À la Une : Êtes-vous vraiment à l’abri dans votre maison ?

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, les complots en question.

À commencer par la mort de John Kennedy.

"JFK : la fin du secret" titre Libération qui revient sur "les théories fumeuses" autour du 22 novembre 1963.
Sud-Ouest, de son côté laisse planer le doute : "mort de Kennedy : va-t-on enfin savoir ?"

C’est qu’on nous cacherait bien des choses.

Par exemple, "Doit-on craindre les robots", s’interroge Le Parisien, "ils tondent la pelouse, dirigent des orchestre et s’immiscent dans nos vies mais peuvent-ils un jour nous remplacer ?".

Il y a aussi le dossier de 60 millions de consommateurs : "Êtes-vous vraiment à l’abri dans votre maison ?"

C’est vrai ça. "Quoi de plus anodin et inoffensif, écrit le magazine, qu’un lave-linge ou un lave-vaisselle. Pourtant, chaque année,  des centaines de produits sont rappelés pour défaut de sécurité et trop souvent, le consommateur ignore que le danger peut se cacher dans ces objets". Smartphone, chaise de jardin, chaussures ou encore Thermomix, tout est recensé sur neuf pages.

60 millions de consommateurs qui publie également un dossier exclusif sur les banques qui "matraquent les clients en difficultés".

Une enquête sur les frais bancaires reprise par de nombreux journaux, notamment l’Humanité : "les clients à découvert se voient prélever 300 euros par an en moyenne, contre 34 euros pour les autres. Autrement dit, les banques se payent sur le dos des pauvres".
Dans le Courrier Picard, Daniel Muraz ne parle pas de complot, mais d’un système organisé en douce "parce que pour contourner les dispositifs d’encadrement des frais bancaires, écrit-il, les établissements ont des pratiques à la limite de la légalité, or enfoncer la tête sous l’eau de celui qui se noie n’est pas la meilleure manière de le sauver".
Manquerait plus qu’il demande aux banques de faire de l’humanitaire.

Bref, pour se changer les idées, Marion Lagardère a voulu ouvrir le Figaro Magazine.

Et là, paf ! Édito de Guillaume Roquette : "un certain nombre de féministes veulent révoquer les relations hommes-femmes", Révoquer ? Oui, révoquer. Attention dit-il à "l’abolition de la virilité".
Quelques pages plus loin, Eric Zemmour approfondie l’enquête : "derrière la campagne contre les porcs, dit-il, il y a ce que l’on nous cache (…) si l’on était amateur de complot, on dirait que cette campagne médiatique est bien utile… Fini la Catalogne, les travailleurs détachés, la Corée du Nord, Daesh. Sans compter la Chine, dit-il, on n’en parle plus de la Chine, son impérialisme économique n’intéresse plus personne".

Heureusement ce matin, on peut trouver dans le Figaro un dossier de quatre pages sur la Chine.

"China Watch, le supplément produit par le China Daily, le journal de la République populaire".
On y parle du plaidoyer présidentiel de Xi Jinping pour un coup de jeune », on nous explique qu’en matière de recherche « la Chine a la bonne formule » ou encore que "le chef du PC au Tibet pari sur une croissance équilibré".
Hasard ou coïncidence peut-être, complot certainement pas".

Et puis il y a cette question en couverture du Point : "qui en veut à la langue française ?"

Oui, "qui" ? Sous-entendu, des individus fomentent contre la langue de Molière. Alors le Point a enquêté sur "la novlangue et l’anglais invasif". Conclusion : ceux qui en veulent à la langue française sont les as du "marketing, les énarques, les journalistes (sauf ceux du Point, évidemment) et d’une manière générale, le politiquement correct".
Mais le gros sujet, c’est surtout, l’écriture inclusive, un sujet imposé dans le débat par "les nouvelles féministes". Pour le démontrer, quoi de mieux qu’une féministe justement mais qui défend, contrairement aux autres, "une approche rationnelle du féminisme". Peggy Sastre dénonce sans ambages une forme "de terrorisme intellectuel". "Terrorisme", le mot est lâché.
Et approuvé en creux par l’Académie Française qui voit dans l’écriture inclusive "un péril mortel".

Comme dit Le Point, la langue française et le sens de ses mots, c’est important. Alors à propos de terrorisme et de morts, il y a surtout le procès d’Abdelkader Merah qui fait la Une notamment de la Nouvelle République et du Figaro.

Le Figaro qui ne parle pas de complot mais des failles du renseignement :
"dès 2011, la direction régionale a bien alerté la DCRI, mais sans succès. Ses éminents experts n’ont dépisté en Mohamed Merah aucune dangerosité évidente", écrit Stéphane Durand-Souffland… Bref, un fiasco complet en matière de renseignements.
Et puis sur la tournure qu’à pris ce procès au fil des semaines, il y a aussi l’excellent papier de Willy Le Devin dans Libération, "Malaise en cours" publié hier et disponible sur le site liberation.fr.
"Que juge-t-on au juste au procès "Merah" ?, demande-t-il, déplorant un procès "devenu illisible, qui a oublié ses accusés et où, souvent, l’indispensable quête de justice a laissé place à un malaise lancinant". Willy Le Devin décrit entre autre "Maitre Dupont-Moretti, l’avocat d’Abdelkader Merah, qui déroule une défense de rupture agressive, tape dur et invective perpétuellement les avocats des parties civiles. Dupont-Moretti qui clame que la mère de Merah est elle aussi la mère d’un mort, qui en appelle à Albert Camus pour mettre sur le même plan victime et accusé". De quoi se demander, conclu le journaliste de Libération "à quoi vont ressembler les procès des différents attentats commis en France : Charlie Hebdo, Nice, Saint-Etienne-du-Rouvray ? À un défilé de lampistes", répond écœuré un avocat de la défense.
À lire donc sur le site liberation.fr.

Et puis, dans Le Monde, on ne parle pas d’un complot, mais de la réparation d’un carnage urbanistique organisé.

Oui, parce que comme d’autre, "Arras veut regagner son centre-ville".
"Restaurer l’attractivité, faire revenir habitants et commerçants dans les cœurs de villes moyennes, nombre d’élus tentent de prendre le problème à bras le corps", écrit Isabelle Rey-Lefebvre. C’est le cas de la ville d’Arras, dans le Pas-de-Calais, qui inexorablement se vide de ses habitants : 42.000 aujourd’hui c’est 4.000 de moins qu’en 2011.
Et sans surprise, c’est l’ouverture de grandes surfaces en périphérie qui a tout déstabilisé : Auchan et Décathlon au nord, Carrefour au sud, sans compter le centre commercial de Noyelles-Godault. "Sauf que les élus minimisent un phénomène qu’ils ont eux même organisé, rappelle un urbaniste". Alors pour compenser, puisqu’on ne peut pas détricoter ce qui a été fait, la mairie a échafaudé un plan de bataille : embellissement de la ville, organisation de salons immobilier, festival de cinéma et marché de Noël.
Résultat : "depuis février 2016, 85 commerces ont ouvert mais 37 ont fermé, donc rien n’est gagné, avoue un responsable municipal".
Un long reportage sur la difficile revitalisation des centre-villes qui devrait parler à nombre d’auditeurs, à lire donc dans Le Monde.

Enfin, restons à Arras, avec cet article du journal La Croix sur l’exposition consacrée à Napoléon au musée des Beaux-Arts de la ville.

Oui, elle s’intitule "Napoléon, images de la légende" et met en scène 160 tableaux prêtés par le château de Versailles. Le journaliste Frédéric Mounier nous la fait visiter et nous explique "comment Napoléon, homme de communication, a fabriqué sa propre légende par le récit. Le conservateur de l’exposition décrit par exemple le tableau d’Antoine-Jean Gros "Napoléon devant le Pont d’Arcole", "cet épisode ne s’est absolument pas déroulé comme le montre Gros, dit-il, en vérité, face à une débandade générale, Napoléon est tombé du pont et a dû être repêché". Même chose pour un tableau de Jacques-Louis David, "le passage du grand Saint-Bernard", où Napoléon a expressément demandé au peintre d’inclure les noms d’Hannibal et Charlemagne pour marquer les esprits.
"On comprend, écrit le journaliste, comment Bonaparte a soigneusement mis en scène son ascension et son règne, une mise en scène qui tend à réécrire l’histoire pour composer sa légende. Ainsi, le sang des guerres et les vanités du pouvoir, dit-il sont transfigurées". Et systématiquement éludées.
Manière de dire qu’on n’a pas inventé la fabrication de l’information avant-hier.
Alors, le storytelling est-il une forme de complot ? D’ailleurs, qu’est-ce qu’un complot ?
D’après l’Académie Française, "c’est une entreprise formée secrètement entre deux ou plusieurs personnes contre quelqu'un".
Une définition suffisamment large pour laisser la place à ce qu’on trouve en revanche bien plus couramment, en l’occurrence, le fantasme.