié : Philippe Mexès, ancien défenseur international, qui a joué en équipe de France mais aussi et surtout en Italie. 12 ans à l’AS Rome et au Milan AC.
"On y vit la pression comme nulle part ailleurs, dit-il, en Italie, j’ai vécu l’amour, la haine, la passion, mais voilà, je ne me sentais plus à la hauteur. J’ai préféré arrêter. Aujourd’hui, ma priorité, ce sont mes enfants, c’est de les ramener à une vie simple, de percer la bulle qu’est le foot pour revenir à la réalité, chasser le superflu".
Bref, Philippe Mexès est devenu père au foyer : "j’ai basculé dans la vraie vie et j’essaye de redevenir monsieur tout-le-monde". Voilà, cinq pages de sagesse dans lesquelles le jeune gardien retraité Gianluiggi Buffon pourra sans doute piocher, et pas seulement lui d’ailleurs, pour se convaincre que, d’une manière générale, il n’est jamais trop tard pour changer de modèle.