À la Une : "France is back" contre "France en grève"

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, "France is back" contre "France en grève"

Oui, au pays du "en même temps", on ne sait plus trop sur quel pied danser.
Ouest-France par exemple, vous dit que "la France est de nouveau attractive".
Le mensuel Capital, lui aussi, propose deux pages, graphiques à l’appui, pour démontrer ce regain "d’attractivité".

Mais « en même temps »s, la Voix du Nord fait sa Une sur "les pêcheurs en colère".
Le Dauphiné et le Télégramme sur "l’impasse pour les prisons"
Et La Nouvelle République sur "la détresse des personnels en maisons de retraites : Epahd, la grande souffrance".

De quoi faire dire à l’Opinion qu’Emmanuel Macron subit ses "premiers bugs".
"Le ciel se couvre", écrit Nathalie Segaunes, égrainant "les petits cailloux sur la route du président" : surveillants de prisons, aides-soignants en maisons de retraite, mais aussi hospitaliers avec le mouvement #Balance Ton Hopital qui prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux.
"Sachant que du côté des jeunes, la colère couve également : avec la réforme du bac et le nouveau ParcoursSup, écrit l’Opinion, c’est explosif".

Un désordre qui pour l’instant n’affecte pas le chef de l’État. Parce que, "les prisons, ça n’intéresse pas les français, résume Frédéric Dabi de l’institut de sondage Ifop, pareil pour les migrants. En revanche, là où il y a un risque pour lui, dit-il, c’est sur le pouvoir d’achat : le fait d’avoir annoncé la suppression de la taxe d’habitation et des cotisations sociales aiguise une attente forte chez les Français, mais aussi un soupçon de tromperie".

Autre titre ce matin, est-ce une affaire de pouvoir d’achat ? On parle de la course aux pots de Nutella qui a chamboulé les magasins Intermarché.

Le Courrier Picard parle de "bousculades", Nice-Matin "d’une folle ruée", et Nord Littoral "d’émeutes".
"Émeutes" aussi pour le Progrès, où la journaliste Laura Steen parle de "scènes surréalistes". À Pierre-Bénite, Oullins, Grigny ou encore Givors, les stocks de pots de 950 grammes, passés de 4,5 euros à 1,4 euros ont disparus en moins d’une heure.
"Dès l’ouverture, il avait 150 personnes devant la porte, raconte une caissière, les gens étaient surexcités, ils ont échangés des noms d’oiseaux, et j’ai moi-même reçu des coups. Ils étaient tellement agressifs que je me suis réfugiée dans la réserve. "
Un autre décrit les personnes tombées par terre, la marchandise cassée : "on a fini par appeler la police", dit-il.

Pourquoi tant d’hystérie ? "Parce que c’est une promo percutante, explique dans l’Est Républicain Bruno Bourgeois, patron d’un hypermarché près de Nancy, à partir du moment où on fait des remises sur une marque comme celle-là, c’est normal". Dans le Parisien, un autre directeur précise que ça arrive aussi pour les promos Ricard et Coca-Cola.

Normal donc.
L’effet obtenu était précisément l’effet recherché.
C’est aussi ce qui dit en substance une anthropologue, Sophie Chevalier, dans Le Parisien : "En limitant les achats à trois pots par personne, dit-elle, l’enseigne a tout fait pour créer une compétition. Et puis il y a aussi la nature du produit en question. Le Nutella, c’est du pur plaisir pour les enfants, les promotions attirent forcément les consommateurs, en priorité les mères de famille qui composent avec  un budget très serré".

Question de budget donc, de pouvoir d’achat. Mais aussi, "de pur plaisir" comme dit l’anthropologue. Parce c’est la garantie d’obtenir quelques sourires autour de la table à la maison, parce que c’est ce que vous promet la pub depuis des dizaines d’années.
S’étonner ou rire de ces bousculades, c’est prendre naïvement le marketing pour un outil insignifiant, quelque chose de négligeable. Qui ne marche plus, parce que c’est bien connu, on en insensible aux promotions.

Pourtant c’est bien ça qui a fait venir Aïcha, une cliente interrogée dans Le Progrès : "moi, je suis venue parce que j’ai vu la pub".
Aïcha qui fait partie des perdants de la « compétition » organisée par l’enseigne. Elle est arrivée trop tard : "j’ai appelé tous les Intermarché du coin, dit-elle, mais ils n’en avaient plus".

Un phénomène qui aurait peut-être fait réagir celui dont le visage est en couverture de nombreux magazines cette semaine : le chef Paul Bocuse, dans l’hebdomadaire Le Point.

Bocuse vu par Alain Ducasse en Une de Paris Match.
Bocuse exhibant son tatouage dans l’Obs, un coq sur l’épaule gauche.

Et puis surtout, Bocuse, par lui-même dans Le Point.
"C’était le vendredi 8 mars 2013, écrit Thibault Danancher, à l’auberge du Pont-de-Colonges. À la fin de mon  entretien avec Paul Bocuse sur la cuisine française, "Monsieur Paul" m’avait glissé : "et si on faisait mon interview posthume ? Une interview qui passerait bien après ma mort ?" Alors nous l’avions commencé ce jour-là, avant de la poursuivre, au fil de plusieurs rencontre jusqu’au 26 février 2017.

"La mort ? Elle ne m’a jamais effrayé, confie Bocuse, en revanche, je ne suis pas pressé.
Le dernier repas du dernier jour ? Un pot au feu, avec un Condrieu et une côte-roti, tout ça en bonne compagnie : Fernand Point, Antonin Carême, Auguste Escoffier et Eugénie Brazier".

La meilleure cuisine ? La cuisine au beurre, évidemment, à la crème et au vin.
La recette pour rester si longtemps au sommet ? Travailler, et se remettre en question tous les jours,  toutes les minutes ! L’important, dit-il, ça n’est pas de sortir de Saint-Cyr, mais de l’ordinaire".

Et puis le Point lui demande : qu’est-ce qui vous révolte.
On aurait pu s’attendre à la malbouffe, ou aux nouveaux modes de consommation du sans gluten au véganisme. Mais non.
C’est le gaspillage qu’il cite : "je suis né après la Grande Guerre, raconte Bocuse, et je n’ai pas toujours mangé à ma faim, alors ça me fait mal au cœur quand je vois un morceau de pain trainer sur une table. Moi, je ne laisse jamais une seule miette dans mon assiette… Même si aujourd’hui je vis comme un gosse de riche, je n’oublie pas que je suis un enfant de pauvres".

Voilà, Bocuse n’avait sans doute pas anticipé les émeutes pour des pots de Nutella au royaume de la gastronomie. Mais, lui qui fustige ces chefs qui mettent "tout sur l’addition, rien dans l’assiette", savait bien qu’un diner dans un restaurant étoilé, ça n’est pas à portée de tout le monde…

Une interview-testament rayonnante et savoureuse, à lire donc dans le Point. Et n’oubliez pas, au restaurant comme chez vous, finissez votre pain et saucez bien votre assiette.